décembre 7, 2021

Titan

De : Lennart Ruff

Avec Sam Worthington, Taylor Schilling, Tom Wilkinson, Noah Jupe

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Dans un monde où toutes les ressources sont épuisées, l’avenir de l’humanité réside dans une planète lointaine. Quelques soldats sont le seul espoir de l’atteindre, mais pour réussir il faudra choisir : évoluer ou mourir…

Avis :

Assistant réalisateur sur quelques courts en Allemagne avant de l’être sur un long-métrage, Lennart Ruff va se tester à la réalisation en 2014 avec un premier court, Nocebo. L’essai est concluant, et il va donc passer au long-métrage en partant aux States pour faire son premier film, Titan, un film de science-fiction qui est censé ne pas être si loin du notre. Embauchant au passage un casting intéressant en la présence de Sam Worthington, Taylor Schilling, Tom Wilkinson ou encore Nathalie Emmanuel, tous les espoirs pouvaient être placés dans ce métrage ambitieux destiné pourtant au marché du e-cinema. Mais très rapidement (dès le générique du début, en fait), on va se rendre compte de la supercherie du bousin et de cette volonté de rendre intelligent un propos qui est con comme la lune. Pour faire bref, Titan ne vaut pas un kopek et passe à côté de son sujet.

Mauvaise expérience

Le scénario du film est assez simple dans sa construction. Nous sommes en 2048, la moitié de la planète est devenue inhabitable à cause du réchauffement climatique et un scientifique américain décide de mener une expérience sur des volontaires ayant déjà survécu à des situations extrêmes. Il va alors injecter de l’ADN de différents animaux à ces volontaires pour ensuite les envoyer sur Titan, un satellite de Saturne, pour bâtir une colonie et sauver l’espèce humaine. Sauf que les expériences ne vont pas se passer comme prévu. D’un point de vue scénaristique, on est clairement dans quelque chose de très linéaire, qui va montrer les tâtonnements de ces expériences et les transformations des humains, ainsi que leurs relations avec leur famille. Au-delà du film de SF classique, Titan essaye de montrer les dérives de la science avec des experts qui se prennent pour Dieu et modifient les structures génétiques.

Et ce qui aurait pu être intéressant et intelligent va vite tourner au vinaigre. Si cela est en partie dû à la mise en scène et à la prestation des acteurs (on y revient plus tard), c’est aussi à cause d’une faiblesse d’écriture flagrante. Ici, on va suivre un homme prêt à tout pour réussir les épreuves et se transformer en une sorte de monstre qui va abandonner sa famille. Les morts autour de lui, les changements de caractère, rien n’y fera, il continuera en son âme et conscience. Si le scénario cible principalement cet homme, les autres seront sur le bord de la route, pointant le bout de leur nez de temps à autre, mais n’ayant aucun impact sur quoi que ce soit. Pire, le scientifique qui mène cette expérience ne sera quasiment pas remis en cause, alors qu’il montre une cruauté crasse envers ses cobayes.

Titransparent

Toujours en ce qui concerne ce scientifique en chef, on verra qu’il sera prêt à tuer femme et enfant pour venir à ses fins, mais il ne subira aucune conséquence. A ses côtés, on verra des hommes et femmes changer, frapper leur épouse, mais là aussi, cela n’aura aucune conséquence sur le déroulement de l’expérience. Il réside dans Titan une écriture paresseuse et sans âme, qui n’est là que pour montrer la vacuité de ces expériences et le danger de l’âme humaine. Si on aurait pu avoir une réflexion intelligente sur la nature humaine, sur sa propension à regarder l’espace plutôt que de sauver sa propre planète, ici, il n’en est rien, jusqu’à un plan final qui donne raison au méchant, dans son espoir d’évolution de l’espèce humaine et de conquête. Lennart Ruff n’arrive pas à donner du grain à moudre à son histoire et il frôle parfois l’incohérence.

D’ailleurs, la mise en scène va dans ce sens. On aura droit à des ellipses étonnantes, notamment lorsqu’il faudra aborder la transformation du corps. On va voir un homme qui nage comme un poisson, qui est capable de rester prêt d’une heure sous l’eau, ou encore qui peut voir dans le noir, mais tout cela va très vite. Il y aura des problèmes de santé qui seront très vite résolus et toutes ces scories n’auront pas vraiment d’impact, pas même au sein de la famille, où le petit garçon sera complètement oublié en cours de route. Outre des ellipses sans aucun sens, on aura aussi droit à des plans contemplatifs qui auront pour effet de ralentir un rythme déjà lénifiant. Lennart Ruff essaye de voir son film comme quelque chose d’intelligent et nous met des plans de coupe insupportables, sur une mer bleue que l’homme est incapable de préserver.

Inexpression

Outre un scénario ambigu et une mise en scène qui n’a pas vraiment de cachet, on va se retrouver avec des personnages dont on se fout royalement et des acteurs qui font le minimum syndical. On ne ressentira aucune empathie pour personne. Le « héros » est antipathique à souhait, laissant sa famille de côté pour se transformer en ersatz de Fantomas, et Sam Worthington est d’une banalité affligeante. On dirait qu’il se fait chier comme rarement. Taylor Schilling, qui joue sa femme, donne un peu de coffre à l’ensemble, mais son personnage n’est pas attachant non plus. Quant à Tom Wilkinson qui joue le méchant de base, il semble essoufflé et à bout de course. Il ne donne d’ailleurs aucun relief à un scientifique qui veut juste briller aux yeux de la société. Là encore, l’écriture est en cause.

Au final, Titan est un mauvais film. Non pas qu’il soit un nanar ou un navet qui passe à côté de son sujet, mais Lennart Ruff ne donne pas corps à son thème, et surtout, il n’arriva pas à tenir un propos cohérent sur la fin de notre planète et la conquête d’une nouvelle. Les pistes de réflexion sont brouillées et le film balbutie pas mal de bêtises qui ne trouvent finalement aucune résolution, si ce n’est un plan final qui lorgne grandement vers le n’importe quoi. Bref, un film raté qui manque d’un peu de tout, et visiblement, les acteurs ont vite vu qu’il n’y avait rien à faire pour sauver le métrage du naufrage…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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