février 28, 2021

Des Choses Fragiles (Nouvelles et Merveilles) – Neil Gaiman

Auteur : Neil Gaiman

Editeur : J’ai Lu

Genre : Fantastique

Résumé :

Les histoires, tels les gens, les papillons, les œufs d’oiseaux, les cœurs humains et les rêves, sont des choses fragiles faites d’un matériau aussi peu solide ou durable que vingt-six lettres et une poignée de signes de ponctuation. Ou des paroles faites de sons et d’idées, abstraites, invisibles, disparues sitôt prononcées. Et pourtant certaines, simples et minuscules, ont survécu à ceux qui les ont racontées.

Avis :

Des choses fragiles regroupent de nombreuses nouvelles écrites par l’auteur célèbre Neil Gaiman, notamment connu pour avoir été à l’origine de la fameuse série d’Amazon Prime : American Gods. D’ailleurs, pour les fans, un long récit mettant en scène l’un des personnages de cette série, s’invite à la fin de ce recueil.

Certains textes ont été promus, encensés ou malmenés à l’époque où ils ont été publiés. D’autres, ont été commandés par des amis de l’auteur ou des éditeurs préparant des recueils. Pour que le lecteur comprenne la vie de ces histoires incroyables, Neil Gaiman s’est autorisé un long aparté en amont qui explique le pourquoi de chaque nouvelle.

Bien que ces passages soient utiles pour mieux capter l’essence mystique du cerveau de ce créateur dingue, il aurait été plus judicieux de les placer avant chaque texte, pour que le lecteur en ait des souvenirs vivaces pendant la lecture.

Trop de références

Chaque nouvelle renvoie à une étape de la vie de l’auteur, à un instant crucial qui l’a mené à s’épancher sur du papier.

De nombreuses références se glissent dans les nouvelles. Malgré les explications de l’auteur, nombre de textes restent flous, voire parfois incompréhensibles, tant au niveau de leurs intentions ou de leurs messages, que de leurs dénouements ou intérêts. Ce recueil ne s’adresse certainement pas un lecteur néophyte, peu habitué aux genres littéraires ou écrivains qui animent Neil Gaiman. Et c’est dommage ! L’interview en fin d’ouvrage permet d’en apprendre plus sur certains textes, mais pas sur tous.

Dans les nouvelles, on reconnaît du moins sa patte spéciale, toute particulière, surtout dans la création d’ambiances improbables, loufoques, ou étranges. L’auteur rend de nombreux hommages dans ses textes, et ce sont toutes ces implications et dédicaces qui peuvent perdre irrémédiablement lorsque l’on n’y connaît rien.

De marbre

Les textes varient en messages, genres, univers, portées, tailles et qualité. Alors que l’on attend irrémédiablement des chutes fracassantes pour des textes de type nouvelles, la plupart des récits nous laissent de marbre, à cause de fins banales, sans grand intérêt ou qui nous échappent. Neil Gaiman possède un imaginaire indescriptible, dans lequel il n’est pas évident de s’immerger ou de le suivre.

Il court, et ne s’empêtre pas dans des concepts bien connus. Il porte sa propre voix haut et fort, met en évidence son propre style, peu importent les avis et réactions des autres. Cela va sans dire, la variété de ses univers et la richesse de ses idées reste fascinante, à tout point de vue, que l’on apprécie ou non ses textes farfelus.

Poétique

En plus de nouvelles insaisissables, Neil Gaiman nous offre de beaux poèmes. Certains sonnent mieux que d’autres, mais leur mélodie touche. Ces passages très courts redonnent de l’impulsion au lecteur qui souhaite suivre scrupuleusement l’enchaînement choisi par l’auteur. Ce sont des bouffées d’air frais entre deux textes souvent sombres ou obscurs.

Quelques passages

La première nouvelle, Une étude en vert, parlera certainement aux fans de Sherlock Holmes, ou de Cthulhu, ou les deux. Neil Gaiman réécrit la nouvelle Une étude en rouge de Sir Arthur Conan Doyle, qui a d’ailleurs été le premier épisode adapté à l’écran pour la série télé avec Benedict Cumberbatch et Morgan Freeman. Neil Gaiman diffère de la version originale en y intégrant les anciens dieux étranges des univers lovecraftiens. Le début ne change pas, seule la fin se veut différente, basculant dans une atmosphère très mystérieuse, qui a certainement donné envie aux auteurs contemporains de continuer de mêler tentacules et Holmes pour la postérité. Malgré des passages géniaux, avec un Sherlock Holmes haut en couleur, la sauce ne prend pas.

La seconde nouvelle, La présidence d’Octobre, nous immerge dans une drôle d’histoire où les mois se voient personnifiés. L’entrée en matière s’avère perturbante, la fin peu satisfaisante, mais l’ensemble s’avère empreint d’un voile de poésie ensorcelant et d’un zeste de conte hivernal plaisant.

Les épouses interdites des esclaves sans visage dans le manoir secret de la nuit du désir redoutable en dit déjà long avec son titre à rallonge ! Ce texte navigue constamment entre deux réalités, deux ambiances gothiques, noires, où de terrifiantes créatures sèment la terreur. Les personnages présentent des traits très intrigants, et la chute de qualité émerveille. L’auteur y parle de sa peur de la page blanche, du métier d’écrivain, du désir de vouloir saisir l’insaisissable pour permettre aux lecteurs de rêver, et du fait que lire reste avant tout un plaisir qui nous éloigne volontairement de notre réalité.

D’autres nouvelles portent des ambiances très réussies, même si les chutes laissent à désirer pour certaines d’entre elles. Les univers sont complètement dingues, originaux, et savoureux, à l’image de l’inventivité de l’auteur. Par exemple, Amères moutures  revisite le thème des mort-vivants avec sagacité ; La vérité sur le cas du départ de Mlle Finch met en scène un cirque des horreurs ; Le problème de Susan laisse transparaître la frustration de l’auteur quant à la fin du personnage de Susan dans la série Narnia de C.S. Lewis, et Goliath nous transporte dans un futur apocalyptique, empli de paradoxes temporels, à la chute vraiment inoubliable.

Des textes pour tous les goûts ; des nouvelles géniales et d’autres qui déçoivent. Un recueil qui reste très inégal.

Note : 13,5/20

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Par Lildrille

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