décembre 7, 2022

Le Cave se ReBiFFF 2018 – Jour 8

Hier était la journée des déceptions ? Aujourd’hui va rétablir la balance !

Et de bien belle manière, puisqu’on n’aura vu que des bons films (et encore on était supposé rester pour le forcément excellent Ajin : Demi Human à 22h30, mais le retard pris par la masterclass de Guillermo Del Toro a eu raison de notre motivation, on le verra plus tard en salle presse)

La journée commence pour moi à 14h avec le thriller Charismata d’Andy Collier et Toor Mian, une enquête policière en eaux troubles qui flirte sans cesse avec le fantastique sans que l’on sache vraiment si on doit s’y fier ou si les séquences hallucinées sont justement des hallucinations de l’héroïne.

Tout commence comme dans un Seven-like, ou un épisode particulièrement glauque de True Detective, avec la découverte d’un cadavre putréfié sacrifié lors de ce qui s’apparente à un rituel satanique. Et si ce n’était pas déjà assez perturbant comme ça pour la police, c’est le deuxième cadavre à être retrouvé de cette façon (et avec un organe en moins), ce qui laisse supposer le travail d’un serial-killer en puissance. C’est sur ce point de départ que va commencer l’enquête et la descente aux enfers d’un duo de flics qui se détestent cordialement, Eli (Andonis Anthony, un sosie de Julien Boisselier) et Rebecca (pour sa part version britannique de Macarena Gomez, ou de Sarah Michelle Gellar pour les moins cinéphiles), notre héroïne, accro aux anti-dépresseurs et surmenée par son travail.

Véritable sac de nœuds qui nous fait longtemps douter de ce que l’on voit à l’écran, Charismata se permet de doubler sa passionnante enquête, digne des meilleures séries du genre, d’un climat trouble à la lisière du fantastique, où s’entremêlent personnages étranges et visions cauchemardesques. Sans aucun argument surnaturel, le film serait déjà un thriller dense dans une atmosphère de manipulation des nantis et de messes sataniques. Mais dès lors que son héroïne plonge (malédiction, possession, surmenage, le doute est de mise) dans une sorte de folie lancinante en forme de spirale infernale, Charismata prend une tout autre dimension, qui se permet de plus en plus de choses à mesure qu’avance l’intrigue, jusqu’à une dernière scène démentielle, et une des fins les plus surprenantes, osées et abruptes qu’il nous ait été donné de voir au cinéma.

Bref, on espère découvrir rapidement ce petit bijou sur les écrans français, même si comme d’habitude, il y a malheureusement peu de chance…

Détour par la salle presse ensuite, puisque je n’ai plus rien à aller voir avant 18h30, autant rattraper son retard, ou comme dans mon cas changer son futur programme.

Je jette donc mon dévolu sur l’allemand Snowflake d’Adolfo Kolmerer et William James, et scénarisé par Arend Remmers. Une information qui a son importance puisqu’Arend Remmers est aussi un personnage du film, scénariste à ses heures perdues, qui écrit le récit du métrage en même temps que celui-ci se déroule, ce qui ne plait pas vraiment aux deux protagonistes principaux, Javid et Tan, deux anti-héros homicides qui n’ont pas vraiment envie que le film se finisse comme le scénariste l’a décidé.

Hé oui, l’Allemagne n’est pas que la patrie du soporifique Derrick et du boursouflé Le Clown, les teutons savent aussi parfois y faire, surtout quand il s’agit d’œuvrer dans le cinéma de genre conceptuel (on se souvient de Cours, Lola, Cours par exemple).

Et là, croyez-moi, niveau conceptuel, vous allez être gâté. Snowflake, avec sa galerie de personnages complètement allumés, ses dialogues échevelés, son postulat méta hilarant et sa structure en chapitres et montage alterné, ressemble à ce qu’aurait pu être L’Incroyable Destin d’Harold Crick réalisé par Tarantino et écrit en collaboration avec Spike Jonze. C’est dire le long-métrage complètement fou auquel on a droit. Un film qui s’autorise tout, nous fait nous attacher à des tueurs sans pitié, se débarrasse de personnages importants sans vergogne, jongle entre allemand, anglais et polonais, et va loin, jusqu’au bout de son concept, jusqu’à une scène finale aussi percutante que touchante.

