novembre 26, 2022

Le Cave se ReBiFFF 2018 – Jour 7

C’est pas toujours la folie furieuse ou l’enchantement total au BIFFF, il y a parfois des jours où quasiment rien de vraiment surprenant n’arrive, et aujourd’hui aura un peu été la journée des déceptions.

On commence pourtant avec le pas si désagréable Dead Ant. Un film d’attaque animale à base de fourmis gargantuesques signé Ron Carlson (quelques pochades qui n’ont jamais fait le chemin jusqu’à l’Hexagone) que n’aurait pas renié Sy-Fy. L’histoire d’un groupe de heavy-metal sur le retour parti pour un petit festival dans le désert, et qui font arrêt à la boutique marchande d’un indien fournisseur de peyotl, pour un trip initiatique en forme de retour aux sources. Et le vieil homme les a prévenu, si pendant le trip vous ne respectez pas la nature, elle viendra vous maudire pour la journée. Imaginez ce qui se passe lorsque l’un d’entre eux écrase une fourmi…

Amateur des Sharknados et autres petits films de monstres à budget riquiqui, vous ne serez pas dépaysé. Visuellement, Dead Ant promène des effets spéciaux numériques assez dégueulasses et une réalisation plan-plan qui le font plus ressembler à un téléfilm du dimanche après-midi qu’à l’héritier d’Arac Attack. Pourtant l’introduction, avec sa bimbo en bikini poursuivi par un hyménoptère monstrueux qui se débarrasse peu à peu de ses vêtements pour finir par courir à poil, donnait le ton d’un métrage assez déjanté.

Malheureusement ensuite, il faut attendre 40 bonnes minutes (sur 1h20 de film) d’introduction à base de discussions avant que les créatures n’attaquent pour de bon, et le film s’avère bien plus une comédie bordélique qu’un film d’horreur.

Non ce qui sauve Dead Ant, ce n’est pas sa poignée de scènes sympathiques dans le dernier tiers ou le look hideux des fourmis géantes, mais bien cette sorte d’hystérie collective qui s’empare du casting dans la seconde partie du film, qui a tôt fait de dégourdir nos zygomatiques, ainsi que les personnages en eux-mêmes, plutôt attachants dans leur caricature.

Car malgré l’étroitesse du budget et l’humble ambition du métrage, Dead Ant se paye quand même un casting de têtes connues. Sean Astin vient faire coucou avec une perruque de métalleux impayable, Jake Busey s’éclate en chanteur halluciné, Tom Arnold semble improviser comme si feue sa carrière en dépendait, et on y retrouve même la délicieuse Cameron Richardson (Harper’s Island).

Bref, un tout petit film de série B qui contient assez de folie pour être facilement regardable, notamment grâce à un final complètement allumé qui va au bout de son concept.

Direction la salle 1 ensuite pour la projection fort attendue de The Place de l’italien Paolo Genovese, spécialiste du conceptuel minimaliste qui avait fait un sacré tabac avec son précédent film, Perfect Strangers. Cette comédie noire, qui voyait un groupe d’amis décider pour la soirée de partager tous leurs textos, email et coups de téléphone, avait eu tellement de succès que pas moins de quatre remake (dont un espagnol par Alex de la Iglesia et un français par Fred Cavayé) ont été lancé dans les deux ans qui ont suivi sa sortie.

Et The Place devrait suivre la même trajectoire tant il frappe par son concept casse-gueule et incroyablement maîtrisé, et surtout par la qualité de tous les éléments qui le composent. Car le film se pare d’un procédé particulier : tout le récit se déroule entre les quatre murs d’un bistrot, à la même table, et ne met en scène que des discussions en tête à tête entre différents personnages, et un mystérieux individu qui leur promet d’accéder à tous leurs désirs, s’ils s’acquittent d’une mission auparavant. Mission qui les met généralement face à un cas de conscience.

À partir d’un canevas on ne peut plus simple, à base de champ-contrechamp et de description d’événements, Paolo Genovese crée un véritable sac de nœuds dans lequel les histoires vont se recouper et prendre une proportion humaine et psychologique véritablement inattendue. Analyse des (re)ssentiments humains et de ce que l’on peut se rendre capable de faire pour diverses raisons, légitimes ou non, The Place intrigue, surprend, puis fascine littéralement. On est pendu aux lèvres des protagonistes, on scrute le visage de ce mystérieux individu à la recherche d’indices sur sa véritable nature, on attend la prochaine révélation, et le prochain retournement de situation, comme il est impossible (et c’est de plus en plus rare au cinéma) de savoir ce qu’il se passera dans la scène suivante, et où va nous emmener le récit.

Fait à partir de presque rien, avec un sens de l’épure et de l’efficacité qui fait du bien, The Place est une preuve de plus que le cœur d’un film réussi reste son scénario (et ici ses dialogues) et la qualité d’interprétation de ses acteurs, avait même de penser à une réalisation enlevée ou une plastique recherchée, et s’avère un authentique chef-d’œuvre à voir impérativement.

