février 4, 2023

Top 5 des Films Pornos qui Ressemblent à des Films Mainstream

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Après Nymphomaniac en 2013/2014 (et quelques autres avant lui, dont 9 songs ou Q), c’est au tour de Love de Gaspard Noé de mêler imagerie porno et cinéma traditionnel, en tournant les scènes de sexe de son film sans aucun artifice. Acteurs et actrices se livrent entièrement devant la caméra, offrant leurs corps pour des scènes de masturbation, fellation, ou pénétration non simulées.

Ce qui permet de s’approprier les codes du cinéma pornographique tout en diffusant le film à un plus large public. Si le procédé est peu fréquent dans le cinéma traditionnel (on compte une vingtaine de films dans l’histoire du cinéma qui proposent des scènes sexuelles non simulées), le contraire est chose commune dans le milieu du cinéma X. On ne compte plus le nombre de parodies pornos et autres scénarios inspirés de films existants. Plus pointus encore, certains films X ne se contentent pas de pasticher, mais utilisent vraiment l’imagerie et les codes du cinéma traditionnel pour transformer leurs pelloches à vocation masturbatoire en véritables films de cinéma.

Retour sur 5 films qui donnent presque plus envie de suivre l’histoire que de se toucher la nouille.

 

1/ Pirates 2, Stagnetti’s Revenge de Joone

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LE film qui a transformé le porno en blockbuster. S’il existait auparavant des versions pornographiques de Star Wars, Star Trek, ou l’Heroic Fantasy façon Seigneur des anneaux (dont un plutôt rigolo Dreamquest avec Jenna Jameson), celles-ci prenaient surtout leur modèle comme un prétexte à une succession de scènes en intérieur, ajoutant simplement un décorum connu à du sexe explicite lambda. C’est que faire un Star Wars avec le budget d’un porno, ce n’est pas facile ma petite dame… Et puis arriva Joone et son Pirates. Plus qu’une parodie surfant sur le succès de Pirates des Caraïbes, Pirates s’inspirait de l’univers du film de Gore Verbinski, reprenait son humour léger et ses éléments fantastiques, pour créer ses propres aventures, ses propres personnages, et réaliser un film qui pourrait allier péripéties enlevées et sexe torride sans que l’un soit le prétexte de l’autre. Du haut de son million de dollars (plus gros budget pour un porno à l’époque), Pirates réussissait à avoir un minimum de gueule, mais pâtissait d’ambitions encore trop élevées pour ce budget de série B traditionnelle. En gros, il était très amusant, l’histoire se suivait et les acteurs faisaient de gros efforts pour être crédibles, mais le tout ressemblait encore à une production Asylum, rigolote mais fauchée.

Et puis, deux ans plus tard, fort du succès de ce premier opus, débarqua Pirates 2, qui devait atomiser le record du budget pour un film X (toujours pas égalé à ce jour). 10 millions de dollars, pour une suite « bigger & louder » avec multiplication des personnages (dont notre Katsuni nationale depuis retraitée), des figurants, des lieux et des effets spéciaux. Le tout était même agrémenté de combat plutôt bien chorégraphiés, d’humour décapant, et de scènes que même la trilogie originale avec Johnny Depp n’aurait pas imaginé (dont une séquence très « Rancor-like » avec une limace carnivore géante). Épaulé par la dream team de l’époque (Jesse Jane, Belladonna, Sasha Grey, Evan Stone ou encore Tommy Gunn, les connaisseurs apprécieront), Joone a réussi à créer un film, au-delà du strict porno, si réussi et agréable dans son interprétation, son scénario, sa réalisation et son ambiance générale, que même la version expurgée de ses scènes hot et simplement interdite aux moins de 16 ans s’est vendue comme des petits pains, et reste hautement regardable. Bref, le blockbuster du porno s’avère jouissif (sans mauvais jeu de mot), et même bien mieux branlé (toujours sans mauvais jeu de mot) que beaucoup de films mainstream actuels.

