février 23, 2024

Le Franciscain de Bourges

De : Claude Autant-Lara

Avec Hardy Krüger, Jean-Pierre Dorat, Gerard Berner, Christian Barbier

Année : 1967

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Les frères Toledano, résistants arrêtés en 1943, sont incarcérés et torturés à la prison de Bourges. Alfred Snake, infirmier militaire allemand et frère franciscain, vient les soigner et les réconforter. Il lutte contre la gestapo et se dévoue pour ses victimes, en tentant de les faire s’évader.

Avis :

Qu’il s’agisse de films de guerre ou historique, la Seconde Guerre mondiale a fourni bon nombre de productions retraçant des événements clefs de cette période, mais aussi des histoires qui font partie de ces « anecdotes » marquantes. Sous la forme de témoignages, certains faits ressassent la guerre à l’échelle de l’individu et non d’une nation. Pour des raisons évidentes, l’angle d’approche se situe majoritairement du côté des Alliés. Si cette tendance tend à s’atténuer dans les deux dernières décennies, elle restait rarissime avant les années 1990. On peut néanmoins évoquer La nuit des généraux, Croix de fer, ainsi que les métrages sur l’opération Walkyrie, comme C’est arrivé le 20 juillet.

Aussi, Le franciscain de Bourges fait office d’exception dans le paysage cinématographique français. S’inspirant du livre éponyme de Marc Toledano, l’histoire ne se focalise pas sur l’incarcération d’un résistant, mais de son geôlier. L’approche est déconcertante, mais évite la facilité de se cantonner à quelques généralités. Il n’est pas question ici d’édulcorer les conditions de détention ou d’atténuer le discours de répression sous l’occupation nazie, mais bel et bien de confronter l’homme sous l’uniforme aux dérives de ses supérieurs et de ses semblables. Alfred Stanke (Hardy Krüger) ne fait aucune différence entre ses compatriotes et les prisonniers étrangers.

Le fait d’apporter une dimension religieuse au personnage le rend d’autant plus vulnérable aux exactions perpétrées sous ses yeux. Là encore, on ne parle pas de sermons sentencieux et moralisateurs sur la volonté du Seigneur, mais des considérations tout humaines sur son existence. Face à l’horreur des tortures ou d’exécutions sommaires, la foi n’est pas si inébranlable qu’elle paraît, même chez des individus au naturel empathique et optimiste. Le contraste est d’autant plus flagrant quand les jeunes condamnés nourrissent des doutes sur un dessein supérieur, ou sur une vie après la mort. Les dialogues bénéficient d’une grande subtilité dans les échanges, mettant à mal les convictions des uns et l’espoir des autres.

Par la même, c’est l’impuissance du protagoniste qui influe sur son propre comportement et le déroulement de l’histoire, l’obligeant à prendre toujours plus de risques. Sa relation avec la résistance, son devoir d’obéissance et de soldat, son défi presque constant face aux injustices dont il est témoin… De fait, le clivage prisonnier/geôlier (et infirmier) s’atténue considérablement au grand dam de ses supérieurs et des suspicions qu’ils nourrissent à son encontre. Si ce n’est la présence de l’uniforme qui marque un recul instinctif chez les intervenants secondaires, les notions d’identité nationale et de hiérarchie militaire sont bousculées, voire abrogées, tout comme les convictions morales.

Au vu du traitement accordé au scénario, on s’éloigne sensiblement de la reconstitution historique et même parfois du contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le cadre et les costumes sont là pour nous le rappeler, mais l’approche reste foncièrement dramatique. Un choix pertinent pour appuyer le discours évoqué précédemment. De plus, la progression temporelle demeure suffisamment évasive pour ne pas interférer avec le récit par des repères purement factuels. L’intrigue n’étant pas une page d’histoire en elle-même, mais un témoignage narré par un de ses contemporains. En cela, le film retranscrit parfaitement l’altruisme de son personnage principal.

Au final, Le franciscain de Bourges reste foncièrement marquant tant dans son point de vue que dans son développement. Avec La traversée de Paris, Claude Autant-Lara parvenait à exposer un sujet grave tout en amusant sur certaines situations cocasses. Le présent métrage s’affranchit de son contexte pour dépeindre un portrait profondément humain. La réalisation délaisse toute considération subjective sur l’uniforme allemand sans pour autant occulter les dérives et les crimes perpétrés durant cette période. Il en ressort une approche nuancée, voire ambivalente, mettant à mal les idées reçues pour mieux ébranler les convictions éthiques et théologiques.

Note : 17/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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