Dans les Bras de Verdun – Nick Dybek

Auteur : Nick Dybek

Editeur : Les Presses de la Cité

Genre : Historique

Résumé :

En 1921, Tom, originaire de Chicago, ancien ambulancier pendant la guerre, travaille à l’ossuaire de Verdun. Il y rencontre Sarah, Américaine à la recherche de son mari disparu. Ils vont vivre une passion fulgurante. Des mois plus tard, Tom et Sarah se retrouvent à Bologne, où un soldat amnésique inconnu attire les foules. Dans la ville italienne où monte le fascisme, Tom et Sarah croisent Paul, journaliste autrichien intéressé par le malade. L’homme sans passé détient aussi un lourd secret.

En 1950, Santa Monica aux Etats-Unis. Tom, devenu un scénariste plus ou moins reconnu, recroise Paul lors d’une soirée à Los Angeles. Les souvenirs remontent, brisant les mensonges passés.

Avis :

Dans les bras de Verdun est un livre aux bonnes idées et à l’émotion forte, mais qui n’est pas marquant dans le bon sens du terme. En effet, il manque cruellement de profondeur et de héros attachants. Les personnages principaux apparaissent ternes et comme inatteignables par les liseurs. Les horreurs que chacun a vécues les ont meurtris et les ont profondément changés. Bien que cela soit compréhensible, ils apparaissent cassés et effacés. Les mots ne mettent pas toujours convenablement en valeur leurs expériences et leurs troubles. Le lecteur peut avoir l’impression que les protagonistes ne sont pas crédibles ni cohérents avec eux-mêmes. On ne parvient pas très bien à les cerner et c’est cette distance qui met à mal tout le roman. L’histoire d’amour qui nous est donnée manque de vraisemblance dans les sentiments, de force et d’intensité, tout comme l’histoire d’amitié qui débute et qui perdure bien des années plus tard.

Verdun a été un évènement tragique de la Première Guerre Mondiale, qui a causé pas moins de 700 000 morts et disparitions. Le roman détaille l’après-bataille et les images qu’il nous met en tête sont terribles. On imagine très bien les villes et villages détruits, les ruines qui sillonnent le paysage et les familles sans toit ; les montagnes d’os qui parcellent les champs et les enfants sans père ou orphelins. L’auteur nous dépeint des tranches de vie marquées par la souffrance et nous transmet des émotions fortes et perturbantes. Il est dommage qu’elles ne soient pas toujours liées aux personnages mais davantage à la guerre et à ses horreurs. Ce roman fait un bel honneur à l’affrontement de Verdun, que l’on commence à oublier, et donne envie de s’y intéresser plus avant. Cependant, le livre n’est pas à conseiller à des âmes sensibles, tant certaines descriptions sont crues.

Outre Verdun, c’est l’Europe d’après-guerre qui est dépeinte dans ce roman, notamment avec l’ascension en puissance de certains partis (le nazisme, le fascisme) et les débordements politiques amenés par les traités de paix. L’histoire s’étend également jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale mais ne s’y attarde pas trop. L’auteur s’intéresse davantage à l’industrie montante du cinéma, dans laquelle travaille notre héros, et parle du renouveau de l’espoir dans un continent meurtri par deux grandes guerres.

Le rythme du roman est inégal dans le rythme, dans les actions et dans son intérêt pour l’histoire. Le conteur jongle souvent avec son passé et son présent, de telle sorte, qu’à certains moments, on ne sait plus très bien où on en est. Cela laisse une impression décousue, la narration cassant souvent le fil du temps chronologique, sans raison toujours valable ou intéressante. Cela amène de la lenteur et un suspense plutôt frustrant quand on sait que la partie prenante du récit se trouve dans le passé du personnage principal. D’autres personnages perturbent le rythme en racontant une tranche de leur vie passée, dans l’objectif de faire passer un message. Cette manière de faire lest lourde et lasse, alors que le message aurait été plus efficace sans tout le protocole. Finalement, seules les dernières pages du livre surprennent et mettent en lumière des éléments psychologiques captivants.

Le roman s’intéresse principalement aux disparitions survenues à cause de la bataille et aux personnes qui espèrent retrouver leurs proches. L’auteur appuie sur des faits bien connus des médecins, quand des personnes de la famille voient dans un rescapé à la mémoire perdue, leur mari, fils, ami ou père, alors qu’il n’en est rien. La mémoire et l’envie de revoir ceux qu’on aime, nous font porter des jugements hâtifs et faussés, qui pourraient aller jusqu’à briser la vie d’un soldat, déjà à la dérive après toutes les visions néfastes qu’il a dû surmonter. Nos yeux perçoivent ce que nous voulons parfois bien voir.

Cette analyse de la mémoire et de la gestion de la souffrance, est menée avec empathie et délicatesse, notamment via des voix de médecins qui deviennent des personnages majeurs à la fin du récit. Ils décrivent les phénomènes à nos héros, tout en accompagnant les familles déçues qui doivent repartir bredouille. Il était d’ailleurs possible que les soldats sans mémoire soient torturés pour qu’ils retrouvent leurs souvenirs afin de contenter les proches qui attendaient désespérément leur retour. Ces actions tirées de faits réels, ajoutent encore à l’horreur de l’époque. Le mensonge est également un phénomène mis en avant dans ce roman et dont les conséquences peuvent être bien dramatiques et inattendues.

Le côté psychologique du livre, ainsi que les reviviscences de l’Histoire, sont vraiment passionnants. Il est dommage que l’intrigue et les personnages ne captivent pas autant.

Note : 11,5/20

Par Lildrille

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