 [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=1vrr-llK0Hw[/youtube]

2/ The Masseuse 2 de Paul Thomas

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La plupart des garçons (ou des filles après tout) de ma génération ont découvert The Masseuse en 2004. Le film, qui avait pour star une Jenna Jameson alors au sommet de sa gloire, était déjà un petit bijou qui dépassait ses sulfureux passages obligés pour en faire une véritable histoire d’amour, certes peu commune (le héros, amoureux d’une masseuse, tente de séduire celle-ci et l’initie aux joies du SM, un 50 shades of Grey avant l’heure) mais plus passionnée, émouvante et désespérée que purement sexuelle. Et même si certaines scènes hard semblaient un peu forcées par la vocation première d’un tel film, la subtilité du propos (il fallait attendre une heure de film avant la première scène d’amour) et du jeu des acteurs, alliés à une image léchée en 35 mm, emportaient facilement le morceau. Vous pouvez imaginer quelle fut ma stupeur en apprenant que ce film était en fait le remake d’un film réalisé 14 ans plus tôt par le même réalisateur !

Et oui, même dans le porno, les films finissent par être réinterprétés. Si la Masseuse originale était, contrairement à son remake, un peu anecdotique, sa suite le sera beaucoup moins. En 1994, Paul Thomas signe un deuxième opus qui pousse le bouchon plus loin en faisant de son film un vrai drame psychologique porno en forme de film choral. Exit Hyapatia Lee (à vos souhaits) l’interprète originale, c’est l’autre star du moment Ashlyn Gere qui tient le rôle principal aux côtés d’Asia Carrera, autre souvenir moite des adolescents des 90’s. Elle joue le rôle d’une masseuse érotique en pleine remise en question, déboussolée, mélancolique, se traitant elle-même de traînée jusqu’à provoquer chez le spectateur une véritable empathie. Il est rare d’éprouver de la compassion pour un personnage de film porno, et Paul Thomas nous le permet en filmant au plus près le quotidien d’un salon de massage spécialisé dans la détente totale, mêlant l’introspection de ses protagonistes et leurs ébats dans une sorte de hard psychologique que n’aurait pas renié John Cassavetes. Bref, une balance parfaite entre la pornographie sensuelle et le mélodrame poignant, parfois assez tragique pour émouvoir, et dont le côté pro-féministe de sa mise en abîme achève de l’élever au-delà du X lambda pour devenir un véritable film de cinéma sur le sexe. Il sera d’ailleurs nominé dans plusieurs catégories aux Adult Video News Awards, dont celle de meilleur film et meilleur réalisateur, et Ashlyn repartira avec la statuette de meilleure actrice.

 [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=57H7F05fwUc[/youtube]

3/ L’Enfer pour Miss Jones de Gérard Damiano

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On n’a pas attendu les années 90 ou le nouveau millénaire pour transformer le cinéma X en véritable œuvre de cinéma. Déjà auteur du cultissime Gorge Profonde en 1972 (l’un des premiers grands films pornos de l’Histoire, badin et enjoué), Gérard Damiano récidive l’année suivante avec ce qui est probablement l’un des films X les plus sombres, glauques, et presque anti-bandulatoires qui existent : L’Enfer pour Miss Jones. Avec le Gorge Profonde susnommé et Derrière la porte verte des frères Mitchell, il complète la Trinité originale du porno qui embrassait tout le spectre du sexe et de ses angles d’attaque. Deep Throat avait choisi le rire et la légèreté, La Porte Verte le trip psychédélique arty, L’Enfer pour Miss Jones s’engouffrera dans la profondeur philosophique et l’analyse intellectuelle, et ce sans jamais oublier de proposer des scènes d’une sensualité et/ou d’une passion torride. Œuvre extrêmement lourde et réflective, elle commence par le suicide de Justine Jones, une quarantenaire minée par une vie sans joie. Même la masturbation ne lui apporte aucun plaisir, et elle décide de s’ouvrir les veines dans sa baignoire. Un geste qui l’amènera en enfer, où un assistant du Diable lui permettra de retourner une semaine sur Terre pour y mener une vie de Lucre. Car, désespérée d’être vouée à la damnation éternelle, elle préfère donner un sens à cette punition et expérimenter tous les péchés qui auraient du lui valoir cette sentence.

