septembre 27, 2022

Le Cave se ReBiFFF 2018 – Jour 6

On prend notre temps aujourd’hui.

Notre programme ne commence qu’à 16h30, et comme on n’a pas fini si tard hier après Frontier, on en profite pour se reposer, faire des courses, et prendre notre temps pour vous monter une vidéo spécial body painting.

Mais on n’est pas là pour rigoler, alors à 16h30 pétante (prout) nous voilà dans la salle 2 pour RV : Resurrected Victims de Kyung-taek Kwak (que des films jamais sortis en France). Encore un thriller coréen bien tordu, mais cette fois-ci avec un argument fantastique de taille, les RV, des victimes de crimes impunis qui reviennent à la vie le temps de se venger de leur assassin. La chose se complique lorsque le procureur Seo Jin-Hong (Rae-won Kim, vu dans The Prison l’année dernière au BIFFF), toujours à la recherche du meurtrier de sa mère 7 ans après les faits, voit revenir celle-ci. Une joie de courte durée quand elle essaie de le tuer pour se venger… Jin-Hong a-t-il tué sa mère ? La vérité est-elle plus complexe que ça ? Et est-ce que tout ça n’aurait pas trait à un secret du passé profondément enfoui ?

Alors là mes amis, avec ce Resurrected Victims nous avons droit à une véritable bombe, un thriller légèrement surnaturel complexe, qui distille son mystère au compte-goutte, et surtout incroyablement émouvant. Une histoire aux ramifications intenses qui vous fera réfléchir longtemps après la vision, moins pour démêler les fils de l’enquête (qui devient limpide à force de révélations) que pour saisir la portée du récit. Pourtant ce n’était pas forcément gagné. Après une entrée en matière mystérieuse et accrocheuse, le film s’avère si dense et complexe, avec beaucoup de personnages, de zones d’ombre et de nouvelles informations, qu’on a rapidement du mal à suivre, et force est d’avouer qu’on se sent parfois un peu perdu.

Heureusement, le charisme des personnages et l’interprétation des acteurs permettent de rester pris dans le récit, jusqu’à ce que peu à peu, tout doucement, le mystère s’éclaircisse, en même temps qu’il prend des proportions insoupçonnées, qui vont chercher loin dans l’émotion. On ressort de RV : Resurrected Victims le souffle court et les yeux humides, certains d’avoir assisté là à un film rare, aussi passionnant qu’original. Décidément, Korea rules !

Petit détour en salle presse ensuite, je suis intrigué par le film de minuit du jour, A Taste of Life, interdit au moins de 18 ans et annoncé comme « la nouvelle bombe du sulfureux Roland Reber » (un tas de films apparemment provocateurs mais dont je n’ai jamais entendu parlé).

Hé bien j’ai tenu 20 minutes, pas plus, devant ce pensum arty passionnant comme une partie de scrabble avec des autistes, assez moche visuellement et qui branle plus le cerveau que les parties génitales.

Du coup je change de direction et jette mon dévolu sur Vidar the Vampire, comédie noire norvégienne qui narre la morne vie d’un fermier chrétien qui, après avoir accepté Jésus par la fellation (un Jésus qui boit du sang et lui propose des prostituées, il aurait dû se méfier), devient un vampire qui va errer sans but à travers la ville. Nouvelle itération plutôt originale du mythe du vampire, Vidar pèche par une structure très lancinante, en forme d’allers-retours entre le divan de son psy et des flashbacks sur son histoire, qui prône l’ambiance au détriment des péripéties. Ce qui en soit n’est pas une faiblesse, beaucoup d’œuvres fonctionnant très bien en tant que films d’ambiance, mais ici on peine à vraiment s’intéresser en profondeur aux aventures de Vidar, qui découvre le versant pas du tout romantique des suceurs de sang.

Ceci dit, dans sa peinture d’une condition aussi agréable qu’une addiction à l’héroïne, Vidar the Vampire réussit à nous emporter à des lieues des récits de vampire habituels, dans une vision dépressive et mélancolique du concept, porté par une bande originale languissante.

