octobre 5, 2022

Le Cave se ReBiFFF 2018 – Jour 3

Jour 3. Ca y est, on s’est bien chauffé, maintenant on est prêt à engloutir des films à la douzaine !

En espérant que la qualité soit enfin au rendez-vous, car à part le très bon Survival Family et le très sympathique Double Date, tous les films visionnés ont eu jusque-là un petit quelque chose qui nous a fait tiquer, et les a empêché d’être de franches réussites.

C’est pas gagné avec ma première partie de journée en salle presse.

Forcément, avec deux salles de projection et huit films par jour, il faut faire des choix, et on doit ensuite rattraper (ou anticiper) son retard devant son petit écran, le casque sur les oreilles.

Je commence donc avec What the waters left behind, un survival argentin qui s’annonce hardcore, et confirme qu’après Belzebuth et Terrified, et en attendant Trauma et Luciferina, le cinéma de genre sud-américain a définitivement investi le BIFFF 2018. Pas forcément pour le meilleur malheureusement.

Pourtant le pitch, qui voit une équipe de tournage réaliser un documentaire sur un village dévasté par une crue soudaine 15 ans auparavant et se retrouve avec une famille de consanguins aux basques, avait de quoi allécher le chaland. Hélas, trois fois hélas, What the waters left behind confirme ce que l’on peut trouver de pire dans le genre, se révélant n’être qu’un piètre torture-porn qui attend plus d’une heure pour dérouler ses péripéties, et ne propose rien d’autre que les habituelles vociférations de cabotins et autres protagonistes caractérisés à la truelle, avec station-service poisseuse tenue par une famille de dégénérés en entrée et twist final faisandé pour terminer le calvaire.

Pire que ça, le réalisateur semble tellement n’avoir rien à raconter qu’il étire ses scènes et ses plans (surtout les moins intéressants) jusqu’à l’écœurement. Et pas les plans de torture avec filles qui hurlent pour nous mettre mal à l’aise, non, non, plutôt les plans avec des gens qui marchent ou avec une voiture qui roule. Passionnant.

Et comme si ça ne suffisait pas, les montages visuels et sonores sont si chaotiques, parsemés de ruptures invraisemblables, qu’ils semblent avoir été fait avec un générateur automatique. Bref, à part une belle utilisation des décors naturels dévastés d’une véritable ville fantôme détruite par les inondations, qui donne lieu in extremis à quelques plans somptueux, rien de bien savoureux à se mettre sous la dent, le gore jouissif et outrancier est pour l’instant absent du festival.

J’espère me consoler avec le coréen The Nightmare, décrit comme un mélange d’Under the skin et Prémonitions (celui avec Robert Downey Jr), ou encore un Inception dans les cauchemars. Un « véritable mindfuck, petit bijou exigeant qui divise les spectateurs mais ne laisse pas indifférent ».

Et ben mon cochon.

Je n’ai pas réussi à le finir, voyant qu’il ne se passait toujours rien, et que le récit embrouillé et opaque ne menait à rien de précis et ne construisait en aucun cas une atmosphère proche du rêve ou du cauchemar, matière à fucker notre mind comme on nous avait promis. Alors qui ne laisse pas indifférent… c’est vite dit.

Pourtant, cette histoire de père endeuillé par la mort de sa fille qui perd pied peu à peu, se réfugie dans le tournage de son film (il est réalisateur), et est censé s’égarer dans le rêve qu’il a créé avait de quoi attiser la curiosité, mais j’avoue avoir lâché prise quand rien de concluant ne s’était déroulé après plus de 40 minutes de film.

Il y a tant de choses à voir, après avoir subi What the waters left behind pendant 1h40, plus le temps de souffrir.

Je passe donc à Ruin Me, premier long de Preston DeFrancis et produit par Jinga Films (déjà responsable de l’incroyable Tonight she comes vu l’année dernière au BIFFF, et du très sympathique Still/Born vu à Cannes la même année), qui voit un couple rejoindre un groupe d’inconnus pour ce qu’ils attendent être un événement ludique exceptionnel, et un Escape Game gigantesque en pleine nature : Slasher Sleepout. Mi jeu de piste, mi maison hantée, l’expérience promet d’être intense et ils ont même dû signer un formulaire autorisant l’équipe à les brutaliser. Aussi, quand les détails étranges s’accumulent, tout le monde se demande si c’est du lard ou du cochon, un élément du jeu ou un grain de sable dans les rouages.