Mise en scène inspirée, scénario intéressant, photographie aux riches palettes chromatiques, L’Enfer pour Miss Jones a beau n’être au final qu’une quasi succession de scènes hot, Damiano se permet de sonder l’âme et la sexualité humaine avec l’acuité d’un véritable auteur de cinéma. En plus de magnifier des scènes à la fois érotiques et terriblement tristes, il en fait des métaphores lourdes de sens sur les vices inhérents à l’être humain, interrogeant la frontière entre le sexe sain et le sexe glauque, entre le péché d’un monde lubrique et le vide d’un monde sans sexe. Ainsi la dichotomie entre son prologue aux allures très moralistes, et son final désespéré et ironique, donne au film des allures de version hard du Huis-clos de Sartre (beaucoup considère même la pièce de théâtre directement citée dans la dernière scène). Et pour ne rien gâcher, la prestation intense et habitée de la débutante de 40 ans Georgina Spelvin (initialement engagée pour s’occuper de la restauration de l’équipe) apporte un cachet mélancolique et perturbant à l’ensemble. Un porno qui tue dans l’œuf toute velléité masturbatoire mais fouille les profondeurs de la psyché humaine et son rapport à la sexualité, voilà qui est très inhabituel, et la preuve que cette branche du cinéma, avant qu’on l’enterre et qu’elle se dirige vers une routine hard plus lucrative, avait toutes les cartes en main pour devenir un genre à part entière aux côtés du polar, du drame ou du film d’horreur.

Un film qui, comme The Masseuse, s’est vu octroyé une suite/remake en 2005, d’ailleurs réalisé par Paul Thomas, et qui flirte cette fois-ci avec le thriller fantastique.

 [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=pFsjFojd3xQ[/youtube]

4/ Malice in Lalaland de Lew Xypher

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Antépénultième film de la mythique Sasha Grey avant sa retraite en 2011, Malice in Lalaland est, comme son nom l’indique, une version ultra-sexualisée du chef-d’œuvre de Lewis Carroll. Mais pas que ! Plutôt que de se contenter d’une parodie porno surfant sur une œuvre célèbre, le réalisateur fait de son film un véritable maelstrom de métaphores, de références et d’expérimentations picturales, où la sexualité est thème et non une fin. Rien que le nom du réalisateur, pseudo décalé rappelant le Louis Cypher d’Angel Heart, met la puce à l’oreille. Apparemment friand de cinéma grindhouse, de l’esthétique colorée des 70’s/80’s et des écrits psychédélique d’Hunter S. Thomson, Lew Xypher transforme les aventures d’Alice en odyssée sexuelle libératrice, où Malice est la pensionnaire d’un asile gouvernée d’une main de fer par la sado-masochiste Queenie, la Chenille un dealer, et le pays des merveilles un désert Mojave revisité en terre du stupre libérateur. Tournée en 35 mm, et pour seulement 250 000 dollars, Malice in Lalaland reprend l’idée originelle de l’émancipation féminine, transformant simplement le passage à l’âge adulte et la perte de l’innocence en libération sexuelle d’une jeune fille hors d’un environnement castrateur. Du coup, sur le fond, le film est très proche de n’importe quel parcours initiatique grand public, avec son lot de métaphores, de rencontres et d’expériences, en plus de flirter avec le cinéma de genre quand un sbire de la « Reine » se lance à la poursuite de Malice. Plus que simplement utiliser les codes visuels du cinéma mainstream, Lew Xypher en digère les racines pour régurgiter un véritable objet de cinéma, ultra référentiel mais pertinent dans son discours de la découverte sexuelle hors des carcans. Ce qui ne veut pas dire cependant que l’esthétique du film soit remisée au placard. Avec sa photographie étudiée et colorée, sa réalisation kaléidoscopique et ses multiples clins d’œil à la contre-culture (générique comic-book et transition en animation post-manga à l’appui), Malice in Lalaland ressemble au rejeton d’un Tarantino de la pornographie, surtout dans sa galerie de personnages hauts en couleurs qui semblent prendre autant de plaisir dans le jeu que dans les ébats sexuels. S’octroyant les services de Sasha Grey en héroïne naïve et volontaire, du vieux briscard Ron Jeremy en dealer tentateur, ou du groupe de métal Channel Zero pour une BO ultra-vitaminée, le film de Lew Xypher ressemble en tous points à une pelloche référentielle et révérencieuse comme il en existe tant sur les écrans, le cul en plus. Pas étonnant, du coup, que certains critiques aient estimé Malice in Lalaland bien supérieure à la version fade et consensuelle de Tim Burton, réalisée à la même période.

