décembre 6, 2021

Corpus Prophetae – Matt Verdier

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Auteur : Matt Verdier

Editeur : Mnémos

Genre : Thriller, Fantastique

Résumé :

Sur autorisation du Saint-Siège, Montalescot, le meilleur biographe de sa génération, est choisi pour revenir sur les traces du messie et infiltrer son entourage. Dans cette sombre enquête au plus proche du Christ, il va croiser des personnages troubles aux secrets bien gardés, mais il devra aussi affronter ses propres démons.

Avis :

Les origines de l’homme demeurent dans un flou que les dogmes religieux se sont amusés à combler par des histoires que d’aucuns considèrent comme véridiques. Mais les croyances d’une époque sont reléguées au rang de mythologie par la suivante. Il suffit de se pencher sur les civilisations antiques pour s’en convaincre. Aussi, les grandes religions actuelles semblent vouées à la démystification dans un proche avenir. Perpétuelles contradictions, incohérences dans le flux narratif ou fables à la morale discutable, sans oublier la violence et l’intolérance des plus radicaux, le christianisme s’est élevé dans l’ignorance des uns et le sang des autres. Quoi de mieux qu’un roman pour étayer des hypothèses pour jouer sur les mystères et les énigmes d’une religion ?

On nous a menti et on continue en ce sens. Tel pourrait être le credo des thrillers ésotériques qui ont surexploité le sujet depuis le succès mondial du Da Vinci Code. L’on serait tenté de ranger Corpus Prophetae dans les « suiveurs » qui arrivent tardivement sur le devant de la scène littéraire. Toutefois, le présent ouvrage n’est pas vraiment ce qu’il laisse paraître. Comprenez qu’il ne se contente pas de reprendre une recette éculée qui sent le réchauffé, mais s’amuse à mélanger les genres de manière inattendue, parfois saugrenue. Ainsi, l’on côtoie le thriller pour le dynamisme de sa trame, mais aussi la science-fiction pour son contexte et la possibilité de voyager dans le temps.

À l’opposé du diptyque Blitz (Connie Willis) qui esquissait une époque futuriste pour se concentrer sur la Seconde Guerre Mondiale, Corpus prophetae fait l’exact contraire, mais sans sombrer dans la science-fiction pure. Dans une moindre mesure, ce choix peut se rapprocher du dernier roman en date de Glenn Cooper : Le livre des prophéties ; où l’on s’aventurait dans une année 2026 assez similaire à ce que nous connaissons actuellement. Ceux qui espèrent rencontrer le Christ à travers les lignes resteront sur leur faim. Il s’agit d’un élément déclencheur aux péripéties à venir plutôt qu’un point central de l’histoire.

Malgré cela, l’on jongle avec quelques dates plus ou moins éloignées. Du Ier siècle en passant par le Moyen-Age, puis par la moitié du XXIe siècle ou carrément un bond à l’orée du cinquième millénaire, l’intrigue s’élargit dans tous les sens, même si l’on ne saisit pas forcément d’emblée les implications et les conséquences à chaque époque. De fait, certaines séquences se révèlent décousues, parfois brouillonnes dans leur construction. Il faudra donc patienter pour que ce sentiment s’atténue sur un éclaircissement dans les ultimes pages. Conforme à son idée initiale, Matt Verdier ne se penchera que très peu sur le concept de voyage dans le temps autre que comme un moyen, un outil pour développer son histoire.

En ce qui concerne les personnages, on a droit à un travail assez soigné, et ce, malgré des descriptions physiques peu évocatrices. Un aspect du livre clairement en deçà du potentiel de l’auteur qui possède un style varié et rythmé dans la structure de ses phrases. En revanche, leurs caractères dissemblables s’entrechoquent et s’affrontent avec leur lot de doutes et de contradictions. Réalistes et crédibles dans leurs motivations, le nerf de tout bon roman ne fait ici guère d’étincelles, mais remplit son office correctement. On remarquera que la caricaturale papesse et ses airs mégalomaniaques entachent ce résultat par une note beaucoup plus légère.

Au final, Corpus prophetae est une agréable surprise. Pour son premier livre, Matt Verdier prend à contrepieds les attentes des lecteurs par un mélange des genres délicat et néanmoins savamment dosé. Un équilibre que l’on aurait aimé retrouver dans la progression qui, si elle se révèle dynamique, cahote à travers les époques sans éviter quelques heurts. De menues maladresses que l’on retrouve également dans la caractérisation, mais n’altère en rien le plaisir de lecture. D’une idée éculée (les origines du christianisme et l’imposture que dissimule cette religion), l’auteur est parvenu à trouver un concept original pour la renouveler. Malgré certains écueils, un roman surprenant.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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