août 19, 2022

Peur Profonde – Les Phobies au Cinéma

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Le cinéma d’horreur n’a normalement comme premier but que de faire peur. Si aux prémices du genre, une ambiance gothique et quelques aspects fantastiques suffisaient à créer une angoisse chez le spectateur, très rapidement, avec la démocratisation des romans fantastiques et de science-fiction, le public attendait autre chose pour avoir peur. La société évoluant constamment, les mœurs changeant souvent, il a fallu que le cinéma horrifique trouve de nouveaux outils pour susciter la peur chez le spectateur. Et tout y passe, en allant du facile scare jump, qui consiste à faire sursauter le spectateur à l’aide d’un bruit soudain ou d’une apparition rapide, au found-footage, qui se veut plus réaliste et qui doit, normalement, faire rentrer le spectateur au sein même de l’histoire. Mais finalement, ce qui compte le plus dans un film d’horreur, c’est aussi son sujet et les peurs qu’il suscite. Ainsi, si quelqu’un a peur des requins (la squalophobie) il sera bien évidemment plus sensible à un film comme Les Dents de la Mer ou plus récemment Instinct de Survie de Jaume Collet-Serra. Mais avec la tonne de peur qui existe dans le monde, allant de l’apopathophobie, qui consiste à avoir peur de déféquer ou encore le tintinophobie qui concerne ceux qui ont peur de Tintin (oui, ça existe !), il est assez facile de toucher un certain public, qui veut se faire une petite frayeur ou alors combattre ses peurs.

Mais on oublie souvent que pour faire peur, il faut des personnages solides auxquels le spectateur peut s’identifier. Et c’est souvent ce que le cinéma horrifique a tendance à oublier, préférant tout miser sur le gore ou sur une histoire courte plutôt que sur des personnages solides et bien écrits. Et pourtant, quand on jette un coup d’œil aux meilleures productions de ces dernières années, ce sont celles dont le personnage central est bien travaillé et possède quelque chose qui nous permet de s’identifier à lui. De ce fait, il est d’autant plus intéressant de mettre en avant des personnages phobiques, accentuant ainsi la puissance apeurante du film. Et bizarrement, il n’y a pas que le cinéma horrifique qui s’est essayé au genre, avec notamment des thrillers, mais aussi des films de science-fiction et même des comédies, dont tairons le nom de certaines. Du coup, il est amusant de voir le nombre hallucinant de films qui exploitent la phobie sous toutes ses formes, allant de la plus classique à la plus névrosée.

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Les premières peurs phobiques que le cinéma a exploitées sont très souvent d’origine animalière. Il faut dire que le royaume des bêtes recèle quelques créatures aux morphologies disgracieuses et il est assez facile de mettre en avant des personnages qui ont peur de certaines bestioles face à elles. Ainsi, on peut citer Arachnophobie, qui traite dans son fond d’invasion d’araignées, mais dont le personnage principal a une peur bleue de ces petits monstres à huit pattes. Il va devoir alors se surpasser pour pouvoir survivre. C’est certainement grâce à cela que le film a un statut presque culte aujourd’hui, notamment dans le domaine du film d’araignées.

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Mais l’araignée n’est pas le seul animal à susciter du dégoût et de la peur. Le serpent est plutôt bien placé, dans la vie comme au cinéma. Et si bien souvent les films parlant de serpents oublient de traiter de l’ophiophobie, préférant certainement mettre en avant des reptiles géants, il y a un héros culte qui a une trouille phobique de ces bestioles. Indiana Jones a beau être un aventurier téméraire, les serpents, il ne peut pas les blairer. D’ailleurs, il y a une scène marquante où il se trouve piégé dans une fosse à serpents et où il va devoir combattre sa peur pour se sortir d’un piège venimeux.

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Mais en ce qui concerne les petites bestioles, le plus phobique de tous, c’est Michael Shannon dans Bug de William Friedkin. Déjà pas bien net, le personnage central du métrage souffre d’acarophobie, soit la peur des piqûres d’insectes. Complètement habité par le rôle, l’acteur livre une prestation troublante pour un film étonnant et qui met vraiment mal à l’aise, montrant que la phobie pourrait presque se transmettre. C’est certainement l’un des films qui traite au mieux la phobie et de la descente en enfer qu’elle peut produire si elle n’est pas traitée.

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Et si les phobies animalières tournent souvent autour des petits insectes ou des reptiles, certains films décident de mettre en avant des personnages dont la phobie reste un mystère. Prenons un exemple tout simple : Black Sheep. Si on sait que la Nouvelle-Zélande possède plus de moutons que d’habitants, alors le héros de ce film a de quoi devenir fou puisqu’il souffre d’ovinophobie, soit la peur des moutons ! Une phobie assez rare pour une comédie déjantée et gore à souhait. Comme quoi, certains phobies sont relativement risibles, mais existent dans la vraie vie, donnant aux amateurs de néologisme de quoi s’amuser un peu.

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Mais les bêtes ne sont pas les seules responsables de la phobie de certaines personnes. Notre monde recèle aussi de phobies plus sociales ou sur l’appréhension de l’espace. Ainsi, l’acrophobie est une peur que l’on retrouve chez pas mal de personnages de films, à l’image d’un jeune qui part en balade dans la montagne dans le film Vertige d’Abel Ferry. Un film qui partage cette peur du vide au spectateur avec une mise en image impressionnante au départ. On retrouve aussi des personnages qui ont la peur du vide dans Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock ou encore dans Don’t Look Down d’un certain Wes Craven.

