décembre 8, 2022

Le cave se ReBiFFF 2018 – Jour 5

5ème jour au BIFFF.

Ouloulouh qu’il est dur le réveil. Couché à 3h30, et réveillé en avance pour vous écrire le gargantuesque compte-rendu précédent, ça vous épuise un homme. Du coup aujourd’hui on va se la jouer calme.

Heureusement, la journée ne commence qu’à 16h30 avec le très étrange et franchement réjouissant Freehold de Dominic Bridges, qui nous permet d’apprécier le jeu et la silhouette de Javier Botet, enfin débarrassé de ses oripeaux monstrueux habituels (la créature finale de REC, Mama, les fantômes de Crimson Peak, le Crooked Man de Conjuring 2, le monstre d’Hostile, c’est lui).

Dans Freehold (aussi connu sous le nom de Two Pigeons), il interprète Orlan, un homme mystérieux qui… vit en secret dans l’appartement d’un autre homme, Hussein, agent immobilier qui n’a aucune idée que lorsqu’il dort ou quitte l’appartement, quelqu’un d’autre profite de son chez lui. Et plus que profiter, l’intrus s’échine à faire discrètement toutes les crasses possibles à son hôte. Et quand je dis crasse, je parle au premier degré. Crachat dans le bain de bouche, serviette puis brosse à dents dans le derrière, urine sur les couverts… Il change l’heure de son réveil, regarde du porno sur l’ordinateur de sa copine, envoie des dick pics à son patron, bref, un bel enfoiré qui s’amuse beaucoup, même s’il vit le reste du temps dans les murs ou sous le lit.

Film bizarroïde à mi-chemin entre thriller et comédie noire, Freehold déroule un rythme lancinant, une mécanique progressive qui se transforme peu à peu en machine infernale, d’abord pour le spectateur, puis bientôt pour Hussein lui-même qui finit par comprendre que quelque chose ne tourne pas rond. Rapidement, le film devient assez fascinant, hypnotisant même, dans sa structure en leitmotiv qui glisse peu à peu vers quelque chose de dangereux. Et pourtant on finit par se prendre de sympathie pour l’intrus, tant il semble évident que son regard triste et son physique décharné cache un passif traumatisant.

Si Freehold finit par être un peu sur-explicatif dans sa dernière bobine, et ne va pas jusqu’au point de non-retour qu’on aurait aimé le voir atteindre, c’est une sacrée expérience qui fait autant rire qu’elle met mal à l’aise, avec une petite pointe d’émotion qui prouve que Javier Botet, comme Doug Jones dans le même genre, n’est pas qu’une silhouette bonne à interpréter des monstres.

(ah, et à noter, si vous pensiez le point de départ sorti de l’imagination fertile d’un scénariste farfelu, l’histoire est inspiré d’un fait divers réel, une femme ayant vécu 3 ans derrière le frigo d’un appartement à Hong Kong. On parie que vous allez regarder sous le lit tous les soirs ?)

Il nous reste 3 heures avant la prochaine séance en salle 1, et pour une fois, plutôt que d’utiliser tout le temps disponible pour enfourner des films, on décide de se poser et d’aller faire un tour. Hé ouais, c’est comme ça, des fois faut relâcher la pression (ou plutôt, Bruxelles oblige, reprendre une pression).

Du coup on part se balader près du Manneken Pis, une gaufre de Liège géante en guise de goûter tardif, et puis je reviens faire un tour au coin librairie du BIFFF, où le stand de l’éditeur SEMA a pris ses quartiers (avec quelques-uns de nos bouquins en plus).

Et puis 20h30 sonne, et il est temps de se diriger vers la projection de Crooked House du français Gilles Paquet-Brenner (l’intéressant les Jolies Choses avant de s’engluer dans Gomez & Tavarès et des navets ricains). Adapté du roman La Maison biscornue d’Agatha Christie, le film est effectivement tout ce qu’on pourrait attendre de la part de la romancière, tordu, retors, surprenant, avec une pointe d’humour noir.

Le scénario et les dialogues qui vont avec sont d’ailleurs le principal intérêt d’un film constamment tiré vers le bas par une réalisation (et un montage) au mieux inodore, au pire franchement bancal. Dans ses meilleurs moments, Crooked House ressemble à un épisode des Enquêtes d’Hercule Poirot, le budget en plus. Dans ses pires, à un film réalisé à tâtons par un étudiant en cinéma, qu’un monteur dépassé par les événements a essayé de récupérer sans grand succès.