Après le très sympathique Escape Room du BIFFF 2017 et l’exécrable Escape Room vu à Gérardmer en Janvier (si mauvais qu’on n’ose même pas vous en parler), Ruin Me vient confirmer que l’Escape a le vent en poupe dans le 7ème Art, qui a su capitaliser sur la cinégénie du concept.

Plutôt plaisant à suivre, avec des personnages charismatiques et attachants, et de bonnes trouvailles scénaristiques, il fait pourtant partie de ces films à qui il manque cruellement une dose de folie et d’exubérance pour se démarquer du tout-venant. Se reposant un peu sur les lauriers de son concept initial plutôt excitant, qui sait laisser planer un certain mystère, il se perd un peu dans sa seconde partie, faute de coups de théâtre dignes de ce nom pour relancer l’intrigue. Jusqu’à une révélation finale qui ramène le film sur des rails très proprets et « simples », bien que loin d’être inintéressants.

Ceci-dit, le principe même de construire le film comme une grande Escape Room dans laquelle personnages comme spectateurs n’ont aucune idée d’où se situe la frontière entre le jeu et la réalité, et si les péripéties sont programmées, ou l’œuvre d’une tierce partie, fait de Ruin Me une pelloche très agréable, d’autant qu’elle profite de son intrigue pour diffuser un sous-texte et une réflexion finalement pas si idiote sur l’addiction.

Et contrairement à Still/Born, il ne dévoile pas ses cartes avant la toute fin et laisse planer le doute sur la véracité de l’aventure pendant toute la durée du film, un atout non négligeable en ces temps de concepts bandants finalement sous-employés.

Nous nous dirigeons enfin vers les salles pour The Year of the Plague de Martin Ferrera, tiré du best-seller éponyme de Marc Pastor. Et mes loulous, je tiens à vous dire que si ce livre a été un succès en Espagne, ça ne peut être que parce que les hispaniques n’ont jamais vu une seule version de Body Snatchers (et pourtant il y en a un paquet).

El Ano de la Plaga, avec ses eucalyptus extraterrestres remplaçant les êtres humains par une réplique à leur image mais sans émotion, est tout simplement un plagiat éhonté du roman de Jack Finney qui donna naissance aux quatre films sur les Body Snatchers (cinq si on compte l’hommage de Faculty), la réflexion en moins (ou à peine) et le héros cinéphiles (sans que ça ait le moindre intérêt dans l’histoire) en plus.

On peine réellement à garder l’œil ouvert tant se dégage du film une absence de tension et d’investissement pour la situation. Le réalisateur semble incapable de nous faire ressentir le danger qui menace, cette contamination qui s’étend, et laisse s’étioler un récit déjà pas bien passionnant dans une accumulation de détails et de pistes molles.

Une ou deux scènes miraculeusement intenses, lorsque les personnages confrontent leurs sentiments humains au stoïcisme émotionnel de leurs envahisseurs, tirent leur épingle du jeu, et donnent un regain d’intérêt au long-métrage, mais c’est bien trop peu pour empêcher la torpeur devant ce film d’invasion qui souffre d’un manque d’ambition et d’ampleur qui empêche l’implication du spectateur. On a qu’une hâte, que ça finisse, et on se rend compte que 96 minutes, parfois, ça peut être très long.

Heureusement on remonte la pente avec How to talk to girl at parties. Présenté à Cannes il y a quasiment un an, le film de John Cameron Mitchell adapte une nouvelle du déconneur Neil Gaiman et décrit la rencontre entre un jeune punk et une extraterrestre aux coutumes étranges dans le Londres des années 70. Une sorte de Roméo et Juliette sous acide mais toujours émouvant dans sa démarche de confronter un mode de vie équilibré mais rigide, à l’effervescence anarchique de l’adolescence rebelle. Le tout au son des Clash, Slits, Ramones, et autres égéries du mouvement punk.

Naviguant aux frontières de l’absurde avec ses extraterrestres colorés qui ressemblent à des mannequins dans un défilé art-déco, How to talk to girls at parties arrive à trouver un superbe équilibre entre un humour débridé et une poésie à fleur de peau, créant un parallèle entre les troubles adolescents, cette volonté de vivre empreinte de liberté face au monde figé des adultes, et l’expérimentation de véritables voyageurs de l’espace sur Terre, société très codifiée dont les plus jeunes membres essaient de s’émanciper.