Ensuite viens la projection du très attendu Parallel, nouveau film (et premier en langue anglaise) d’Isaac Ezban, qui avait assommé par deux fois le public du BIFFF avec l’incroyable The Incident, et le plus exigeant mais hypnotique The Similars. Ici, il revient avec l’histoire d’un groupe d’amis qui, découvrant un miroir donnant sur une multitude d’univers parallèles à la temporalité différente (30 minutes dans cette réalité correspondent à 10 secondes dans la leur) décident de s’en servir à leur propre fin pour gagner du temps, voler de l’argent à leurs doubles ou récupérer des œuvres artistiques n’existant pas dans leur monde. Jusqu’à ce que ça tourne mal.

Avec ce pitch alléchant, on attendait beaucoup du premier méfait américain du mexicain.

Las, on aurait dû s’en douter lorsqu’il a annoncé lors de la présentation que c’était le premier scénario qu’il n’écrivait pas lui-même, là où la principale qualité de ses précédents métrages tenait à son imagination en tant que scénariste, et à son don pour les histoires retorses. Ici, malgré une caméra « libre » qui glisse dans le récit et se permet bon nombre de plans assez savoureux et originaux, le cinéma d’Isaac Ezban semble ripoliné par une structure linéaire dans l’évolution de ses personnages et de l’intrigue principale. Alors que pourtant, le concept et son chaos graduel ne manquait pas de piment.

Les personnages ne sont pas très charismatiques, et leurs réactions pas très pertinentes, et si l’on s’attache à l’histoire en début de film, c’est bien grâce à ce point de départ assez fou. Mais bien vite le film s’embourbe dans les vicissitudes des différents personnages au lieu de capitaliser sur sa trouvaille scénaristique, et il faut attendre le dernier tiers du film pour qu’il se passe à nouveau quelque chose d’intéressant (et en rapport avec ce principe d’univers parallèles). Mais il est trop tard pour remonter la barre, malgré un plan gore démentiel en dernière bobine, et la scène finale sans aucun sens finit d’achever le nouveau film d’Isaac Ezban, qui déçoit surtout quand il annonce fièrement avoir trouvé le scénario « incroyablement bien écrit ».

Fais pas le con Isaac, revient.

Enfin, seconde et amère déception avec Inuyashiki de Shinsuke Sato.

Shinsuke Sato, c’est un spécialiste de l’adaptation de manga, puisqu’après Princess Blade, Gantz, I am a Hero (Grand Prix au BIFFF en 2016), Death Note, et en attendant Bleach, le voilà qui s’attaque à un autre monument japonais, pourtant très peu connu chez nous.

Et après la bombe I am a Hero, on s’attendait à une odyssée super-héroïque et émotionnelle orgiaque. Malheureusement, si Inuyashiki contient des effets spéciaux irréprochables et un dernier tiers véritablement enthousiasmant au rythme (enfin) sans failles, le film peine à tenir en haleine à cause d’une structure bancale qui ressasse les mêmes scènes au lieu de faire avancer véritablement le récit. À chaque fois qu’une séquence tend à faire décoller l’histoire, la suivante fait retomber le soufflé pour revenir dans des rails assez barbants, à base d’état d’âme et de réflexions philosophiques.

Pourtant le sujet de départ a beaucoup de potentiel. Inuyashiki, c’est le patronyme du héros, quadragénaire lymphatique et caricature de la victime, qui courbe la tête face à sa femme et se voit ignoré par des enfants qui le méprisent. Et en plus il apprend qu’il a un cancer… Tout change le soir où un éclair le frappe et le transforme en cyborg indestructible, capable de voler, mais aussi de « réparer » les malades et les blessés. Tout irait bien si un jeune adolescent n’avait pas subi la même transformation, se laissant lui tomber dans des penchants plus psychopathes.

Vous attendiez un duel de dieux vivants entre l’aimable père de famille et le psychotique lycéen ? Il vous faudra attendre tout le film avant de l’avoir. En guise d’adaptation de manga fracassante, l’on a droit à une sorte de thriller dramatique qui avance à tâtons, enchainant des scènes chocs et véritablement touchantes avec de longues plages de blabla inutiles. Le méchant s’avère pathétique et désespéré, le gentil fait plaisir à voir, loser qui voit la vie lui échapper et se sent enfin investi d’une véritable mission, mais le tout se traîne lamentablement, malgré une dernière scène apocalyptique vraiment réjouissante, et finit d’endormir le spectateur avec un épilogue lénifiant qui n’en finit pas.

Cruelle désillusion donc, en espérant que Shinsuke Sato saura retrouver le souffle épique et le sens de l’émotion d’I am a Hero pour son prochain Bleach.

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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