Dans sa première moitié, le film pédale donc constamment dans la semoule, le réalisateur étant incapable de donner de l’énergie à un scénario principalement basé sur des têtes à têtes dialogués et une suspicion de tous les instants qui aurait bien besoin d’être soutenue par le cadre et le montage. Heureusement, grâce à l’histoire en elle-même, aux dialogues et aux personnages, Crooked House se débloque à mi-parcours lors d’une scène de repas familial assez anthologique, et arrive à passionner malgré sa réalisation.

Il faut dire que le casting trois étoiles réuni par Paquet-Brenner aide grandement à l’identification et à l’attachement du spectateur. Pensez-donc, Glenn Close, Christina Hendricks, Terence Stamp, Julian Sands, Gillian Anderson, plus les moins connus mais excellents Max Irons (Les Âmes vagabondes) et Stefanie Martini, le tout avec une des histoires préférées de son auteurs, et des dialogues aux petits oignons, il y a de quoi se suffire à soi-même.

Au final, même si l’on a tôt fait de découvrir le pot aux roses si on a un peu d’expérience en la matière, on accroche facilement au film, et on est surtout passionné, voire touché, jusqu’au bout par cette famille hautement dysfonctionnelle aux conflits larvés et aux frustrations destructrices.

Enfin, on finit cette petite journée reposante (aussi grâce à la qualité des films) avec un gros gros morceau qu’on n’attendait pas, le Frontier du russe Dmitriy Tyurin.

On a de plus en plus l’habitude de parler du cinéma de genre slave, et notamment de leurs blockbusters qui finissent par rivaliser d’audace et de gigantisme avec les plus gros films hollywoodiens. Et si l’on se retrouve parfois avec d’énauurmes flans bien lourds et bordéliques comme Nightwatch ou le récent Guardians, on découvre aussi régulièrement d’excellentes propositions comme Métro, qui marchait sur les plates-bandes de Daylight, et Attraction, l’étrange film d’invasion extra-terrestre vu l’année dernière dans ce même festival.

C’est encore le cas avec Frontier, qui en plus de proposer un spectacle gargantuesque et des personnages attachants, se permet de rendre hommage à l’histoire du pays, et au sacrifice des soldats russes lors de l’opération Iskra pendant la seconde guerre mondiale qui chercha à casser le siège de Leningrad. Ici, cela passe par l’accident bête qui envoie Mikhail, businessman arriviste qui cherche à monter un chantier sur un site archéologique, en pleine seconde guerre mondiale. Spectateur impuissant, il devra profiter de ces multiples visions et allers-retours pour en savoir plus sur sa propre famille, et peut-être sauver de son coma l’étudiante rebelle qui était avec lui lors de l’accident.

Sur un postulat de voyage dans le temps assez sympathique, terrain de jeu parfait pour des effets visuels très originaux, le réalisateur brode une véritable odyssée intimiste qui envoie cet anti-héros cynique et sans scrupule, qu’on ne peut pourtant pas s’empêcher de trouver sympathique, sur les traces de son passé, une aventure qui va le forcer à remettre en cause ses certitudes et ses convictions.

En plus d’aborder un sujet pareil avec beaucoup de légèreté et d’humour (il faut voir  ce type en costard-cravate crapahuter dans les tranchées au milieu des soldats, d’abord perdu, puis ne se laissant pas abattre et réfléchissant à haute voix sur la marche à suivre pour rentrer chez lui), Dmitriy Tyurin se permet un travail visuel somptueux sur les couleurs et leur signification, organisant de cette manière un parallèle entre le passé et le présent, mettant face à face les mêmes touches de violet, rouge, vert, dans les séquences de guerre et les séquences urbaines, pour un résultat non seulement magnifique, mais qui donne une véritable plus-value à l’ambiance et aux thématiques du film.

Et comme si ça ne suffisait, et même s’il arrive parfois que le film se jette les pieds dans le plat avec de gros sabots en termes de lyrisme, Frontier arrive régulièrement à distiller une émotion, à la fois intime et historique, qui nous fait nous attacher encore plus à ce récit enlevé.

Bref, encore une sacrée réussite pour la Russie, qui commence à peser dans le game du blockbuster intelligent.

Sur ce, je vous laisse, on repart sur des chapeaux de roue dans les jours qui viennent, en attendant délectez-vous de cette vidéo spéciale peinture sur corps nus, puisqu’hier avait lieu la compétition de Body Painting en plein milieu du festival.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=rn_Bk0-CNNw[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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