décembre 2, 2021

Journal d’une Femme de Chambre

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De: Benoit Jacquot

Avec Léa Seydoux, Vincent Lindon, Clotilde Mollet, Hervé Pierre

Année: 2015

Pays: France, Belgique

Genre: Drame

Résumé:

Début du XXème siècle, en province. Très courtisée pour sa beauté, Célestine est une jeune femme de chambre nouvellement arrivée de Paris au service de la famille Lanlaire. Repoussant les avances de Monsieur, Célestine doit également faire face à la très stricte Madame Lanlaire qui régit la maison d’une main de fer. Elle y fait la rencontre de Joseph, l’énigmatique jardinier de la propriété, pour lequel elle éprouve une véritable fascination.

Avis:

« Journal d’une femme de chambre » est un roman d’Octave Mirbeau paru en juillet 1900. Le roman trouvera son public et un joli succès, si bien que 115 ans après sa sortie, on compte pas moins de quatre films, dont un réalisé par Jean Renoir et un autre par Luis Buñuel. Le roman fut aussi transposé au théâtre, dans une foule d’adaptation à travers les décennies et le monde. Pour sa dernière adaptation en date, c’est Benoit Jacquot qui s’y colle.

Benoit Jacquot a une filmographie longue comme un bras. Le réalisateur est boulimique de travail, capable de sortir jusqu’à trois films par an dans ses temps forts, d’ailleurs, « Journal d’une femme de chambre » arrive dans nos salles sept mois après son précédent film « 3 Cœurs« . Pour ce film, le réalisateur français a fait appel à des habitués de son cinéma, puisque c’est la deuxième fois qu’il travaille avec Léa Seydoux après « Les adieux à la reine« , la cinquième qu’il rencontre Vincent Lindon ou encore la quatrième fois pour Dominique Reymond. On peut dire alors que Benoit Jacquot est comme à la maison sur son plateau. Mais voilà, si le réalisateur est comme chez lui, ça ne veut pas forcément dire que son film sera une réussite et j’en ressors mitigé, partagé entre de très belles idées, mais desservi par un rythme soporifique au possible.

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Célestine est une jeune femme de chambre au caractère bien trempé. Très courtisée, elle accepte un nouveau poste en province. Elle sera au service de Monsieur et Madame Lanlaire. Si Monsieur est agréable mais un peu lourd, Madame, elle, est intransigeante, dure, sans scrupule. Elle dirige ses gens de maison avec une main de fer et ne les paye pas à rien faire. Dans cette maison, elle fait la connaissance de Marianne, une cuisinière quelque peu dépressive et Joseph, le jardiner de la maison, un homme énigmatique et silencieux. Célestine va alors connaitre un parcours chaotique, rude, où son avenir est peu glorieux et ou sa condition de femme de chambre lui apporte que peu de débouchés.

Benoit Jacquot est un immense réalisateur et chacun de ses films est un petit cadeau qu’on a envie de déguster au plus vite. J’ai vu peu de films du réalisateur, mais à chaque fois, ce fut d’excellents moments que j’ai passé en sa compagnie. J’avoue avoir beaucoup de mal avec Léa Seydoux, malgré que Jacquot me l’avait révélé dans « Les adieux à la reine » où l’actrice était sublime et délicate. Mais à la découverte de la bande-annonce de ce film, j’ai tout de suite été séduit, imaginant un drame poignant sur le destin d’une femme extraordinaire, enfermée dans un quotidien diabolique. J’avais envie de voir un film féministe, qui parle de la condition de la femme, à cette époque, qui parle aussi du petit peuple, comparé à la bourgeoisie et à son arrogance, desservi par des dialogues superbes et le film de Benoit Jacquot m’a offert tout cela et bien plus dans son intrigue. J’ai adoré le quotidien de cette femme, j’ai adoré sa prétention, et dans ce sens, j’ai été pris du début à la fin par l’histoire. Surtout que je n’avais pas vu d’autres films sur elle ou lu le livre. Du coup, je découvrais son histoire et elle est passionnante.

Ensuite, je dois dire que Benoit Jacquot a mis les moyens dans l’image pour que son film soit magnifique. Les décors sont incroyables, le travail de reconstitution est parfait et à aucun moment on ne peut douter de l’époque dans laquelle évolue le film. Idem en ce qui concerne les costumes, c’est sublime, les robes, les habits, tout est plaisant à regarder. La photographie est radieuse, Léa Seydoux est tellement belle (et excellente dans ce rôle, décidément la petite s’affirme de plus en plus) tellement bien filmée, Jacquot a vraiment ce truc pour la sublimer et la rendre magnétique à l’écran.

Mais voilà, malgré tous ces arguments pour qui font pencher la balance du bon côté, il y a l’autre côté et malgré l’histoire intéressante, le milieu rudement bien décrit et l’image impeccable, j’ai malheureusement trouvé ce film très, très long, interminable… L’histoire est parcourue de longueurs. J’aime les films qui ont un rythme lent, mais ici, il lui manque du rythme dans le montage et le mouvement. Et ça m’agace de m’être vraiment ennuyé devant, car il y a vraiment ce qu’il faut pour que le film soit bon, mais ça n’a pas fonctionné. En plus de cela, j’ai trouvé par moment l’histoire pas très claire, dans le sens où Célestine, à plusieurs moments, quitte les Lanlaire pour d’autres missions, mais alors qu’elle déteste sa vie dans cette maison, elle ne peut s’empêcher de revenir encore et encore et je n’ai pas bien compris pourquoi. Pareil, en ce qui concerne ses relations avec le personnage de Vincent Lindon. On ne voit pas vraiment ce moment où elle bascule et se trouve fascinée par lui, prête à n’importe quoi. J’ai trouvé ça mal amené, dans le sens où c’est d’un coup. Peut-être un manque de subtilité de ce côté-là de l’histoire.

Léa Seydoux continue sa conquête du cinéma français et international. L’actrice avec qui j’ai beaucoup de mal trouve là un rôle sublime, qui lui va comme un gant. Habituée au film d’époque, je trouve qu’elle magnétise la caméra, et malgré l’ennui royal que j’ai pu éprouver en regardant ce film, j’ai trouvé l’actrice captivante. Et elle est très bien accompagnée puisqu’elle est entourée d’un Vincent Lindon peu loquace, mais tout aussi captivant qu’elle. Je découvre Clotilde Mollet, qui est peut-être ma révélation de ce début d’année. L’actrice incarne la maîtresse de maison et c’est tout à fait le genre de personnage insupportable, qu’on adore détester. Elle est bluffante, mais surtout agaçante, aussi bien dans son phrasé, dans ses ordres et même son physique. Dans un personnage haut en couleur, très théâtral, on prend plaisir à suivre les courtes apparitions de Patrick d’Assumçao, qui incarne « Le capitaine », un voisin des Lanlaire.

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Ce « Journal d’une femme de chambre » est donc une belle déception pour ma part. C’est un film qui est bourré de qualités, qui en déborde même. Il est joué avec talent par ses comédiens. Il est construit avec assurance par sa déco ou ses costumes. Il est filmé d’une main de maître par son réalisateur qui nous offre des images magnifiques et pourtant je me suis ennuyé comme ce n’est pas permis devant. Cette heure et demie m’a paru durer trois heures et je le regrette tant. Je suis donc complètement partagé sur ce film et je ne serais conseillé d’aller le voir ou pas, car ses nombreuses qualités se heurtent violemment à ce rythme poussif et soporifique… À vous de voir.

Note: 09/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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