février 28, 2021

Interview – Marine Kelada – Autrice

Bonjour Marine !

Bonjour Chloé !

Je vous remercie pour le temps que vous avez bien voulu accorder à mon interview ! J’ai lu vos deux premiers romans L’héritage d’Arachné et Cendres, deux histoires d’amour fascinantes, dans deux univers complètement différents mais aussi prenantes l’une que l’autre. Cendres m’a plu davantage, mon amour des légendes celtiques n’a su se taire.

Votre nouveau livre, Un brasier d’eau et de vent vient juste de sortir ! J’ai hâte de m’y plonger.

Je suis ravie de répondre à cette interview !

  • Préférez-vous l’un de ces deux univers ?

L’univers de Cendres a quelque chose de plus « magique », de plus légendaire, intemporel que celui de L’héritage d’Arachné (qui a été écrit avant), donc à choisir, je prendrais celui de Cendres ! Si maintenant je devais choisir entre Cendres et mon troisième roman, « Un Brasier d’Eau et de Vent », j’aurais du mal à me décider…

  • Etes-vous attachée pareillement aux héroïnes de ces deux romans ?

C’est très différent ! Emma est bourrée de défauts, c’est un personnage avec ses faiblesses et ses forces avec qui les lecteurs n’ont pas toujours été tendres ! Moi, c’est mon personnage, je suis obligée de l’aimer 😉 Faith est plus posée, plus mature sans doute du fait de son vécu exceptionnel. Je la trouve touchante. L’héroïne de mon 3e roman, Myra, est celle qui me ressemble le plus. Donc disons que je suis consciente que mes héroïnes ne se valent pas forcément en termes de construction de personnages, mais chacune a son histoire à vivre et je suis attachée à chacune d’elles.

  • Qu’ont-elles en commun selon vous ? Qu’ont ces deux histoires d’amour en commun ?

Emma et Faith sont deux jeunes filles mélancoliques et très seules. Emma a perdu sa mère deux ans avant le début de l’histoire et est délaissée par son père tandis que Faith n’a jamais connu ses parents. Ce sont deux héroïnes qui n’ont plus grand-chose à perdre et qui vont retrouver un sens à leur vie au fil des pages. Les deux histoires d’amour sont liées à des mythes et légendes revisités, mais présentent des protagonistes masculins très différents l’un de l’autre.

  • Comment avez-vous imaginé ces deux univers ? D’où proviennent vos inspirations ?

Comme mentionné à la question précédente, je suis très inspirée par les mythes et légendes. Je construis mes histoires et mes univers autour d’un ou plusieurs mythe.s. L’Héritage d’Arachné s’inspire, évidemment, du mythe d’Arachné (gréco-romain) tandis que Cendres est inspiré d’une légende celtique beaucoup moins connue mais ô combien passionnante. Je suis également une fervente admiratrice de Shakespeare et du mythe de l’amour impossible qu’il dépeint si bien et qui traverse le temps. D’ailleurs, on en trouve des références dans tous mes romans (j’ai un doute pour L’héritage d’Arachné, à vérifier!). La musique m’inspire énormément aussi.

  • Le public a-t-il accueilli ces deux romans de la même façon ?

Pas tout à fait, non. Les lecteurs ont été bien plus enthousiastes face à Cendres. Il a, dans l’ensemble, eu de bien meilleures critiques que son prédécesseur, L’héritage d’Arachné.

  • D’où provient votre attirance pour les créatures fantastiques, dont vous présentez deux spécimens bien distincts dans ces deux romans ?

Je crois faire partie de la « génération Twilight ». Comme beaucoup d’auteurs de romance fantastique, c’est avec Twilight que j’ai développé cette attirance pour l’imaginaire, surtout mélangé au monde réel. Cela dit, les vampires ne m’intéressent pas tant que ça, je n’ai pas l’intention d’en inclure dans mes romans pour l’instant.

  • Y-aurait-il d’autres créatures que vous souhaiteriez mettre en avant dans vos futurs romans ?

Mon dernier roman, « Un Brasier d’Eau et de Vent », met en scène d’autres créatures liées aux éléments (mais je ne veux pas trop en dire ici…) et j’ai pour projet un roman portant sur une créature du folklore horrifique irlandais.

