décembre 3, 2021

Mr. Mercedes – Stephen King

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Auteur : Stephen King

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Midwest 2009. Un salon de l’emploi. Dans l’aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d’un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés. Le chauffard, lui, s’est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces. Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre. Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

Avis :

Quand on possède un nom qui fait vendre des millions de livres, chaque nouvelle parution créée l’événement. Pourtant, le précédent ouvrage de Stephen King (Joyland) est synonyme de déception. Une histoire trop longue et encensée pour ce qu’elle n’était pas (à savoir du fantastique et de l’épouvante) pour finalement aboutir à un constat en demi-teinte. Avec Mr Mercedes, le maître de l’horreur délaisse son domaine de prédilection pour s’essayer au polar. Une initiative qui ne tend pas à prouver quoi que ce soit (avec pareille carrière, il n’y a pas lieu), mais qui permet à l’auteur d’explorer d’autres pistes littéraires. Une incursion réussie ou dispensable ?

Dans un genre aussi codifié, il est toujours délicat d’équilibrer son intrigue en respectant la structure de base tout en ne sombrant pas dans les clichés malvenus. Cela peut parfois jouer sur des rebondissements en cascade ou une atmosphère particulière. Dans le cas présent, c’est le dernier point qui est la vitrine de l’histoire. L’ambiance délétère développe au second plan un contexte social miné par la crise économique, mais s’attache également à distiller des éléments propres aux incontournables références des années 1950. Il s’en dégage une sorte d’anachronisme (présence importante des nouvelles technologies) où les époques se rencontrent le temps d’une affaire sordide pour démontrer aux lecteurs que rien ne change vraiment au fil des décennies, si ce n’est les apparences.

La progression se révèle assez linéaire avec une trame construite avec soin, malgré un manque de surprise flagrant. Non pas que l’histoire soit mauvaise, mais les ficelles sont assez grossières pour permettre un plaisir de lecture immédiat et sans heurt. Les fans de Stephen King retrouveront rapidement leur marque tant au niveau de la structure du roman que de son style. La description des scènes demeure percutante et sans fioriture (on ne lésine pas sur l’argot ou les insultes), même si certaines tournures peuvent se montrer trop simplistes. On notera également que certains passages se perdent dans des considérations inutiles pour le bon déroulement de l’enquête.

Les investigations ne sont pourtant pas l’attrait principal pour parvenir à la conclusion. L’objectif n’est pas de trouver le coupable, mais de suivre le jeu du chat et de la souris instauré par Hodges et Brady au fil de leur correspondance électronique. Une relation conflictuelle et tendue qui entretient les subtilités afin d’équilibrer les chances de succès pour l’un ou l’autre. Ainsi, le suspense s’appuie davantage sur les réactions éventuelles des intéressés que sur l’originalité et la complexité du récit. Pour ce faire, l’on a droit à une multiplication des points de vue (assez détaillée à certains endroits) pour appréhender les événements sous différents angles.

Qu’il s’agisse des principaux intervenants ou de simples apparitions, tous les personnages disposent d’une crédibilité sans faille. Traits physiques, caractères et comportements sont réalistes au possible, et ce, malgré le peu de place allouée pour certains (parfois moins d’une page pour développer un individu). En dépit de clichés assez flagrants aux premiers abords (le flic bourru à la retraite, le fou mal dans sa peau à l’enfance traumatisée, le jeune geek serviable…), il se dégage de cet éventail disparate, une sorte de portrait global et fouillé de notre société. Toute la force du roman se trouve dans ce réalisme intrinsèque.

Le talent de conteur de Stephen King tisse les fils de son histoire en y piégeant son lecteur si bien que l’immersion est au rendez-vous du début à la fin. Il est vrai que Mr Mercedes dispose d’une intrigue assez facile, voire prévisible. L’auteur ne s’en cache pas en préférant l’affrontement de ses personnages plutôt que la résolution de l’affaire via un rythme inégal où les scènes du quotidien (sans grand intérêt) se succèdent à des fulgurances (l’entame). On laisse donc de côté les habituels frissons de son univers pour se confronter à des angoisses plus pragmatiques, plus tangibles : la violence et la folie dans la vie de tous les jours. Bien que dénué d’originalité et de surprises, Mr Mercedes se révèle un bon polar, mais en rien exceptionnel.

Note : 14/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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