décembre 6, 2021

Les Neuf Clés de l’Antiquaire – Martin Rua

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Auteur : Martin Rua

Editeur : City Editions

Genre : Thriller

Résumé :

Jérusalem, an 118. Des moines de l’Ordre des Chevaliers du Christ font une découverte troublante dans les souterrains du Mont du Temple. Berlin, 1945. Un groupe d’hommes se dirige vers la ville dévastée par les bombardements. Leur objectif : récupérer un mystérieux artefact. Naples, de nos jours. L’antiquaire Lorenzo Aragon mène une vie tranquille. Jusqu’à ce qu’une jeune femme venue de l’Est vienne bouleverser sa vie. Qui est Anna Nikitovna ? Quel événement relie son grand-père à celui de Lorenzo ? Pour le découvrir, ils se lancent dans une aventure qui, de symboles en indices, les conduit à Jérusalem, Kiev et Rome. A la clé de cette dangereuse quête, la découverte d’un code millénaire jalousement protégé des convoitises humaines…

Avis :

Bien avant que le thriller ésotérique ne devienne un genre en vogue, les Templiers ont toujours attisé l’intérêt des historiens et des amateurs de mystères apparemment insolubles. La littérature s’est emparée du phénomène et l’a surexploité en évoquant un nombre incommensurable d’explications et de théories sur les secrets qui les entouraient. Des plus pragmatiques au plus invraisemblables, tout semble avoir été dit à leur sujet ou presque. On ressasse encore et toujours les mêmes faits en offrant quelques variantes sur des points de détails pour étayer de nouvelles hypothèses. Les neuf clés de l’antiquaire arrive donc tardivement pour imposer une quelconque innovation.

Malgré le statut de premier roman pour le présent ouvrage, on est en droit d’exiger de la cohérence et de la crédibilité pour susciter un minimum d’intérêt. Or, la première bévue se fait avec la quatrième de couverture où les Templiers gagnent Jérusalem en 118 (au lieu de 1118) ! Une erreur de frappe et un écart d’un millénaire que l’on ne retrouve pas au fil des pages, mais qui montrent une négligence évidente et grossière. Tout comme la traduction qui fait montre de nombreuses lourdeurs stylistiques (trop de subordonnées au sein d’une même phrase, termes mal choisis, répétitions…).

Il est toujours difficile de trouver le véritable fautif dans un tel cas (un médiocre traducteur ou un auteur dénué de talent), mais la qualité littéraire n’est pas au rendez-vous. On démarre donc sur de très mauvaises bases ; preuve en est avec l’intrigue qui se découpe en trois livres (ou parties). La première nous plonge dans le lénifiant quotidien de Lorenzo. Des journées qui se résument à manger et… faire l’amour après avoir rendu visite à son associé. Outre l’absence totale de rythme, les chapitres se répètent deux à trois fois avec des propos identiques pour appuyer une pseudo-atmosphère paranoïaque.

L’auteur fait du surplace, tourne en rond, revient à son point de départ, tergiverse et les choses sérieuses commencent le tiers du livre passé (soit 150 pages). Les chapitres ont beau être courts, on s’ennuie ferme. Et ce ne sont pas les quelques digressions temporelles qui changeront la donne. Si le prologue se révèle sympathique, les incursions en pleine Seconde guerre mondiale n’apportent strictement rien et s’arrêtent brutalement sans que l’on sache trop pourquoi. Sans doute Martin Rua a-t-il voulu insuffler le même rythme que Giacometti et Ravenne pour la saga Antoine Marcas (on songe notamment au Rituel de l’ombre), mais il se plante royalement et ne maîtrise rien.

On passe sur les clichés et les poncifs de type fusillades, courses-poursuites et réflexions puériles sur une situation de crise pour évoquer à peu près tout et n’importe quoi sur le sujet, mais pas seulement. Exception faite du Vatican, le seul lien avec les Templiers et les 9 clés (élément fictif) est Baphomet, une idole ou un démon qui a causé la perte de l’ordre en 1313, du moins était-ce là un prétexte à leur éradication. Or, l’intrigue le relègue à une sorte de mauvais génie enfermé dans un cube aux symboles ésotériques. L’auteur peut remercier Clive Barker et son formidable Hellraiser.

Entre le héros qui souhaite exaucer son vœu pour protéger sa femme (tout en étant obsédé par sa fidèle figurine de Spider-Man), le sale type nostalgique du 3e Reich (qu’il n’a pas connu) et les intérêts de l’Église catholique, on sombre dans le ridicule total. Des incongruités à n’en plus finir qui se retrouvent même dans les origines disparates et absurdes des 9 clés. La progression est trop chaotique et inconstante pour donner un semblant de crédibilité à l’ensemble. Les énigmes et autres jeux de piste se révèlent également trop simples ou trop alambiqués avec des explications farfelues qui ne sauvent guère le roman du naufrage.

Martin Rua a beau être un « expert » en sciences politiques et en religion, il parle à tort et à travers sans créer un lien réel entre les éléments qu’il aborde. La franc-maçonnerie, l’ordre de Thulé, la magie chaldéenne, l’alchimie, le culte de Mithra, la cabale, les trois grandes religions monothéistes, la mythologie perse et ainsi de suite. Un pathétique pot-pourri (au sens littéral du terme) qui, non satisfait de ne rien approfondir, fait jouer de front un complot terroriste, les agissements d’un tueur en série et les délires d’un mégalomaniaque. Rien que ça !

Au final, Les neuf clés de l’antiquaire est un piètre thriller ésotérique. Ennuyeuse et lamentable dans sa première partie, l’intrigue ressasse toutes les caricatures possibles et imaginables tant sur le plan narratif que factuel. De l’aveu même de l’auteur dans la postface (heureusement qu’il est là pour nous dire que le Baphomet n’a pas contribué à l’émergence ou à la chute du 3e Reich), il s’est inspiré d’un autre roman, Zanoni, en hommage et non en plagiat (toujours selon lui). Peu importe étant donné que le résultat est aussi honteux que stupide. Un livre dont le fond ne méritait pas un traitement si négligé et misérable.

N.B. : Sans révéler le final qui plonge dans le fantastique grand-guignolesque, nos héros découvrent des symboles hébraïques pour trouver une porte égyptienne censée renfermer l’esprit de Dieu (alors que l’Égypte antique était connue pour les nombreuses divinités qu’elle vénérait). Celle-ci est ornée de symboles alchimiques (on oublie les hiéroglyphes), mais la clé de l’énigme se résout grâce à des phrases en… latin ! Parce qu’il ne faut pas oublier qu’on est à Rome, bien sûr ! Un exemple typique du grand n’importe quoi que l’on retrouve au fil des pages, et ce, après des détours et des retours sur le christianisme, l’islam et le judaïsme.

Note : 04/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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