novembre 30, 2022

Cold Blood

20240099.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Titre Original : Deadfall

De : Stefan Ruzowitzky

Avec Eric Bana, Olivia Wilde, Charlie Hunnam, Kate Mara

Année: 2012

Pays: Etats-Unis

Genre: Thriller

Résumé:

Addison et sa sœur Liza sont en fuite après un casse qui a mal tourné. Suite à un accident de voiture, ils se séparent pour rejoindre la frontière canadienne alors qu’une tempête de neige se prépare. Addison sème la terreur sur son passage, pendant que Liza rencontre Jay, un ex-boxeur en route pour fêter Thanksgiving chez ses parents. Le chemin des deux fugitifs ne va pas tarder à se croiser…

Avis:

Avec l’apparition de la VHS dans les années 80 et son émancipation dans les années 90, on avait vu apparaître un phénomène grandissant, le DTV (pour Direct to video), soit toute une catégorie de films qui ne connaissaient pas les joies d’une sortie salle en France. Séries B, voire Z, petits films d’auteur difficiles à distribuer en France, c’était toute une industrie parallèle, qui connaissait le succès sans pour autant s’enorgueillir de la présence de grosses têtes d’affiche ou d’une ambition équivoque. On voyait ainsi fleurir films d’horreur et d’action, seconds couteaux se découvrant une notoriété communautaire, et stars déchues (ou en passe de l’être, Steven Seagal commença ainsi sa seconde et triste carrière dès la fin des années 90).

20207678.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Avec l’explosion du dvd et maintenant du format Blu-Ray, ce phénomène s’est intensifié, jusqu’à arriver à cette étonnante constatation : des films ayant connu le succès dans leur pays d’origine, des films ambitieux, des films de réalisateurs talentueux avec des têtes connues, débarquent dans les bacs sans même passer par la case cinéma, quand bien même ils l’auraient mérité. Un chemin parallèle au trafic si intense qu’il surpasse même parfois en qualité, ou au moins en ambition visuelle, la production cinématographique admise sur les grands écrans (en témoigne la vigueur du cinéma d’horreur et d’action du DTV avec des titres comme Undisputed 2 et 3, The Tournament, Cold Prey, Dead Snow, et prochainement Burning Bright ou Dragon Gate de Tsui Hark)

C’est dans ce contexte qu’arrive comme une fleur Cold Blood, nanti comme d’autres avant lui d’une intrigue tout à fait satisfaisante, d’une photo classieuse, d’une réalisation appliquée et d’un casting solide, réunissant des têtes d’affiche (Eric Bana et Olivia Wilde), des étoiles montantes (Charlie Hunnam et Kate Mara) et de vieux briscards qu’il fait bon de retrouver en pleine forme (Treat Williams, Kris Kristofferson et Sissi Spacek). Certes, le scénario somme toute classique et la structure parfois un peu déséquilibrée l’empêche d’être un chef-d’œuvre du thriller à l’ambiance lourde et éthérée à la fois, mais face à la morne programmation actuelle des salles de cinéma, il fait figure de grand oublié des distributeurs.

Tout commence par une voix off, la voix d’Addison (Eric Bana) empreinte d’une nostalgie familiale, qui se rappelle son enfance à la ferme alors qu’il roule dans la neige en compagnie de son ami Travis, et de sa sœur Liza (Olivia Wilde) après un braquage de banque qui les laisse avec une belle somme d’argent. Mais il ne fait pas bon de relâcher son attention sur les routes verglacées du Michigan, et s’ensuit un accident assez spectaculaire (et le réalisateur Stefan Ruzowitzky fait preuve là d’une belle élégance et d’une sobriété classique mais toujours efficace). Travis mort, Addison et Liza vont devoir se frayer un chemin jusqu’au Canada, chacun de son côté, dans le froid et le blizzard. Pendant ce temps, l’équipe du shérif, et notamment sa fille volontaire mais brimée (Kate Mara), se met à leur poursuite après qu’Addison ait abattu l’un des leurs, tandis qu’à des kilomètres de là, à Détroit, Jay (Charlie Hunnam) sort de prison, et s’apprête à des retrouvailles joyeuses et compliquées avec ses parents (Kris Kristofferson et Sissi Spacek). Toutes ces trajectoires, chacune gorgée d’un lourd passif relationnel et familial, vont bien sûr peu à peu se croiser, s’entrechoquer, se lier, à mesure qu’Addison et Liza suivent leur parcours parfois sanglant jusqu’au Canada.

La première bonne idée de Cold Blood (anciennement Blackbird puis Deadfall dans son Amérique natale, ne cherchez pas à comprendre), c’est de montrer les conséquences avant de dévoiler les causes. Le spectateur n’a jamais de longueur d’avance sur le récit (si ce n’est celle que le cinéphile futé pourra avoir par rapport aux possibles péripéties), et suit d’abord le parcours des personnages et leurs actions avant de découvrir les raisons qui les poussent à agir, leur passif, leurs traumas, leur véritable caractère. Les anti-héros à l’éthique solide et au magnétisme animal basculent dans la sauvagerie, les manipulateurs se perdent dans les sentiments qu’ils ont voulu feindre, les victimes se dressent contre leurs agresseurs avec un calme et un courage sans borne, sans que l’on puisse vraiment se douter de leur progression dramaturgique (le mot est certes un peu fort mais il reflète bien cette qualité de description des caractères, là où les péripéties s’avèrent appliquées mais classiques).

Bien sûr, au delà de ces parallèles familiaux entre les histoires des différents personnages qui les relient d’une manière ou d’une autre, il y a des relations conflictuelles assez communes que l’on retrouve souvent au cinéma. Le frère possessif et la sœur à la recherche d’émancipation, l’enfant peu considéré par son père, en quête de reconnaissance, ou celui qui a perdu l’estime et la confiance du sien, des thèmes qui peuvent paraître un peu clichés, mais qui sont décrits avec assez de soin et joués avec assez de cœur pour sonner juste.

C’est l’autre point avec lequel Cold Blood tape relativement fort, ses acteurs impeccables, qui créent leur personnage sans trop de dialogues explicatifs, tout en regards et en silences éloquents. Des acteurs dont la seule présence impose le respect et captive, du plus aguerri au plus novice, Eric Bana fascinant en désaxé implacable, capable de sauver la vie d’une femme battue et d’abattre de sang froid des officiers de police l’instant d’après, Olivia Wilde lumineuse et intense, si magnétique qu’elle éclipse les autres rôles féminins (et pourtant c’est en amoureux transi de Kate Mara que j’écris), Kris Kristofferson et Sissi Spacek parfaits en vieux couple placide et téméraire… Ils portent chacun un film qui aurait facilement pu virer au démonstratif sur leurs épaules.

20248178.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Quand à la réalisation de Stefan Ruzowitzky, elle s’avère plutôt ample et fluide, d’une élégance sobre qui, si elle ne confine pas au génie, met en valeur les magnifiques paysages enneigés du Michigan, et crée une ambiance mélancolique empreinte d’une tristesse sourde, qui offre au film de beaux moments de tension naturelle, notamment dans la progression d’un final qui s’avère d’une intéressante intensité, bien qu’un peu expéditif.

Au final, sans révolutionner le genre, Cold Blood est très agréable à regarder, et n’aurait pas démérité dans les salles obscures de l’Hexagone, surtout quand on pense que son ambiance générale se rapproche sensiblement d’un Territoire des loups qui lui a connu les faveurs du grand écran.

Note : 16/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=iOwLGuERuWs[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.