Pour Zan (Elle Fanning qui a enfin sorti son balai de là où elle l’avait rangé et s’en donne à cœur joie), cela va passer par la découverte de l’amour bien sûr, mais aussi de la musique punk, symbole d’une énergie anticonformiste farouche.

Après un passage « serious business » avec Rabbit Hole, John Cameron revient au cinéma déjanté et rebelle qui l’a fait connaître, et l’on retrouve dans How to talk to girls at parties ce qui faisait le sel d’Hedwig and the angry Inch et Shortbus, cette fois adapté au grand public.

Il convoque pour l’occasion, en plus d’Elle Fanning, un parterre de jeunes acteurs très prometteurs (Alex Sharp, le héros principal, en tête), et une Nicole Kidman absolument déchaînée en punkette sur le retour, tiraillé if de reconnaissance et son aigreur de « trve » déçue par ses anciens acolytes devenus selon elle des vendus pour accéder à la célébrité.

Tout ça crée un grand maelstrom d’émotions et de rire qui a fait applaudir toute la salle du BIFFF pendant 30 bonnes secondes. Et dans un festival où on a tôt fait de déconner plutôt que de s’investir, ça veut bien dire que le film était réussi.

Enfin, nous finissons la journée complètement crevés mais encore motivés avec le bien nommé Mon Mon Mon Monsters (oui, c’est une référence à Scooby doo) du taiwanais Giddens Ko.

Quand avez-vous été émus par un monstre pour la dernière fois, quand vous êtes-vous identifié, avez compris les motivations, avez failli pleurer pour un monstre ? Et je ne vous parle pas des monstres gentils du Seigneur Del Toro, des freaks qui sauvent le monde ou baisent sous l’eau, non, les vrais monstres. Les créatures sanguinaires et terrifiantes, avides de chair fraîche, qui en frayant parmi les hommes vont découvrir qu’il y a dans l’humanité des êtres pires encore, incapables de se réfugier derrière un statut animal pour justifier leurs actes.

C’est ce qui va arriver avec Mon Mon Mon Monsters et son groupe de bully lycéens découvrant une goule dans un bâtiment en ruine. Pas vraiment effrayés après une première rencontre flippante, ils vont la séquestrer, l’humilier, et la torturer avec autant d’entrain qu’un gamin sadique armé d’une loupe et d’une fourmilière. Et au milieu des psychopathes en puissance (dont le pire est certainement Ruen-hao, compensant un père en prison et une mère prostituée), Shu-wei leur ancien souffre-douleur jongle entre son désir d’être intégré, quitte à devenir bourreau à son tour, et l’empathie qui le prend pour la pauvre créature qui l’a remplacé.

Et tout ce que ce petit monde oublie quelque peu à force de s’amuser, c’est que la grande sœur de la goule est à leur recherche, et risque de faire couler pas mal de sang sur son passage.

On retrouve avec Mon Mon Mon Monsters cette propension des asiatiques à mélanger dans un même film, parfois dans la même scène, des ambiances diamétralement opposées, de changer de ton parfois d’un plan à l’autre, passant de la terreur pure à un humour très potache, d’une séquence de carnage à une autre très émouvante. Ceux qui attendaient un vrai film de monstre hardcore seront déçus, s’il y a énormément de sang déversé, l’horreur est suggérée la majeure partie du temps, et le sel du film reste dans cette situation qui se dégrade lentement, les jeunes écoliers se révélant de pire en pire à mesure qu’ils s’amusent avec leur captive et découvre les propriétés de son organisme et de son sang. Si le film est un peu long et pèche légèrement par un ventre mou à mi-parcours, il arrive à nous tenir assez en haleine pour finir par nous prendre au cœur, les asiatiques, comme à leur habitude, n’hésitant pas à verser dans le plus profond nihilisme pour parler d’un sujet de société préoccupant.

Un film dont l’ambiance délétère et le désespoir laissent des traces après la projection, et qui pourtant arrive régulièrement à faire passer un bon moment avec des séquences humoristiques fort bien trouvées. Bref, un film qui aurait pu être difforme et qui s’avère foisonnant.

Allez, je vous laisse, je finis ce compte-rendu en catastrophe car on est rentré tard hier soir (et à pied, y’avait plus de tram…), et je file dans l’enceinte du festival, c’est encore une grosse grosse journée qui nous attend.

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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