novembre 29, 2021

Heavy Rain

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Résumé :

Vous incarnez 4 personnages différents ayant tous un lien avec le tueur à l’Origami. Chacun tente d’enquêter sur l’identité du criminel.

Avis :

S’il demeure connu et particulièrement apprécié par les amateurs d’aventures et d’expériences vidéoludiques singulières, Quantic dream n’est pas un développeur à enchaîner les projets sans se soucier de la qualité de ses produits. Tout en disposant de moyens confortables pour créer leurs titres, les gars de Quantic dream font quelque peu figure d’outsiders parmi les mastodontes du genre. Pourquoi ? Tout simplement pour avoir une vision particulière et à contre-courant du support culturel sur lequel ils s’épanouissent. Voir le jeu vidéo autrement et innover (au risque de se planter) pour l’emporter vers des sphères inexplorées.

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Un choix qui peut susciter la polémique en rameutant une foule où se mêlent contestataires et partisans de cette approche. Preuve en est avec Heavy rain qui aura divisé autant sur sa nature que sur ses qualités intrinsèques. Qualifié de film interactif qui tient davantage du septième art que du jeu vidéo, l’un des projets les plus ambitieux et personnels de David Cage (auteur, producteur et réalisateur) ne se contente pas de nous offrir une bête expérience où le joueur survole l’histoire avec l’œil distrait d’un spectateur. Heavy rain se sert du bagage émotionnel que véhicule le cinéma avec l’immersion du jeu d’aventure style point’n click.

Pour ce faire, il convient de moderniser les codes de ce dernier tout en les adaptant à la PlayStation 3. Entreprise ô combien délicate étant donné que le genre est particulièrement conçu pour l’association clavier/souris de l’ordinateur et non pour une console de salon. Pourtant, les développeurs ont parfaitement compris les mécanismes, les contraintes et les disparités qui régissent l’un et l’autre. S’il persiste quelques lourdeurs comme le fait de presser en continu une touche pour marcher et ensuite se diriger au stick analogique, l’ensemble s’avère rapidement intuitif pour peu que vous connaissiez la manette.

Experts ou débutants, les niveaux de difficulté se focalisent sur votre maîtrise du DualShock 3 pour que vous puissiez apprécier l’histoire comme il se doit. Choix multiples qui se présentent dans des conversations ou dans une situation urgente, affrontements avec des ennemis retors ou épreuves du tueur aux origamis… Le gameplay se découvre dans des séquences assez variées (mise en scène et évolution de l’intrigue) pour ne pas engendrer l’ennui. Cette diversité est due à l’emploi de QTE plus ou moins élaborées. À savoir, appuyer sur une série de touches pour exécuter correctement une action, et ce, dans le timing imparti.

Tout ce que le joueur entreprend a une conséquence sur la finalité des événements qui propose pas moins de vingt conclusions différentes au récit. D’ailleurs, celui-ci emprunte énormément aux classiques du thriller. La structure narrative et l’ambiance entretiennent un suspense de rigueur qui, contre toute attente, n’est pas cousu de fil blanc. Outre des thématiques largement exploitées dans le domaine (tueur en série, notion de sacrifices…), les choix qui jonchent le récit lui confèrent une véritable tension, car on ignore les effets d’une réponse évasive ou d’un défi raté.

Une majeure partie du jeu se concentre sur l’appréhension de son environnement (restreint à des espaces prédéterminés, cela dit). Une exploration mesurée qui permet de découvrir les scènes de crimes ou les investigations comme les pièces d’une œuvre globale. En dépit d’une atmosphère morne à souhait avec des teintes sépia (voire décolorées), le level design varie les situations et le contexte évolue sensiblement dans des zones urbaines dissemblables où la foule des grands centres commerciaux précède à des endroits déserts tels que la centrale électrique. Chaque nouvelle séquence demande de la fouiller ou d’interroger les différents intervenants.

Ce schéma précis peut paraître redondant si l’on demeure indifférent à l’intrigue. Il est vrai que sous bien des aspects, Heavy rain rappelle Seven. Ton pessimiste et malsain, nihilisme profond, tragédies personnelles… Les points communs sont nombreux. À défaut de trouver sa propre voie, le jeu de David Cage marche dans le pas de ses références avec un certain savoir-faire. Des destins entrecroisés qui entament une descente aux enfers inexorable et néanmoins inéluctable, une bande-son omniprésente, dérangeante et pourtant discrète… Plus que les poncifs du thriller, ce sont les codes du cinéma qui sont ici retranscrits de fort belle manière.

Comme toute bonne histoire qui se respecte, les personnages font montre d’une importance particulière dans l’appréciation générale. En incarnant tour à tour quatre protagonistes, on découvre les enjeux à travers différents point de vue. Progressivement, les liens se tissent au fil d’investigations parallèles ; de révélations et d’indices qui prennent sens lorsqu’ils sont mis bout à bout. Autant les motivations, l’évolution et leur comportement possèdent des traits distincts ; autant les grandes lignes et les choix moraux vous incombent pour leur conférer encore plus de profondeur.

Pour boucler l’enquête une première fois, il faut compter une petite douzaine d’heures. Si le genre ne propose pas une énorme rejouabilité, l’envie de découvrir tous les embranchements possibles et la vingtaine de fins différentes peut permettre de parcourir à nouveau Heavy rain sans trop se lasser. On notera la présence de bonus des plus appréciables (artworks et making of), mais l’ensemble n’est malheureusement pas sous-titré en français. Quant aux niveaux de difficulté, ils se destinent davantage à adapter les QTE aux joueurs qu’à offrir un challenge plus ardu pour les perfectionnistes.

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Qu’on le qualifie de film interactif ou de jeu d’aventure, Heavy rain ne se contente pas de s’approprier les poncifs d’un média culturel ou d’un genre. Le titre de Quantic dream les plie à une expérience hors-norme et novatrice qui allie septième art et jeu vidéo pour en faire un produit hybride. Malgré des influences évidentes au niveau de la trame et de l’ambiance (Seven en tête), l’intrigue tentaculaire se révèle immersive au possible avec un traitement qui conjugue divers domaines (horreur, thriller et drame) pour mieux susciter suspense et émotion sur le long terme. Une entreprise risquée qui, au final, s’avère étonnante dans son approche et dans les considérations qu’elle dégage.

Note : 17/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=fMK6sTnMxBI[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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