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Et si l’appel du vide n’effraie pas une certaine partie de la population, ce qui pourrait s’apparenter à son contraire fait peur à beaucoup de monde. La claustrophobie est un phénomène récurrent dans le cinéma d’horreur, à l’image de l’Ascenseur de Dick Maas, mais c’est plus Body Double de Brian De Palma qui sera intéressant avec son personnage qui a une peur folle des lieux clos. On trouve aussi un personnage claustrophobe dans la comédie musicale Sweet Charity de Bob Fosse, où l’on peut voir un homme complètement paniqué lorsqu’il se retrouve coincé dans un ascenseur.

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Enfin, s’inscrivant encore plus dans un climat social, l’agoraphobie touche un bon nombre de la population et certains films essayent d’exploiter cette faiblesse pour donner de la profondeur à leur personnage. Ainsi dans Copycat, on peut retrouver une Sigourney Weaver complètement en panique quand il y a du monde. Le film pour enfants s’est aussi emparé de cette phobie pour l’Ile de Nim dans lequel une écrivaine est en proie à cette phobie qui l’empêche de sortir de chez elle.

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Les éléments qui nous entourent peuvent aussi être des sujets de phobies. Si la peur du feu semble normale puisque ça brûle (même que Charly et Lulu le disent dans une chanson), et cela même si ça fascine certaines personnes, la peur de l’eau est aussi un état qui peut provoquer des troubles chez certains héros du septième art. On peut alors citer Bruce Willis dans le film Incassable, dont cette phobie prend naissance dans son enfance où il a failli mourir noyé, mais on retrouve aussi Roy Scheider dans Les Dents de la Mer, qui a une trouille bleue de la flotte et qui va devoir tout de même partir en bateau pour chasser le requin.

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On pourrait croire que la peur des microbes est une phobie rationnelle puisqu’ils sont invisibles et qu’ils nous rendent malades. Mais de là à ce que ça devienne une obsession, c’est plutôt rare et on appelle cela la mysophobie. Et l’exemple le plus flagrant dans le septième art est bien entendu Le Dentiste de Brian Yuzna, ce film qui a coûté la carrière à un grand nombre de médecin des dents, faisant fuir tous les patients dès que la fraiseuse retentissait.

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Enfin, s’il y a bien une peur enfantine qui peut perdurer en étant adulte, c’est celle du noir. La kénophobie est un phénomène très répandu et devient un réel handicap une fois la nuit tombée. Et le principal film à traiter de cela semble être Dans le Noir, qui met en avant deux personnages, une mère et son fils, qui ont tous deux une peur panique du noir. Alors quand une créature vit à l’intérieur, autant dire que c’est la panique à bord.

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Après les bestioles, les peurs humaines ou encore en lien avec les éléments et l’appréhension de l’espace, il y a une phobie qui reste prédominante dans le cinéma horrifique, c’est celle des clowns. Bon, il faut dire que des mecs maquillés de façon ostentatoire, habillés comme des fous et faisant des tours de passe-passe auprès des enfants, autant dire que l’on peut en avoir peur. Et Stephen King l’a très bien compris, mais finalement, Ça ne traite pas de coulrophobie. Il peut rendre fou les gens atteint de cette phobie, mais les personnages du film n’ont finalement pas peur des clowns. Pour trouver cela, il faudra se jeter sur Clownhouse, dont le personnage principal a une peur incontrôlable des mecs avec des nez rouges, ou encore Bienvenue à Zombieland, dont Jesse Eisenberg ne supporte pas le regard.

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Si tous ces films présentent des personnages dont la phobie fait partie de leur caractère, de leur caractéristique, ajoutant ainsi une plus-value au thème exploité par le cinéaste, il existe d’autres films qui exploitent des phobies latentes chez les personnages. Ainsi la phobie ne devient plus un moyen de partager la peur du héros auprès du spectateur, mais de l’exploiter comme thème principal et ainsi d’en faire l’ennemi numéro un. On peut donc citer Phobia de Jack Huston ou encore Dread dans lesquels des médecins ou chercheurs enferment des gens possédant des phobies et les font se confronter pour un résultat souvent négatif, la peur étant plus forte que le patient.

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Mais ce n’est pas tout, on peut aussi citer Sphère qui est dans un tout autre registre. En effet, il s’agit ici d’une boule extraterrestre qui va faire surgir les phobies des personnages pour se défendre. Et si tout se passe dans la tête des protagonistes, là aussi la phobie est exploitée comme thème principal et plus comme plus-value.

Il est évident qu’il y a encore beaucoup à dire sur le sujet et que la liste n’est pas exhaustive, surtout que l’on a volontairement ignoré les comédies qui s’appuient sur les phobies pour s’en moquer alors que ces maladies pourrissent la vie de nombreuses personnes. Et finalement, le cinéma d’horreur résonne presque comme une thérapie, mettant en avant des mal-être parfois inconnus, et proposant peut-être des éléments de réponse, afin de combattre des choses qui rongent de l’intérieur.

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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