  • Combien de temps avez-vous pris pour l’écriture de ces deux romans ?

L’Héritage d’Arachné a été écrit en deux temps. D’abord la première partie du roman en quelques mois, puis, quelques années plus tard, la deuxième moitié du roman en 2 mois environ. Pour Cendres, j’ai dû mettre entre 1 et 2 mois, mais je ne sais plus exactement.

  • Le festival New Romance vient de se terminer, à Lille. Pensez-vous que le genre de la romance-fantasy ait un grand avenir devant lui ? Pensez-vous qu’il rivalise avec les histoires d’amour sans élément fantastique ? Qu’apporte-t-il de différent ?

Ce qui est sûr, c’est que la romance fantastique (ou romance-fantasy) se développe de plus en plus. Beaucoup de romans à succès sont des traductions d’auteurs américains, mais certains sont bien Français (je pense notamment aux « Etoiles de Noss Head » de Sophie Jomain ou « Les Larmes Rouges » de Georgia Caldera). La romance fantastique ajoute une touche de magie aux histoires d’amour réalistes et peuvent ainsi faire encore plus rêver ! Avec le fantastique, il n’y a plus les barrières du rationnel, le rêve et la réalité se mêlent.

  • D’où vous vient cet amour pour les légendes celtiques ? Quelles sont vos « histoires » favorites ?

Comme je l’ai déjà dit, je suis passionnée par les mythes et légendes, qu’ils soient gréco-romains, celtiques, nordiques etc. Je dois cependant reconnaître que la culture celtique m’attire de plus en plus. Pourquoi ? Difficile à dire. Peut-être parce que, étant angliciste, je suis fascinée par l’histoire et la culture des pays anglophones (surtout les îles britanniques), et qu’elles sont elles-mêmes liées à l’histoire et à la culture celtique (Pays de Galles, Ecosse, Irlande). Je ne saurais pas dire quelles sont mes histoires préférées. J’ai envie de dire « celles qui m’inspirent », donc elles sont changeantes !

  • Pourquoi avoir choisi une histoire galloise ? Etes-vous particulièrement attachée à cette région ? L’avez-vous visitée ? C’était en tout cas un réel plaisir de se balader avec vous au Pays de Galles, avec ses montagnes verdoyantes et ses emblèmes tout feu, tout flamme.

Merci ! L’histoire de Cendres m’est venue lors d’un voyage au Pays de Galles, à Snowdonia justement, où j’ai été émerveillée par la beauté des paysages et où j’ai découvert cette légende celtique locale. J’ai campé là-bas, au milieu des montagnes, et j’ai été interpellée par l’omniprésence du dragon rouge dans les petits villages ruraux. Juste avant, je suis passée par le Lancashire où j’ai entendu parler des sorcières de Pendle. Mon imagination s’est emballée, et vous connaissez la suite !

  • Avez-vous pris du temps en recherches quant à l’écriture du contexte de Cendres ?

Bien sûr ! Pour chacun de mes romans, il y a un travail de recherches. Pour « Cendres », il a même été assez conséquent : approfondir ce que j’avais appris sur le terrain au sujet des sorcières de Pendle et de la légende des dragons, recherches sur le contexte historique du Pays de Galles au 13e siècle, sur son histoire avec l’Angleterre…

  • L’histoire décrite dans Cendres correspond-elle véritablement, ou en partie, à celle de l’emblème du Pays de Galles ?

L’histoire de « Cendres » s’inspire d’une légende celtique selon laquelle un dragon rouge et un dragon blanc ennemis seraient prisonniers des montagnes de Snowdonia, après s’être combattus. J’ai construit mon histoire autour de ça : pourquoi ? Comment ? Quelles conséquences ? Etc.

  • Vous replonger dans les procès de sorcières de l’époque a-t-il été douloureux ? Quel est votre point de vue, votre ressenti, sur ces femmes que l’on a menées au bucher ?

Les procès de sorcières ne sont pas le centre du roman, je devine que c’est pour ça que me plonger dedans n’a pas été trop difficile. J’aurais pu approfondir le sujet, là ça aurait sûrement été différent. Bien sûr, je trouve ça terrible de savoir que cela s’est vraiment produit.