Bref, pas sûr qu’on se souvienne longtemps du film, mais Vidar the Vampire contient quand même de notables qualités, ne serait-ce que sur sa déconstruction du mythe.

Ensuite, c’est l’heure d’une nouvelle baffe russe avec The Scythian de Rustam Mosafir. Décidemment, après Frontier, et en attendant possiblement le film d’horreur The Enveloppe, cette année la Russie revient en force en Belgique.

On se souvient des films de Sergei Bodrov (Nomad, Mongol) qui avaient assez impressionné le monde du cinéma pour que le réalisateur se voit offrir une place à Hollywood (sans grand résultat pour le très mauvais Le Septième Fils), et annonçaient déjà la maitrise slave du film historique bien véner.

Et bien The Scythian confirme toutes ces qualités avec fracas, et bien plus encore, en organisant la rencontre du souffle épique d’un Braveheart (véracité historique comprise) avec la folie visuelle et cette absence de limites propre à la série que n’aurait pas renié le Neil Marshall de Centurion. Méchants comme gentils ont un look incroyable et un charisme phénoménal, souvent à mi-chemin entre barbares à tresses et punks de post-apo, les combats sont sauvages et sanguinaires, on frôle le fantastique avec des personnages tout droit sorti d’un film d’Heroic Fantasy, et une drogue aux conséquences pour le moins violentes, bref on est souvent plus proche de Conan ou des meilleurs passages de Game of Thrones que d’une épopée sage et révérencielle. L’argument historique en plus, puisqu’à quelques détails près, The Scythian raconte bien la transformation d’une époque, lorsque les guerriers scythes ont disparu pour laisser place à une nouvelle civilisation.

Sauf qu’il utilise cet argument comme toile de fond et non comme propos principal, le réalisateur préférant faire passer cette leçon d’histoire par le prisme de l’aventure bourrine, comme le guerrier Lutodor va s’allier avec le scythe trahi Marten pour récupérer sa femme et son nouveau-né, enlevés par la tribu de Marten. S’en suivent paysages magnifiques et bastons sanglantes, le plus souvent en longs plans mouvants qui font la part belle aux prouesse martiales des comédiens. Ca saigne, ça tape, ça hurle, ça révère des Dieux païens, ça laisse pointer une note d’humour, et on en ressort des étoiles plein les yeux et une envie de rugir en sautant d’un cheval sur un barbare vociférant, les deux épées levées. C’aura d’ailleurs été pour l’instant la plus belle et longue ovation du festival.

Du coup, c’est ragaillardi et plein d’énergie que je me dirige vers la séance du chinois Legend of the Naga Pearls, avec l’espoir que ce wu-xia pian nouvelle génération saura nous emporter aussi bien que The Scythian.

Hum… Que dire…

C’est nul. À tous les niveaux, à quelques plans près. Avec ses effets spéciaux dégueulasses, ses acteurs qui cabotinent, ses scènes d’action câblées mal foutues, son montage absolument catastrophique qui rend chaque scène, même la plus simple, illisible, son sidekick animal comique qui pète indigne de la pire production DTV Disney et son histoire inintéressante de tribu d’hommes-oiseaux prenant leur revanche sur les humains, le film de Yang Lei (inconnu au bataillon, et qu’il le reste) semble rassembler le pire de ce dont le cinéma asiatique (ou même le cinéma tout court) est capable.

En même temps, on aurait pu s’en douter, lorsque Stéphane le présentateur nous annonce que le film met en scène le « Kev Adams » chinois (ceci-dit, si Kev Adams se battait aussi bien, j’irai voir plus de ses films). Effectivement, tout est à l’avenant, l’humour est si mauvais qu’il fait rire à ses dépens, et les moments sérieux tellement ratés qu’ils font hurler de rire.

Bref, une sorte de sous-sous-sous Monster Hunt (dont on verra la suite dans quelques jours, et on a hâte) bête comme ses pieds et même pas divertissant, si ce n’est à la limite dans un combat dans une librairie potable sans être exceptionnel. La Corée est là, la Russie est définitivement là, par contre cette année, la Chine on l’attend toujours…

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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