décembre 4, 2021

Ghost Story – Peter Straub

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Auteur : Peter Straub

Editeur : Bragelonne

Genre : Horreur

Résumé :

Les quatre vieux messieurs respectables passaient leurs soirées à se raconter de fabuleuses histoires de fantômes.
Depuis la disparition d’un des membres de leur club dans des circonstances étranges, ils se sentaient menacés; perdaient le sommeil: ils allaient bientôt se trouver impliqués dans la plus hallucinante histoire de réincarnation qui se puisse imaginer…

Avis :

S’il est moins prolifique que son ami Stephen King, Peter Straub n’en est pas moins un auteur qui a marqué le genre fantastique et horrifique. À travers une œuvre dense qui expose ses intrigues avec une infinie patience, il est avant tout un créateur d’atmosphères peu communes où le paranormal s’invite de la manière la plus insidieuse qui soit dans un quotidien somme toute banal. Sans doute son roman le plus connu, Ghost Story est considéré comme une référence en matière de terreur littéraire. Le présent ouvrage fait-il l’objet d’une renommée usurpée ou des éloges largement justifiés ?

Dès les premières pages, on devine que le récit sera de longue haleine. La structure en elle-même révèle presque une absence de rythme avec une poignée de chapitres aux paragraphes compacts. Cela évoque quelque peu la manière d’écrire de Stephen King avec des sous-chapitres et une construction narrative pour le moins particulière. De fait, Peter Straub privilégie l’ambiance de son histoire à sa bonne progression, quitte parfois à faire du surplace ou à effectuer des retours en arrière pour revenir en détail sur des zones d’ombres entourant le passé des protagonistes. Cela n’est pas forcément rebutant, mais peut entraîner une routine de lecture qui découragera les plus impatients.

C’est sans doute cette propension de l’auteur à dépeindre l’aspect des habitants de Millburn et en particulier des membres de la Chowder Society qui domine l’intrigue elle-même. Les tenants prennent du temps à se mettre en place et certains passages paraissent hors sujet au premier regard, alors qu’il n’en est rien. Cette approche du fantastique ressemble quelque peu à l’élaboration d’un poème, où les tournures sibyllines laissent vagabonder l’imagination du lecteur dans une évocation purement fantasmée. Pour tout autre genre, il serait difficile de trouver une justification à une avancée aussi méticuleuse qui confère parfois à l’obsession du détail.

Tout ne sert pas forcément l’intrigue. Néanmoins, ces mêmes détails tendent à flouer la frontière entre fiction et réalité (au même titre que les récits de la Chowder Society qui, s’ils sont inventés, possèdent toujours un fond de vérité). Surprendre là où on s’y attend le moins ou d’une manière plus déconcertante que les habituels subterfuges propres à l’épouvante et aux histoires de fantômes. Car c’est sur le mystère et l’appréhension des événements que s’appuie le cœur de l’intrigue et, par la même, l’atmosphère développée. Dans cette optique, les passages clefs n’en sont que plus prenants à défaut de se montrer réellement terrifiants.

En ce qui concerne les intervenants, l’épaisseur du livre laisse énormément de place pour qu’ils s’expriment. Une caractérisation poussée à l’extrême qui offre des attitudes, des motivations et des personnalités pour le moins éclectiques. Malgré un cercle restreint autour duquel tournoie une succession de situations étranges, on apprécie des portraits dissemblables au possible où chacun emprunte des chemins de vie différents (les protagonistes sont arrivés à un âge avancé au moment de l’intrigue). Il en résulte un sombre tableau des habitants de Millburn et néanmoins vraisemblable sur le long terme.

S’il ne se hisse au niveau des classiques qui l’ont précédé, Ghost Story agit comme une curiosité dans le domaine du fantastique et de l’épouvante. Davantage portée par le climat oppressant qui séjourne à Millburn plutôt que par une réelle progression, le récit se révèle exigeant et demande un certain niveau de lecture pour le considérer à sa juste valeur (surtout, si le genre vous laisse indifférent). À la lisière des songes, Peter Straub use d’une manière très particulière pour appréhender une histoire de fantômes dense, tortueuse et d’une indéniable beauté macabre. Un roman qui ne s’adresse pas forcément à tous, mais que les amateurs de Stephen King et Graham Masterton devraient apprécier.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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