  • Halloween l’a encore montré. Les sorcières restent des costumes prisés pour le soir du 31 octobre. Pensez-vous que l’image de la sorcière se soit améliorée au fil du temps, ou que l’on ait perdu son sens premier ?

Je le dis même dans « Cendres », l’image de la sorcière a radicalement changé ! On est passé d’une créature maléfique et horrifique et quelque chose de « cool » la plupart du temps. Effectivement, le sens premier s’est perdu (comme pour le vampire d’ailleurs, Twilight a séparé le vampire de son côté horrifique). C’est maintenant aux artistes d’exploiter ces créatures comme ils l’entendent : une méchante sorcière au nez crochu, un gentil petit sorcier…

  • Pourquoi l’histoire de Roméo et Juliette vous a-t-elle autant marquée ? Est-elle votre histoire d’amour préférée ?

Bonne question. « Roméo & Juliette » date du 16e siècle. C’est une histoire qui traverse le temps, qui fascine, c’est un monument des amours impossibles et tragiques. Roméo et Juliette sont jeunes et naïfs mais la vérité de leur amour a quelque chose de magique. Je ne sais pas si c’est mon histoire d’amour préférée, mais c’est clairement une référence !

  • Les légendes ont-elles encore de l’impact sur les gens, selon vous ? Se perdent-elles ?

Je dirais que ça dépend où. En France, je n’ai jamais trouvé un quelconque impact de légendes sur les gens. Dans les coins reculés du Lancashire en Angleterre, et même dans les montagnes de Snowdonia par exemple, c’est très différent. Les légendes font vraiment partie de la vie des gens, elles sont un héritage, une fierté. Les mythes gréco-romains sont plus connus, mais les légendes celtiques ne bénéficient pas de la même médiatisation (films, etc.) donc elles ont tendance à passer plus inaperçues.

  • Comment expliquez-vous ce revirement pour la mythologie celte de nos jours (concerts de musiques celtiques, rock/métal folk, défilés, danses, cosplays, séries TV, culture …) ?

Il y a eu une montée des revendications des identités culturelles. L’histoire des pays celtiques comme l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande est très riche et la culture celte en est une part très importante. Ces pays veillent à conserver une véritable identité culturelle propre, et beaucoup d’artistes locaux revendiquent cette identité. Est-ce que d’autres artistes dans le monde ont suivi le mouvement ? Peut-être. C’est difficile à dire !

  • Plusieurs auteurs me disent qu’ils ne lisent pas quand ils sont en processus d’écriture, ou qu’ils ne trouvent d’ailleurs même plus le temps de lire du tout. Quel est votre point de vue à ce sujet ? Est-ce important de lire lorsque l’on est écrivain ?

Important, sans aucun doute ! En ce qui concerne la notion de temps, je fais partie de ces auteurs qui en manquent, mais je développe ce point dans la prochaine question.

  • Lisez-vous ? Si oui, quels genres ? Quels sont vos auteurs préférés ?

Malheureusement, je lis très peu. Avec le travail, je n’ai le temps ni d’écrire ni de lire et quand enfin j’en ai la possibilité, je privilégie l’écriture. Pendant le premier confinement, j’ai eu davantage de temps, j’ai alors pu écrire « Un Brasier d’Eau et de Vent » tout en dévorant la trilogie « Red Rising ». Ça a été un réel bonheur de me plonger dans une lecture qui m’a fascinée, ça m’avait beaucoup manqué. Je lis de l’imaginaire, de la romance fantastique, de la science-fiction, du steampunk, un peu de comédies romantiques. Mes coups de coeur sont Pierce Brown, Lauren Oliver, Sophie Jomain, Georgia Caldera pour ne citer qu’eux.

  • D’où vous vient cette passion pour l’écriture ?

Excellente question. J’ai toujours adoré lire. Enfant, je dévorais tous les romans qui me tombaient sous la main et j’ai toujours eu énormément d’imagination. Au bout d’un moment, j’ai eu besoin de raconter mes propres histoires, de faire vivre mes personnages.

  • Je me suis moi-même plongée dans l’aventure périlleuse de l’écriture d’un roman. Quels conseils donneriez-vous à de jeunes écrivains qui souhaitent réussir ?

