Le Dernier Chant d’Orphée – Robert Silverberg

Auteur : Robert Silverberg

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy

Résumé :

On dit qu’il pouvait, par son chant, charmer les animaux et les arbres, sa voix fit chavirer les sirènes elles-mêmes. Mais son cœur appartenait à Eurydice, et lorsque la mort vint la lui ravir, Orphée se présenta aux portes des enfers, armé de sa seule lyre, afin de reprendre à Hadès l’âme de sa bien-aimée.

Avis :

Il est des livres qui ne vieillissent jamais vraiment et qui ressortent souvent, constamment réédités, avec quelques petites nouveautés et de jolies préfaces, pour nous faire redécouvrir des textes d’un passé plus ou moins lointain et qui ne devaient pas être oubliés ou mis de côté. Le dernier chant d’Orphée en fait partie et a été récemment remis au goût du jour par les éditions ActuSF, grâce à leur collection Helios.

L’histoire d’Orphée doit parler à nombre de gens, étant donné qu’elle provient de la mythologie que l’on apprend à l’école ou qui est mise en scène dans plusieurs autres supports du genre. Ce roman nous renvoie à nos souvenirs et nous dépeint les tristes aventures d’Orphée aux Enfers, alors follement triste d’avoir perdu sa bien-aimée Eurydice et qui espère la ramener dans le monde des vivants. Cette histoire d’amour est l’une des plus célèbres des mythes grecs et l’auteur, dans ce roman, ne s’y attarde que peu, ce qui n’est pas plus mal et un parti pris intelligent. Ressasser ce que l’on connaît déjà, n’aurait pas été très palpitant, même si la façon d’écrire de Robert Silverberg est riche et poétique.

En effet, le personnage d’Orphée n’est finalement célèbre qu’à travers son amour, mais la vie du héros ne s’est pas arrêtée là. L’auteur poursuit ses péripéties et nous raconte tout ce qu’Orphée a vécu à la suite de la perte de sa bien-aimée. Ses aventures vont lui faire croiser des héros, des dieux, des créatures et des monstres que l’on connaît bien. Le lecteur se souviendra les tragiques épopées narrées dans l’Odyssée d’Homère, quand Orphée croisera la route d’Ulysse, sur le chemin de retour pour Ithaque ; il se rappellera les péripéties héroïques d’Hercules, Castor, Pollux ou Thésée, dès qu’il lira leurs noms ; il se remémorera la triste suite de la quête de la toison d’Or, quand Orphée rejoindra Jason dans son périple et entendra les échos du chaos de l’Illiade, quand notre héros racontera la légendaire guerre de Troie. De nombreux récits mythologiques se confondent et s’entremêlent, pour le plus grand plaisir des lecteurs amateurs d’aventures épiques.

Le personnage d’Orphée n’est pas tout à fait sympathique. On le ressent quelque peu imbu de lui-même et, même si l’on saisit à peu près cet état d’esprit, du fait de ses visions cycliques du passé, du présent et du futur, il n’est pas si simple de s’y lier. Il laisse volontairement une distance avec le lecteur car, en tant que mortel, il est compliqué de s’approprier ses dires concernant le sens de l’existence ou la nécessité du destin. Ses représentations du monde vont de pair avec celles de l’époque, ère où les dieux avaient de l’importance et où leurs actions avaient des impacts, tant dans les croyances que dans les faits. Orphée est un rouage dans les plans du panthéon grec, dans les méandres de l’esprit tortueux de Zeus qui aime s’amuser, parfois au détriment de ses pantins. Que l’on soit d’accord ou non avec cette conception, le lecteur finit par s’attacher au personnage et souffre avec lui.

L’écriture est envolée, poétique et philosophique. L’auteur partage nombre de ses réflexions sur la vie et la mort, tout en nous donnant quelques pistes plutôt intéressantes et travaillées. Le rythme est agréable, même si certains passages se font long, notamment lorsqu’il est question du chemin et des escales entreprises pour aller voler la toison d’Or. Le lecteur ne sait plus où donner de la tête face au nombre incalculables d’îles que le héros traverse. De plus, les noms des rois ou des dirigeants des îlots sont expédiés un peu trop vite, et alourdissent inutilement la lecture, étant donné que le lecteur ne peut retenir toutes ces informations. Un lexique ou une carte auraient été nécessaires pour mieux apprécier ces passages historiques ou mythiques. Orphée préfère détailler ses émotions, ce qui est plutôt logique au vu de la narration à la première personne, et cela reste un parti pris apaisant, quoique parfois un peu perché.

L’ouvrage présente également, à la toute fin, une interview de l’auteur, qui pourra plaire aux fans de Robert Silverberg ou aux plus curieux. Elle reste plutôt longue et ne se concentre pas du tout sur la mythologie grecque ou sur les recherches pour écrire ce livre. Les questions sont plutôt d’ordre général ou s’intéressent à d’autres romans, ce qui est vraiment dommage.

Le dernier chant d’Orphée est une belle réécriture du mythe et une jolie découverte du héros dans son ensemble, dont les aventures ne s’arrêtent pas après la mort de sa bien-aimée Eurydice…

Note : 14/20

Par Lildrille

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