décembre 4, 2021

La Porte du Messie – Philip Le Roy

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Auteur : Philip Le Roy

Editeur : Cherche Midi

Genre : Thriller

Résumé :

Aux funérailles de ses parents, Simon Lange, diplômé en théologie, apprend qu’il a été adopté. Son père lui a laissé des documents liés à ses origines dans un coffre à Jérusalem. Il s’y rend en compagnie de Markus, un ami de la famille. Le coffre est vide. Le soir même, d’étranges événements surviennent devant la porte du Messie, celle par laquelle, selon la tradition juive, le Messie entrera dans Jérusalem. Markus disparaît peu après. Accompagné de Sabbah, une jeune Syrienne travaillant pour l’Unesco à Paris, Simon se lance à sa recherche. Il découvre alors que son père et Markus poursuivaient des investigations sur le Coran. Sa quête le mènera tant sur ses propres traces que sur celles des plus anciens manuscrits coraniques. Poussé à percer le mystère du Livre saint, il devra décrypter des énigmes historiques et religieuses et échapper à ceux qui veulent à tout prix garder secrète l’incroyable vérité.

Avis :

La genèse du nouveau roman de Philip Le Roy pourrait en inspirer plus d’un pour écrire son propre thriller ésotérique avec la remise d’une documentation par une non moins mystérieuse femme. Là où cette rencontre fortuite aurait pu donner un livre théologique somme toute classique, Philip Le Roy intègre ces informations controversées dans une fiction. Coutumier des polars, l’auteur s’était déjà penché sur le genre avec Le dernier testament. Aussi, ce n’est donc pas un coup d’essai auquel on a droit, mais à un ouvrage porteur de vérité subversive. L’avertissement des premières pages semble aller dans ce sens.

À défaut de sang, La porte du messie risque de faire couler beaucoup d’encre. Si le Da Vinci Code s’attelait à ébranler les origines du christianisme, le présent livre propose de reconsidérer celles du Coran. Peu d’auteurs ou de chercheurs ont tenté l’entreprise. Non-face à l’ampleur de la tâche, mais aux réactions radicales de fondamentalistes obtus. Il est vrai que la remise en cause du dogme établi a de quoi effrayer les tenants du pouvoir. Traductions biaisées, berceau de la foi musulmane erronée, sans compter l’influence du christianisme sur cette dernière… Les révélations s’avèrent nombreuses et suscitent autant d’étonnements que d’intérêt.

Mais il ne suffit pas de proclamer des hypothèses pour déranger. Il faut également une base solide et crédible. Philip Le Roy a bénéficié de l’appui et de la vérification méticuleuse de théologiens émérites pour étayer ses dires. Sans compter que les informations, si sensibles soient-elles, peuvent faire l’objet de nos propres recherches avec, en fin d’ouvrage, une bibliographie pour nous guider. Certains rapprochements, notamment le rapport entre le régime nazi et les islamistes, décontenancent, comme le fait de lorgner sur un fond mystique (la traversée d’un mur). Toutefois, l’ensemble des pistes développées trouvera une justification ou une explication plausible au fil des lignes.

Là encore, la structure du récit évoque l’œuvre de Dan Brown avec des chapitres courts et nerveux, enfin presque. La progression se montre dynamique et ne lésine pas à nous offrir des séquences tendues. Courses-poursuites, agressions, fusillades… Cela reste très classique, mais efficace. On notera tout de même un déséquilibre des parties (le roman se découpe en 11 livres inégaux) qui peuvent s’étendre sur un simple chapitre ou une centaine de pages. Difficile de saisir une cohérence précise ou un intérêt à ce choix qui n’empêche toutefois pas d’apprécier l’intrigue, car s’il réside un problème de narration, il ne se trouve pas là.

En effet, le récit s’entrecoupe de passages longuets qui auraient tendance à faire tourner en rond les personnages. Entre les boîtes de nuit, les cafés, les hôtels et les restaurants, les environnements restreints sont peu variés tout en supplantant un voyage dépaysant à travers Israël, le Liban, l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni. Les nombreux allers-retours entre les destinations tentent d’occulter des rebondissements parfois faciles ou convenus, tout comme l’intervention d’individus indispensables pour la suite des réjouissances. Seulement, ces derniers n’effectuent qu’une brève apparition pour remplir leur rôle et s’effacent sans le moindre mal.

Des protagonistes qui retiendront peu l’attention. Victimes des rouages du destin, ils subissent les événements au lieu d’interagir avec. Le fait d’opter pour une pression permanente donne l’impression qu’ils sont traînés et non portés par l’histoire, et ce, malgré de vains efforts pour prendre le train en marche. Leurs caractères demeurent sympathiques sans pour autant se montrer inoubliables. On notera également quelques clichés maladroits tels que l’alcoolisme de Simon ou la foi (in)ébranlable de Sabbah en marge de son statut de femme insoumise.

Au final, La porte du messie est un thriller ésotérique des plus intéressants. Malgré ces longueurs (les dîners en tête-à-tête…) et des errances au niveau de l’écriture des personnages, on a droit à une intrigue entraînante sur un sujet peu usité dans le domaine. L’approche mesurée et pragmatique de l’auteur permet d’étayer des bases théologiques convaincantes et vérifiables, quoi qu’en disent ses détracteurs. Il en ressort une lecture qui allie plaisir et savoir sans se perdre en propos abscons ou en vulgarisant à l’extrême son thème. Intéressant tant ce roman montre les manipulations d’une minorité élitiste pour asseoir leur pouvoir sur les masses, quitte à triturer les fils de l’histoire et de la vérité.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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