Félicitations ! Je dirais de surtout aller à son rythme. Il existe beaucoup de « challenges d’écriture » comme le NanoWrimo. Je pense que pour certains, ça peut être très motivant, pour d’autres, c’est un frein. Pour moi c’en est un. Je veux écrire quand je veux/peux, à mon rythme. Si un jour j’écris 10 pages, tant mieux. Si le lendemain je n’écris qu’un paragraphe, tant pis. Je dirais qu’il ne faut pas forcer. Si le syndrôme de la page blanche survient, je pense qu’il y a une raison. Ça m’arrive des fois en plein milieu de l’écriture d’un roman, alors que je sais où je vais, ce qu’il doit se passer. L’expérience m’a appris que, dans mon cas, le syndrôme de la page blanche est synonyme de problème : inconsciemment, je sais qu’il faut changer quelque chose, que ce qui était prévu n’est finalement pas la meilleure option. Dans ce cas, je ne force pas. Je me pose, je reprends mon processus d’inspiration, j’écoute de la musique pour me mettre dans l’ambiance… et je laisse la magie faire son œuvre ! Au bout de quelques minutes/heures/jours, une idée surgit et débloque le tout… pour le meilleur !

  • Comment faites-vous pour écrire une aventure : faites-vous un plan détaillé à l’avance ou écrivez-vous de manière plus instinctive, impulsive ? Vous laissez-vous guider par vos personnages ? Suivez-vous un planning strict ?

Dans le processus d’écriture, on distingue les jardiniers et les architectes. Les jardiniers y vont au feeling. Ils ont une idée, ils écrivent, se laissent guider par leurs personnages, par leur plume. Moi, je suis architecte. Je planifie tout. Je décortique tout. Les personnages, les intrigues, les pourquoi, les comment, les conséquences. Je fais des synopsis de plusieurs pages très détaillés. Des fois, je les réécris plusieurs fois, de plusieurs points de vue différents (point de vue externe, personnage 1, personnage 2, personnage 3…) pour bien maîtriser tous les tenants de mon histoire.

  • Est-il toujours possible, aujourd’hui, de vivre de sa passion pour l’écriture ?

Oui, c’est possible. Difficile mais possible ! L’exemple le plus parlant actuellement est celui de Jupiter Phaeton, auteure auto-éditée à succès. Elle sort un roman par mois ou tous les deux mois et vit de son activité d’auteure.

  • Comment expliquez-vous que le genre de l’imaginaire soit encore considéré par beaucoup comme une catégorie peu qualifiée et peu recommandable, malgré un grand nombre de lecteurs et des romans aussi complexes qu’épiques ?

Je ne suis pas sûre du tout de ce que je vais dire, mais je vais me laisser aller à une théorie. Si on regarde la littérature classique en France, on trouve très peu d’imaginaire. En revanche, l’Angleterre (ou le Royaume-Uni plus généralement) et les Etats-Unis, pour ne citer qu’eux, ont, dès le 18e siècle, connu l’essor du roman gothique – et là, on est clairement dans l’imaginaire. Ann Radcliff, Edgar Allan Poe, Mary Shelley, Bram Stoker, etc. Ce sont des figures emblématiques de la littérature anglophone, donc dans ces pays, les genres de l’imaginaire ont leurs lettres de noblesse. En France, je ne dis pas qu’il n’y en a pas parmi les classiques, mais ils sont beaucoup beaucoup plus rares. Ainsi, en France, l’imaginaire est encore relativement « nouveau », les habitués des classiques sont sceptiques, contrairement aux pays anglophones où l’imaginaire fait déjà partie du patrimoine littéraire.

  • Quels sont vos futurs projets d’écriture ? Avez-vous des projets en cours ?

J’ai publié « Un Brasier d’Eau et de Vent » récemment, une romance fantastique qui se déroule en Irlande et qui revisite deux mythes gréco-romains.
Je vais bientôt commencer l’écriture d’un autre roman qui mettra en scène, comme mentionné précédemment, une créature du folklore horrifique irlandais… mais je n’en dirai pas plus maintenant, je ne veux rien spoiler… 😉

Je vous remercie pour votre temps et vos réponses. Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles histoires passionnantes ! 

Merci à vous pour cette interview ! Ce fut un plaisir de répondre à ces questions fort intéressantes ! À très bientôt j’espère !

Propos recueillis par Lildrille

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