décembre 1, 2020

La Dernière Geste, Premier Chant – Dans l’Ombre de Paris – Morgan of Glencoe

Auteure : Morgan of Glencoe

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy

Résumé :

Depuis des siècles, les humains traitent les fées, dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.
Lorsque la princesse Yuri reçoit une lettre de son père lui enjoignant de quitter le Japon pour le rejoindre, elle s’empresse d’obéir. Mais à son arrivée, elle découvre avec stupeur qu’elle a été promise à l’héritier du trône de France ! Dès lors, sa vie semble toute tracée… jusqu’à ce qu’une femme lui propose un choix : rester et devenir ce que la société attend d’elle ou partir avec cette seule promesse : « on vous trouvera, et on vous aidera. »
Et si ce « on » était la dernière personne que Yuri pouvait imaginer ?

Avis :

Dans l’ombre de Paris appartient à la catégorie de ces romans inattendus, qui offrent de nouveaux horizons, dans une littérature de fantaisie qui a parfois du mal à se renouveler. L’univers de cette série est complexe, et joue sur plusieurs tableaux. L’auteure a choisi de s’imprégner de notre propre société, et de se l’approprier, pour en faire un monde unique où, créatures magiques et légendaires côtoient des humains que nous aurions pu croiser aussi bien dans le passé, notamment à l’époque de la royauté française, qu’à notre époque.

D’un côté, la Triade, principalement composée de royaumes puissants et à tête couronnée, s’oppose à Keltia, un ensemble d’états indépendants, moins radical et plus juste. Le Royaume de France, qui s’étend bien plus loin que nos frontières, l’Empire Japonais, plutôt semblable à l’image des coutumes contemporaines de son jumeau Terrien, et le Sultanat Ottoman, mis à l’écart dans ce roman, promulguent des lois racistes et réfractaires, traitant les fées comme des esclaves ou des animaux, voire les deux.

Ces royautés totalitaires que l’on apprend rapidement à détester, notamment à cause de systèmes inégalitaires et injustes, paraissent quelque peu stéréotypées, et peu enclines au changement. Elles amènent des passages sombres, marqués de décisions lourdes et peu appropriées à un univers aussi diversifié. Pourtant, tous les faits restent cohérents et réalistes. En effet, la Triade craint les fées pour, nous explique-t-elle, d’excellentes raisons, bien que ces dernières soient préjudiciables. Leur peur de l’inconnu et de celle de l’intelligence supérieure des fées, font des citoyens de la Triade des personnages aux descriptions peu flatteuses, agrémentées de grains de sottise et de racisme.

Cependant, au fil des pages, des explications et des révélations, les personnages que l’on pensait simplets, ou portés sur une seule ligne directrice, se dévoilent et offrent des scènes tout aussi surprenantes que captivantes. Bien que les lois de la Triade portent à croire à un monde manichéen, celui-ci ne l’est en aucun point. L’auteure dépeint une société imparfaite, riche et complexe, qui se cherche et qui traverse des troubles politiques majeurs, aussi bien religieux qu’économiques. Tout est à construire, et la fin de ce tome annonce de grands changements à venir pour ces monarchies. Mais ces transformations ne viendront surement pas sans de grands bouleversements.

Morgan Of Glencoe dépeint une société étonnante, que l’on pourrait qualifier d’uchronie-fantasy. En effet, les premières pages ne trompent pas. Le lecteur est plongé dans un Paris des années 1995, où les lecteurs cassettes cohabitent avec des caméras de surveillance haute-gamme, et où l’Orient-Express reste un moyen de transport réservé à une classe riche. Ce Paris ressemble à celui que l’on connaît, sans pour autant que l’on s’y retrouve complètement. Certains détails diffèrent, comme les conditions de vie du peuple, qui n’ont fait que perdre en qualité et qui rappellent ceux d’une époque antérieure. L’auteure joue avec les codes et nos connaissances, troublant le lecteur de manière plaisante.

Le peuple des fées fourmille d’idées magiques. Les Feu-follets cohabitent avec les Selkies, des créatures d’eau aux pouvoirs élémentaires grandioses ; les Fomoires, d’étranges batraciens peu intelligents, ne sont pas compris des Spectraux, des êtres puissants pouvant influer sur les émotions ; et les Sylfes, des êtres liés à la terre et pacifistes, s’allient aux Aelings, les fées de l’air, pouvant voler à toute allure. L’auteure ne tarie pas d’inspiration. Certains connaisseurs reconnaîtront certaines créatures provenant de légendes celtiques, de contes de fées ou d’univers hybrides. Les personnages féeriques, tout en finesse et poésie, marquent les esprits par leur bon sens, leur générosité, leur altruisme, leur compassion et leur bienveillance. Bien qu’ils soient tous loin d’être parfaits, heureusement, le lecteur les apprécie rapidement et s’y attache.

