Massacre en Engadine – Kevin Tondin

Auteur : Kevin Tondin

Editeur : Auto-édition

Genre : Horreur

Résumé :

L’année scolaire prend fin pour laisser sa place aux vacances d’été. Un groupe de jeunes se voit offrir par leur canton un voyage de fin d’année pour fêter la réussite de leurs examens finaux. Leur destination : un chalet de vacances en plein cœur des montagnes idylliques de l’Engadine, dans le canton des Grisons. Hélas pour eux, leurs vacances se transformeront rapidement en cauchemar lorsqu’un tueur sanguinaire décide de s’inviter à son tour.

Avis :

L’horreur est un genre très codé qui répond à des attentes assez primaires de la part des lecteurs ou spectateurs en fonction du médium utilisé. C’est un genre qui possède un cahier des genres assez spécifique et qui parfois étonne comme il peut décevoir. En effet, certains écrivains ou réalisateurs, sous prétexte de ne pas avoir d’interdiction et donc de toucher un public plus large, décident d’édulcorer leur contenu, afin d’avoir des thrillers qui se rapprochent du policier, avec un tueur en série parfois en manque d’idées. Mais le problème avec ce genre de littérature n’est pas les codes usités, mais plutôt la façon de les utiliser, pour rendre l’ensemble plus doux, ou au contraire plus sale. Si les clichés vont bon train, si l’imagination semble empreinte de références plus ou moins mal digérées, un roman peut être bon et faire peur quand les interactions entre les personnages sont bien écrites et surtout crédibles. Et dans ce genre, si Stephen King, Maxime Chattam ou encore Graham Masterton sont des maîtres du genre, ils inspirent bon nombre d’adeptes, au même titre que les films de Hooper, Friedkin, Craven ou encore Carpenter. En témoigne le premier roman de Kevin Tondin, en auto-édition, qui, sans les citer, fleure bon les références cinématographiques du genre, tout en essayant d’y apporter son originalité, son lieu et sa nationalité.

L’histoire n’a vraiment rien d’original, et c’est peut-être le principal point faible du roman. En effet, on va avoir droit à notre palanquée de jeunes étudiants qui vont partir en vacances au bord d’un lac, dans une région isolée de la Suisse, l’Engadine. Alors que les jeunes font connaissance, lient des amitiés et des amourettes, ils ne savent pas que non loin de là, un tueur frappé du ciboulot, Wilhem Dietrich, s’amuse à découper tout ce qui lui passe par la main. Quand il va voir le chalet habité, la boucherie va pouvoir commencer. Le pitch s’avère simpliste et correspond finalement à n’importe quel film horrifique propre au slasher ou au survival. On pense immédiatement à Détour Mortel pour le cadre, ou encore Massacre à la Tronçonneuse pour l’ambiance poisseuse qui se ressent à chaque page où le tueur sévit. Alors oui, ce n’est pas novateur du tout, mais ce n’est pas le but de Kevin Tondin avec ce premier roman. Son objectif est de créer des personnages attachants et crédibles, pour mieux toucher le lecteur quand l’inéluctable arrivera. Et en ce sens, on ne peut trop blâmer l’écrivain, qui se donne beaucoup de mal pour donner de la consistance à ses personnages.

La palette est assez grande car les protagonistes sont plutôt nombreux, et même si on rentre pleinement dans les clichés du genre, à savoir la bombasse de service qui danse à tout va et ne pense qu’à s’envoyer en l’air, le portugais peintre en bâtiment fan de tunning, l’italien fort en bouche, le type sympathique, le gars mystérieux, le moniteur rigoureux sur les règles, la bimbo quarantenaire, etc… tous ces personnages ont quelque chose qui leur est propre. Et surtout, surtout, les interactions entre eux marchent bien. Plutôt que de créer des inimités entre les personnages (et même s’il y en a une qui reste assez sommaire), l’auteur va s’évertuer à établir un climat serein et propice au repos dans ce chalet éloigné de toute civilisation. On a le geek de service, un peu gros, mais qui trouvera comme une grande sœur dans ce gîte. On aura aussi un jeune homme qui possède un lourd passé, mais qui va se révéler au fil des pages grâce à une jeune fille qui souhaite l’intégrer. Bref, il y a un climat bienveillant qui tranche nettement avec les arrivées macabres du tueur. En posant ce cadre un peu idyllique, les clichés passent beaucoup mieux, et on va très vite s’attacher à ces jeunes qui souhaitent passer du bon temps, sans jamais se prendre la tête. Alors effectivement, certains personnages sont plus importants que d’autres, mais il faut saluer cet effort de passer outre les clichés, pour nous les rendre sympathiques.

En faisant cela, en donnant de la crédibilité à ses personnages, les moments de meurtre seront d’autant plus tendus. Si on n’évite pas les clichés du tueur qui parle beaucoup pour dire des saloperies, les amateurs de bis seront ravis de voir les passages sans concession que nous livre l’auteur. Les sévices sont immondes, les passages à tabac dégueulasse, et le tout est assez bien décrit grâce à une plume précise et à un style qui se lit tout seul. Le tueur, un gros sac avec une tête de porcelet qui ne ressent pas la douleur, fait peur à voir, mais surtout, il n’a pas de motivation particulière pour ce qu’il entreprend. Il s’agit juste d’un simple fou furieux qui aime tuer. On pourrait croire à une autre facilité d’écriture, mais ce n’est pas tout à fait vrai, puisqu’on décèlera plusieurs pistes au sein du roman, comme un village inquiétant, avec des personnes étranges, mais aussi des photos de famille bizarres qui laissent à penser que tout le monde est complice de certaines traditions un peu dégueulasses. On peut même parfois douter de la provenance de la viande du boucher du village, laissant planer un doute sur une possible suite où la mythologie du tueur sera plus approfondie, avec notamment tout un village impliqué dans divers meurtres. Bref, on sent un grand potentiel derrière cette première histoire et c’est ce qui rend le tout intéressant, même si les références sont parfois trop évidentes.

Au final, Massacre en Engadine est plutôt une bonne surprise, même si le roman ressasse des choses déjà vues dans le genre horrifique. Kevin Tondin n’invente rien dans son fond, mais sa forme est relativement plaisante pour passer outre cet état de fait et prendre un plaisir de lecture certain. Il faudra cependant passer au-delà des fautes de frappe et autres oublis, puisqu’il s’agit d’autoédition, ce qui pour autant n’entache aucunement notre bon ressenti. Bref, on espère que l’auteur pourra continuer son rêve, celui de trouver un éditeur et d’enchainer avec d’autres histoires.

Note : 14/20

Par AqME

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