 [youtube]https://www.youtube.com/watch?v=EXnmdaWlfuE[/youtube]

5/ Fashionistas de John Stagliano

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Jusqu’ici, lorsqu’on comparait un film X à une production traditionnelle, on le faisait surtout à l’aune de son identité visuelle léchée, loin de la photographie terne et de la réalisation fonctionnelle des œuvres habituelles. Étonnant du coup que l’on cite John Stagliano, pape, voire créateur du gonzo, un sous-genre à l’extrême opposé de la qualité cinématographique qui nous intéresse. Mais qui est John Stagliano, et qu’est-ce que le gonzo exactement, me direz-vous. Le gonzo vient de l’émergence du porno amateur dans les années 80, où des professionnels filmaient des débutantes pour plus de spontanéité. Au début des années 90 apparaît donc le gonzo, à qui Stagliano donne ses « lettres de noblesse ». Le terme lui même vient du célèbre Hunter S. Thompson, qui consistait pour lui à parler de ses états d’âme et des aléas du reportage plutôt que de l’événement qu’il était sensé couvrir. Appliqué au hard, le gonzo désigne des films débarrassés des oripeaux cinématographiques, où la caméra est libre, tenue à la main, ou les scènes ne comportent que peu de plans et où le caméraman, acteur à part entière, s’implique vocalement voire physiquement dans les scènes. Du coup, les regards caméra sont légion (et même volontaires, ceux-ci permettant de briser la barrière entre comédiens, caméra et spectateurs, et d’augmenter le naturel des scènes), de même que les plan-séquences fluides (voire tremblants), les points mous et l’absence de photographie étudiée.

Difficile dans ces conditions d’y voir un potentiel certain dans le sujet qui nous intéresse. Et pourtant, avec Fashionistas, John Stagliano réussit l’exploit de créer le premier gonzo cinématographique de l’Histoire. À part les regards caméra, tout y est, les scènes de sexe qui n’en finissent pas, la caméra mobile, le tournage en DV, même un certain sens de l’improvisation. Mais le réalisateur prend également la peine de créer une véritable histoire qui pourrait transcender ses préoccupations sexuelles, s’attarde sur sa structure scénaristique et sur l’ambiance étrange et un brin perverse de son univers, soigne ses éclairages malgré le matériel amateur utilisé, et fait de Fashionistas une épopée orgiaque (et c’est le cas de le dire, le second – et bien moins réussi – opus contenant une scène d’orgie de plus d’une heure à faire pâlir Pasolini) dans laquelle Rocco Siffredi, styliste sexy/SM de renom, plonge au cœur d’un monde auquel lui même ne s’attendait pas. Un monde de luxure sensuelle, de bourgeoisie en cuir et latex, de pratiques extrêmes, matérialisé par une boite de stylisme et une discothèque privée spécialisées dans le sado-masochisme. Il va peu à peu se laisser gorger par la perversion et s’enfoncer toujours plus profond des les recoins de ses désirs, alors qu’une jeune couturière et performeuse (interprétée par Belladonna) tombe peu à peu amoureuse de lui. Un film à l’ambition démesurée pour du porno, qui dépasse les 4 heures et fait autant la part belle à de longues scènes de dialogues qu’à des copulations très hard, voire extrêmes. Fashionistas, par sa volonté de proposer du sexe intense et particulier, n’est pas une œuvre à mettre devant tous les yeux, mais elle démontre la capacité d’un réalisateur pourtant très éloigné du concept de fiction à créer un métrage où, encore une fois, le sexe et la perversion sont les sujets et pas un simple passage obligé, un trip parfois halluciné, parfois sordide, parfois sensuel, qui sonde les vices et les turpitudes de ses personnages, posant presque la question : où se situe la frontière entre vice et vertu, entre sexe acceptable et perversions extrêmes. Si les deux opus suivants oublient en peu trop cette pertinence du fond et l’importance du scénario au profit de scènes toujours plus hard et d’une ambiance toujours plus oppressante, ce premier Fashionistas reste une œuvre aussi compacte et intense qu’intéressante pour qui n’aura pas peur de s’engouffrer dans le hard porn.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=X9AUx8pURAo[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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