Des keltians, pour qui les fées sont leurs égales, redorent l’image du genre humain, grâce à leurs idéaux d’un monde en paix et sans laissés-pour-compte. Taliesin, personnage portant le nom d’un personnage incontournable de la mythologie celtique, qui est un barde aux capacités extrasensorielles étonnantes, et Sir Edward Longway, un Chevalier Dragon aux mœurs anglosaxonnes classieuses, nous subjuguent par leurs talents au combat, leurs rêves de justice et leurs personnalités flamboyantes. On ne peut pas ne pas les aimer. Leur charisme impressionnant nous marque, et nous entoure encore, même après la fin de la lecture. Courageux, bons et loyaux, ils représentent tous deux des idéaux puissants, qui toucheront davantage les plus sensibles.

Yuri, la future princesse de France, évolue de jolie manière Dans l’ombre de Paris. Eduquée par la Triade depuis sa plus tendre enfance, la jeune femme croit en de nombreux principes contrenatures et malsains. Par exemple, Yuri a appris qu’une femme ne peut pas se battre, ou qu’une femme de son rang ne peut s’habiller toute seule. Habituée à une vie millimétrée et sans surprise, Yuri possède de nombreux préjugés sur les fées, que ses pairs considèrent comme de la vermine, ou sur les homosexuels, que son peuple ne tolère pas.

Sa vie parmi les fées va tout changer, et le monde de la jeune femme en sera bouleversé à jamais. L’évolution des idées de Yuri est réaliste et bien construite. La jeune femme se situe loin des clichés des princesses futiles et inintéressantes, obnubilée par le prince charmant. Le lecteur s’y attache et espère que Yuri finira par trouver sa voie, tout en permettant à la Triade de se transformer.

Le roman possède de nombreux autres personnages secondaires, qui ont tous leur place, et qui possèdent tous une identité marquante. L’auteure rappelle souvent l’espèce à laquelle appartient telle ou personne, nous permettant de mieux retenir les caractéristiques de chaque catégorie de fées. En plus de la découverte de ce peuple aux capacités incroyables, l’auteure nous présente également un système de magie innovant, navigant entre notes de musique et spiritualité, qui se bonifie lors des scènes de combat, notamment lorsque Taliesin et Edward entament la Danse des Dragons. Bien que l’on ne comprenne pas très bien ce que cela veut dire, la sphère magique qui englobe les deux personnages nous envoie, à ce moment précis, des images pleines de poésie et de tranquillité.

Le final est à la fois épique et morbide. L’auteure joue avec nos émotions, et les dernières pages ne plairont certainement pas à tous les lecteurs. Nos nerfs sont mis à rude épreuve, passant du rire aux larmes, tandis que notre cœur se balade sur des montagnes russes. L’avant-dernier chapitre se divise en une multitude de sous-parties, chacune très courte et se concentrant sur un petit groupe de personnages, permettant à la bataille finale de durer longtemps, tout en alternant sur des suspenses palpitants.

Le roman est une vraie perle. Quand la fantaisie s’associe aux légendes celtiques, aux mythes arthuriens, aux contes, à la musique, à la féerie, à des personnages poétiques et riches, et à un univers tout aussi fascinant que complexe, la lecture ne peut qu’en être réussie. Cependant, le roman recèle un point plus ou moins négatif. Effectivement, étant donné la diversité des peuples, le roman utilise plusieurs langages, autres que le français, dont le japonais et l’anglais. Aucune traduction n’est fournie et cela est dommage, surtout pour les lecteurs désireux d’apprendre. Avec les explications de l’auteure, certains dialogues ne nécessitent pas d’être compris, alors que d’autres en auraient besoin. Bien que l’idée de cette utilisation soit davantage liée à la musicalité des langues qu’à leur stricte compréhension, ne pas pouvoir tout traduire gênera sans doute une partie des lecteurs.

Morgan Of Glencoe nous donne à réfléchir sur de beaux sujets, comme la paix, l’amitié et l’harmonie, à travers une histoire unique, pleine de bonnes ondes.

Note : 19/20

Par Lildrille

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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