Estrecho – Le Dernier des Atlantes – Christophe Agostini Abdallah

Auteur : Christophe Agostini Abdallah

Editeur : D’un Autre Ailleurs

Genre : Policier, Aventure

Résumé :

Maroc, janvier 2016. Le corps de Mohamed, dit Showtime, vient d’être retrouvé à Dahlia-plage. Encore un chasseur sous-marin assassiné dans des conditions abominables. La presse s’empare de l’affaire. Les autorités espagnoles et marocaines décident d’unir leurs efforts pour juguler la rumeur qui gronde. L’inspecteur Marco Perez débarque à Tanger et se présente au commissaire divisionnaire Hassan el Hassawi. Commence alors un roman où la fiction fait la part belle à la réalité, et l’intrigue policière à la puissance de l’aventure. Perez sortira-t-il indemne de sa rencontre avec Mohamed ? Il y a de quoi en douter.

Avis :

Lorsque l’on commence la lecture de ce roman, nous sommes directement plongés dans un décor à la fois paradisiaque et plein de contradictions. En effet, les populations les plus pauvres cohabitent avec des lobbies à la toute-puissance indescriptible. Cet écosystème apporte son lot de mystères, ses réflexions et ses messages, tout en finesse. Bien que des principes éthiques, moraux ou écologiques soient explicités dans le roman, l’auteur nous laisse seuls juges, nous donnant des pistes de pensées sur le monde qui nous entoure, sur ce monde qui est en fait le nôtre. Entre enquête contemporaine et récit poétique avec un brin de fantastique, Estrecho constitue un moment de lecture captivant, grâce à des personnages attachants et grâce aux sentiments d’espoir qui se dépeignent malgré des situations terribles et des meurtres tragiques. Ni blanc ni noir, l’écosystème retranscrit reste aussi complexe que notre société.

Le lecteur sait qu’il ne vit pas très loin des lieux des péripéties de l’histoire et, pourtant, ces derniers lui paraissent sortir d’une autre réalité. Les religions, les langues, les cultures et les niveaux sociaux s’entremêlent, nous offrant de multiples portraits tous plus différents les uns que les autres et tous aussi prenants, tant dans la manière qu’a l’auteur de nous les dépeindre que dans leur cohérence et leur crédibilité intrinsèques.

L’auteur nous permet de voyager et de redécouvrir notre propre planète. Il utilise de nombreux mots ou expressions issus des langues arabes, à la fois pour décrire le paysage ou pour que ses personnages s’expriment avec sincérité pendant les dialogues. Ce vocabulaire, que tous les lecteurs ne connaitront pas, est parfois traduit directement dans le texte, de manière intelligente grâce à des parenthèses simples sans apporter de lourdeur, ou expliqué dans un glossaire de fin. Le partage intelligent des langues nous immerge complètement dans l’aventure.

L’univers des chasseurs sous-marins subjugue par l’attrait irrésistible de la mer, et aussi à cause de tous les risques que ces hommes intrépides prennent afin de nourrir leurs familles ou d’aider leurs proches. La mer et les courants trompeurs, comme l’est Estrecho, constituent des forces de la nature imprévisibles que l’humain ne peut dompter. Il doit s’adapter, apprendre et s’acclimater, tout en ayant conscience de ses limites. Le roman nous enseigne cela à travers les conseils de plongée ou les discours des personnages expérimentés. De plus, avec l’aide d’un brin de fantastique, le roman attire notre attention sur les mystères des fonds sous-marins et toute cette vie inconnue. Le lecteur retient son souffle quand les courageux plongent et ne respire à nouveau que quand ils remontent à la surface.

Estrecho nous mène à découvrir toutes sortes de personnages, à la fois malsains, calculateurs, ambitieux, perdus, altruistes, innocents, tueurs, voleurs, humanistes, arrogants, honnêtes ou aventureux. L’auteur les décrit suffisamment pour que le lecteur se les associe et qu’il ait envie de mieux les comprendre. De manière surprenante, les personnalités les plus noires apparaissent quelques fois sous un jour plus brillant, empêchant ainsi le lecteur de les détester complètement. Le lecteur, fataliste, suit les péripéties de personnages à la fois simples et complexes, animés par des forces qu’il connaît, qu’il peut comprendre, même s’il ne les accepte pas toutes.

L’auteur dépeint des portraits saisissants, contrastés, qui marquent les esprits. La multitude des personnages ne constitue pas un frein à la lecture. Les personnalités les plus captivantes reviennent souvent, tant et si bien que l’on retient rapidement leurs caractéristiques et leurs envies. Les personnages masculins sont plus nombreux mais les rares figures féminines, aussi fortes qu’originales, suffisent à cette histoire de taille humaine, ancrée dans une réalité tortueuse, où l’argent est roi. Si l’immatériel comptait en tant que personnage principal, l’argent serait incontestablement celui du roman. Les uns meurent pour lui, les autres se soumettent à son attrait et les plus atteints tuent pour sa valeur.

Le déroulement de l’enquête suit un rythme satisfaisant, évitant que le lecteur se frustre par manque d’éléments. Bien que les informations ne manquent pas et que le lecteur pense avoir saisi tout l’envers de la situation, l’auteur se joue de lui pour lui offrir quelques rebondissements surprenants. Certains choix de personnages étonnent, d’autres non, à l’image des vivants qui nous entourent. Deux portraits marquent plus que d’autre, un plongeur sous-marin et un enquêteur, dont les idéaux de justice et les messages d’espoir touchent profondément. Ils rappellent que nos choix nous façonnent et que l’on peut prendre la direction qui nous plaît, que rien n’est immuable et que nous pouvons changer, nous améliorer.

Entre enquête, histoires de vie, cycle initiatique, voyage et réflexions sociales, Estrecho – Le dernier des Atlantes est un roman plein de magie qui traite d’un sujet maintes fois revisité : le trafic de drogue. Pourtant, il innove dans la construction de ses personnages, dans sa vision globale de la situation (le lecteur aborde à la fois les trafiquants comme les victimes), dans son travail sur la poésie de la mer et dans ses messages certes durs, mais réalistes et plein d’espoir sur la condition humaine.

Note : 18/20

Par Lildrille

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