Le récit aurait pu s’empêtrer, une fois le postulat de départ digéré, et pourtant les réalisateurs arrivent à renouveler continuellement l’intérêt et faire passer les deux heures de métrage comme une lettre à la poste, notamment en multipliant les tons et les appels du pied aux différents genres cinématographiques. Comédie noire, drame, film de cannibale, film de super-héros, film d’anticipation, tout passe à la moulinette de cet immense ragoût qui arrive pourtant à être digeste et maitrisé de bout en bout.

On connaissait les espagnols, on connaissait les coréens, cette année, il faudra compter avec les russes et les allemands.

L’affluence se fait plus importante, les bénévoles s’activent, une frénésie et une odeur de soufre s’empare du BIFFF : Guillermo Del Toro vient d’arriver, et se prépare déjà pour sa masterclass de 20h30.

Pendant ce temps, on se dirige vers la projection du serbe Ederlezi Rising, huis-clos spatial qui voit un astronaute partager sa couche vers Alpha du Centaure avec une androïde spécialement conçue pour s’occuper de lui et satisfaire ses besoins d’ordre sexuels. Ce qui apparaît d’abord comme un jeu pour l’homme un peu machiste va vite prendre des proportions toutes nouvelles, à mesure qu’il ressent le désir d’avoir avec lui une femme non pas programmée mais libre, quitte à tenter de tripatouiller ses circuits.

Ederlezi Rising n’accroche pas l’intérêt seulement parce qu’il est rare de se trouver face à un film de genre serbe (on se souvient du désormais célèbre A Serbian Film, mais niveau SF, c’est peau de zob), mais aussi parce qu’en tête à tête avec l’acteur du cru Sebastian Cavazza et sa voix profonde, on retrouve la pornstar Stoya (ne faites pas semblant, on sait tous que vous la connaissez).

On a souvent vu une actrice ou un acteur pornographique être engagé dans un film traditionnel, mais ici cela se fait de manière tellement naturelle, tellement évidente, qu’on oublie très vite qu’on a affaire à une travailleuse du sexe qui se met à la comédie, et que son talent d’interprétation explose à l’écran. Tout en finesse et en subtilité, elle campe cette androïde qui se libère des contraintes de sa condition avec beaucoup d’intensité, d’autant plus qu’elle est seule pendant tout le film avec un comédien confirmé.

Quant au film en lui-même, non content de questionner les limites des relations humaines et de l’égoïsme qui lui est propre (le héros Milutin est un être désespérément seul et paradoxal, qui voudrait tout contrôler pour que rien ne lui déplaise mais ne supporte pas que sa compagne robotique n’ait pas de libre-arbitre), il est visuellement époustouflant, et nous emmène dans une ambiance éthérée, aux environnements minimalistes et rugueux, mais avec un traitement de l’image hypnotique, à la lisière de la luminothérapie, que n’aurait pas renié le Tarkovsky de Solaris. Voir le Stanley Kubrick de 2001 dans certaines images oniriques, et dans son rapport entre l’homme et la machine, et la volonté d’émancipation trouble de cette dernière.

On pourrait rester des heures ne serait-ce que pour contempler, sans malice, ces corps nus baignés de lumière, et ce vaisseau semblable à un vieux camion cabossé dériver lentement dans les paysages de l’espace (le dernier plan fait d’ailleurs partie des plus beaux qu’il ait été donné de voir sur grand écran). Bref, un film exigeant qui en rebutera peut-être certains par sa lenteur contemplative, et qui enchantera les autres, bien aidé par une musique atmosphérique planante.

