juin 13, 2021

Hypno5e – A Distant (Dark) Source

Avis :

Si l’on écoute les médias de masse, c’est-à-dire les radios de grande écoute ou les chaines de télé qui diffusent autant de musique que de bons films, le métal français est inexistant, où s’il existe, c’est en très petite quantité et de façon parcimonieuse pour ne pas déranger la ménagère qui aime manger la merde qu’on lui balance entre les dents. Pourtant, la scène métal française ne s’est jamais aussi bien portée, avec des projets originaux et nombreux, mais aussi des sorties d’albums d’une qualité incroyable. Parmi les groupes les plus influents et les plus intéressants, on peut citer les montpelliérains de chez Hypno5e. Fondé en 2002, le groupe se forge rapidement une identité propre, mélangeant constamment des extraits de films à des compos qui permettent d’habiller un sentiment, une émotion, c’est en 2007 que sort un premier album autoproduit, puis cinq ans plus tard un deuxième effort paru chez le label D-Prod. Une collaboration de courte durée puisque quatre ans plus tard, en 2016, le groupe signe chez Pelagic Records et sort Shores of the Abstract Line, un troisième opus remarquable. Seulement, Hypno5e n’est pas un groupe qui se contente d’enfiler les albums dans un style Prog, Avant-Gardiste ou Expérimental (choisissez la mention qui vous plait le plus) et en 2018 sort Alba – Les Ombres Errantes, un album acoustique qui accompagne un film du même nom. Avec A Distant (Dark) Source, le groupe revient à quelque chose de plus classique dans l’habillage, mais de terriblement complexe dans la structure, et c’est tant mieux.

Onze titres, plus d’une heure de musique à se mettre dans les oreilles, les montpelliérains ne font pas les choses à moitié et l’album va se construire autour d’une longue introduction de plus de onze minutes, puis de trois grands titres scindés en trois parties et d’une conclusion. On the Dry Lake ouvre alors le bal et c’est tout simplement renversant. Dès les premières notes, entêtantes, et un dialogue délétère certainement issu d’un film, le groupe pose une ambiance à la fois mélancolique, inquiétante et doucereuse. Tout doucement, le piège se renferme sur nous pour nous emporter dans un titre à la fois violent, lourd, puissant, doux, triste et d’une complexité toute relative puisque jamais le groupe ne nous perd. L’entrée en la matière prend aux tripes et la formation démontre d’un talent technique à couper le souffle. Après cette bonne claque dans la tronche, on attaque la première trilogie, à savoir In the Blue Glow of Dawn. La première partie est clairement une ballade, où le groupe va chanter en anglais de façon calme, en chant clair et c’est d’une beauté transcendantale. C’est parfaitement exécuté pour toucher l’auditeur et cela montre que l’on peut faire du métal et avoir une vraie sensibilité. La deuxième partie sera le moment purement métal, où les cris et les riffs agressifs vont se succéder sans faille, laissant l’auditeur K.O. débout, tout en restant pleinement écoutable. Les variations sont exquises, les moments bourrins côtoient les phases douces dans un équilibre qui force le respect. La troisième partie sera une belle conclusion, avec une poésie macabre en guise de mise en route, le tout porté par une mélodie sublime, avant de monter crescendo vers un déluge de cris et de colère. Comme on peut le voir, la complexité se découpe sur les trois titres pour donner une vue d’ensemble riche et inspiré, nous faisant passer par plusieurs émotions.

Après tous ces gros morceaux, le groupe lance alors A Distant Dark Source et ces trois parties. Le départ est une belle introduction, assez sombre mais qui ouvre à l’introspection et qui laisse présager quelque chose de puissant et de bien dark dans sa deuxième partie. Mais surprise, la deuxième partie commence tout doucement, restant sur un tempo très lent, mais qui ne demande qu’à exploser. Ce qui arrivera avec des riffs assassins très lourd, permettant alors au chanteur de hurler sa peine et sa douleur. C’est à la fois puissant, rugueux, mais aussi très aérien. On trouvera cette variation entre puissance et mélancolie posée tout au long du morceau, qui se terminera dans un geyser de violence. Quant à la troisième partie, elle sera l’inverse, démarrant de façon virulente et puissante, elle s’achèvera au son d’un piano lancinant, nous laissant finalement seul, dans une sorte de torpeur pensive face à la puissance que l’on vient de se prendre dans la figure. Démarre alors On Our Bed of Soil, toujours en trois parties, et comme à l’accoutumée, on démarre lentement, posant une ambiance, une atmosphère particulière qui laisse beaucoup de place à la mélancolie. La deuxième partie va se faire plus longue, démarrant dans le calme pour se déchainer sur la fin, livrant presque un moment de Black surpuissant pour mieux nous surprendre et nous mettre K.O. Quant à la troisième partie, on a droit à un maelström de technicité, où tout le talent du groupe résonne dans chaque note, nous prenant le cœur et nous l’étreignant comme si nous participions à une oraison funèbre de quelqu’un de proche. C’est d’une beauté sublime. Enfin, avec Tauca, Pt. II (Nowhere), le groupe recommence avec des paroles poétiques et une ambiance toute particulière. C’est tout simplement envoûtant.

Au final, A Distant (Dark) Source, le dernier opus de Hypno5e, est certainement l’un des meilleurs albums de l’année, tout simplement. A la fois dense et léger, puissant et mélancolique, il s’agit du genre d’effort qui transporte et nous fait passer par tout un tas d’émotions. Ne succombant jamais aux cloches du mercantile, se voulant difficile d’accès tout en atténuant sa complexité, le groupe français trouve un équilibre parfait dans un exercice de funambule pas si aisé que cela. Bref, le métal français est en forme et Hypno5e en est le parfait exemple.

  • On the Dry Lake
  • In the Blue Glow of Dawn, Pt. 1
  • In the Blue Glow of Dawn, Pt.2
  • In the Blue Glow of Dawn, Pt. 3
  • A Distant Dark Source, Pt. 1
  • A Distant Dark Source, Pt. 2
  • A Distant Dark Source, Pt. 3
  • On Our Bed of Soil, Pt. 1
  • On Our Bed of Soil, Pt. 2
  • On Our Bed of Soil, Pt. 3
  • Tauca, Pt. II (Nowhere)

Note: 19/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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