juin 22, 2021

Graham Masterton – La Vengeance du Manitou

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Résumé :

Le petit garçon s’approcha de l’armoire, une main tendue devant lui comme s’il avait l’intention de toucher le bois pour découvrir d’où venait la voix. Vaguement, à peine visible comme une faible luminosité sur le vernis, il distinguait un visage gris, un visage dont les lèvres articulaient un appel au secours, suppliant qu’on l’aide à s’échapper d’un enfer inconcevable.

Avis :

Graham Masterton est un auteur très prolifique. Il faut dire qu’il arrive à écrire un à deux bouquins par an, ce qui en fait un paquet, surtout quand on sait que le premier ouvrage, Manitou, est sorti en 1975. Ecrit seulement en une semaine, ce premier livre fait passer un bon petit moment et va mettre en avant un méchant qui sera en quelque sorte un fil rouge pour l’auteur. En effet, après 4 ans et 5 autres livres, Graham Masterton va sortir la suite du Manitou, avec comme nom, La Vengeance du Manitou. Alors c’est vrai que cela ne fait pas très original, mais il faut se méfier de l’eau qui dort et parfois, on peut être très surpris par la qualité d’un livre alors que son titre est vraiment pourri. Mais que ce cache-t-il derrière La Vengeance du Manitou ? Le livre est-il aussi réussi que le premier ? Masterton n’a-t-il rien perdu de son verbe et de ses descriptions macabres ? Le héros est-il toujours le même ? Bref, beaucoup de questions, et pour y répondre, il faut se rendre aux Etats-Unis d’Amérique.

Le premier tome, très court, mettant en avant le combat d’un jeune voyant, plutôt arnaqueur, contre un homme-médecine peau-rouge du nom de Misquamacus qui s’est réincarné dans le corps d’une jeune femme, Karen Tandy. Aidé par un homme-médecine d’aujourd’hui, Singing Rock, ils vont arriver à vaincre le terrible méchant avec, au choix, soit une maladie récente, soit grâce à la technologie numérique. Le livre est très prenant et on ressent dès le départ la patte bien glauque de Masterton, notamment dans les descriptions bien sordide. La Vengeance du Manitou change quelque peu de registre. En effet, ce qui fait la force du premier livre, c’est l’emploi de la première personne. Ainsi, on a Harry qui raconte sa vie et qui exprime son point de vue. Dans ce deuxième tome, l’écrivain opte pour quelque chose de plus normalisé avec l’emploi de la troisième personne, et du coup, le récit devient beaucoup moins personnel et cela gâche un peu le plaisir de lecture, surtout si l’on a aimé le premier.

Le scénario va par contre toujours mettre en avant Harry Erskine, le jeune voyant cynique, Singing Rock l’homme-médecine et Misquamacus, le grand méchant de l’histoire. L’histoire se passe toujours aux States sauf que cette fois, Misquamacus va prendre littéralement possession du corps d’un petit garçon innocent et il va faire appel à 21 autres hommes-médecines célèbres pour invoquer le plus grand démon de tous les temps et ainsi détruire l’homme blanc. Se voulant plus démesuré que le précédent tome, La Vengeance du Manitou se perd un peu en termes de violence et de scènes qui prennent aux tripes. On a plus l’impression de lire un gros blockbuster qu’un film d’horreur plus intimiste. Si le début reste très prometteur, enchaînant les illusions, les phases de possession ou encore l’horreur vécue par la famille à cause du placard qui sert de portail, la suite deviendra un peu moins forte, notamment à cause des rites que personne ne veut voir sauf le père du gosse ou encore de scènes d’action qui ne font pas vraiment peur. Ceci dit, certains passages valent leur pesant de cacahuètes comme lorsque la prof sort du bus complètement gelée.

Néanmoins, le roman est beaucoup moins percutant que le premier, à cause des apparitions à répétition, de l’histoire dans l’histoire que l’on devine bien avant le père de famille et que la religion des peaux-rouges et des indiens est beaucoup moins présente et prégnante. De ce fait, il est peut-être plus accessible à des néophytes du genre, mais pour du Masterton, ça reste tout de même assez décevant. La fin est elle-aussi plutôt bâclée, présentant une charge héroïque de fantômes blancs, et on ne ressent pas suffisamment d’empathie pour le père de famille ou même pour Harry Erskine, alors qu’il est d’habitude si drôle et cynique. Un passage m’a fait mal au cœur, et je ne peux le dévoiler sans mettre en avant un petit spoiler, mais un des personnages principaux va trouver la mort de façon brutale, et j’ai eu un petit pincement au cœur.

Au final, La Vengeance du Manitou reste tout de même un bon livre, mais il est bien en dessous du premier tome qui allait droit au but. Dans celui-ci, on s’appesantit sur une histoire de famille et sur une bataille passée entre les indiens et les hommes blancs, mais le mystère et la magie glauque qui faisait le charme du premier livre ont disparu. Comme quoi, le fait de mettre en avant la vie d’enfants en danger n’est pas forcément gage de prise aux tripes. Bon, on a quand même un bel hommage à Lovecraft avec les démons et le livre se lit très vite. En espérant que le troisième tome relève le niveau !

Note : 13/20

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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