 

Au sortir de la salle, il est presque impossible de se déplacer, tant le public est venu en masse pour assister à une masterclass qui affiche complet depuis des lustres (on n’a pas pu avoir de place, c’est dire). Tout le monde ne parle que du mexicain qui, d’après les gentils bénévoles de la salle presse, se prête tellement au jeu des photos et autographes jusqu’à l’épuisement qu’ils n’ont pas osé aller le déranger dans ses quelques minutes de répit. Salle presse où l’on peut entendre un groupe de mariachi répéter leur intervention hommage pour Del Toro, ce qui fait un bruit du tonnerre pour ceux qui veulent regarder un film.

Heureusement, le long-métrage auquel je m’attaque ne souffre pas le silence absolu ni une attention de tous les instants, puisqu’il s’agit du nouveau méfait de Lloyd Kaufman et sa firme Troma, le bien nommé Return to Return to Nuk’em High, vol. 2

Ahhh Troma, maison de production légendaire qui savait pallier le manque de budget et de compétences par une énergie de tous les instants et une volonté provocatrice jamais démentie. Là où aujourd’hui les productions Sy-Fy ou Asylum se contentent de recycler des succès actuels en créant des mockbusters prompt à flouer un public peu regardant, et proposent des films qui se partagent entre discussions premier degré dans des hangars et images de synthèse hideuses, Troma a toujours conservé une volonté de donner le maximum, d’inventer des histoires complètement tordues, d’avoir des acteurs en roue-libre, totalement hystériques, et de plonger dans un mauvais goût hilarant, qui faisait baigner leurs productions dans une sorte de folie furieuse.

Et là où la série Sharknado se vautre dans un cynisme repoussant, non pas conscient de sa piètre qualité mais désireux de faire volontairement de la merde sans respecter le public, ce Return to Return to Nuk’em High, vol. 2 se contente de donner le maximum, de rire de ses propres scories jusqu’à devenir complètement méta (il faut voir la femme de Kaufman arrêter le film en salle de montage pour s’insurger d’une scène sexuelle, où le réalisateur lui-même, dans le rôle du grand méchant, asséner « ne t’inquiètes pas, je ne suis pas encore contaminé au point de devenir un monstre à 2000$ au costume dégueulasse et à la tête en carton-pâte avec une mâchoire qui ne peut même pas se fermer »), et surtout d’accumuler les trouvailles débiles, scabreuses, gores, repoussantes, pour un résultat qui consterne autant qu’il réjouit.

La preuve que le bébé de Lloyd Kaufman se porte bien, et que l’anarchie libertaire de ses productions est on ne peut plus vivante.

L’histoire ? Est-ce que vous avez vraiment besoin de savoir que l’ingestion de tacos radioactifs par des lycéens dans le premier volume va continuer d’avoir des conséquences désastreuses, et s’étendre au monde entier ? Tout ce qu’il vous faut savoir, c’est que vous y trouverez Stan Lee en narrateur, Lemmy Kilmeister en président de la République, l’ancien hardeur Ron Jeremy en Dieu, des parodies de Carrie, Precious ou encore Le Silence des agneaux, un hybride canard-humain mutant, un bébé canard-humain tout mignon, un piercing sur le gland, un Lloyd Kaufman hystérique, un final complètement psychédélique, et surtout beaucoup beaucoup beaucoup de vomi verdâtre.

Bref de quoi passer un excellent moment, surtout en compagnie de pizzas, de bières et de potes, pour un film qui ne se moque jamais de lui-même mais plutôt rigole avec lui-même.

Tout revigorés au sortir de ce délire non-sensique, on décide de prendre notre repas au village et d’attendre patiemment que Guillermo ait fini de papoter en salle 1 pour accéder à la projection du manga live Ajin, mais le temps passe, on prend du retard, 23h approche et le mexicain est toujours sur scène, et après avoir pesé le pour et le contre nous décidons de rentrer et de visionner le film en salle presse plus tard. Pour une fois, ça ne nous fera pas de mal de rentrer un peu plus tôt pour se reposer.

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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