novembre 30, 2021

Le Cave se ReBIFFF 2018 – Jour 1

Eeeeeet c’est parti !

Le BIFFF a commencé, dans toute sa démesure belge, au son des « Welcome » tonitruants d’un public enflammé et des monologues endiablés de l’éternel Stéphane, maître loyal officiel autant que chauffeur de salle du festival.

Beaucoup de nouveautés cette année au programme. Si la sélection conserve son affection habituelle pour les thrillers asiatiques, l’horreur hispanique, et la nouvelle vague de cinéma de genre russe, les lieux même du festival ont encore changé par rapport à l’année dernière. Le Body Painting a droit à sa séance spéciale, et le hall accueille maintenant un concours d’art plastique, les Q&A se font dans la salle du village (au milieu des spectateurs en train de picoler, ça va être joyeux), le coin littéraire a changé de place et doublé de volume, laissant la sienne à une « Game Madness Zone » remplie de jeux vidéo et de société, le Fantasy & Manga Market fait son retour, le Bal des vampires a lieu directement au Bozar (ça va être drôle), le festival s’enorgueillit d’un espace de Réalité Virtuelle et d’une expo en réalité augmentée, bref c’est une véritable ruche cinéphage qui a pris ses quartiers au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (vous inquiétez pas, on vous ramène des images).

Mais trêve de bavardage, on est quand même là pour voir des films, et si le festival démarre en douceur, tant dans le nombre de séances que dans la qualité des projections, on en a vu des pelloches.

On commence avec Gintama de Yûichi Fukuda (que les plus déviants d’entre vous connaissent forcément puisqu’il est responsable de la série Hentai Kamen et son super-héros avec un slip sur la tête). Gintama ne vous dit peut-être rien, mais c’est un shonen culte au Japon (comme beaucoup de shonen au Japon vous me direz) et occupe la cinquième place des mangas les plus populaires, juste derrière One Piece, Naruto, Bleach et Fullmetal Alchemist. Depuis sa création en 2003, il a eu droit à plus de 70 tomes, plusieurs OAV et films d’animation, un anime toujours en cours de diffusion, et maintenant donc un film live (et à l’heure où je vous parle, ce même film a eu droit à une mini-série, et une suite à sortir cet été au Japon, c’est dire s’ils ne s’arrêtent plus).

Et force est de constater que les japonais, pourtant spécialistes en la matière, ont rarement réussi à rendre aussi bien les expressions, l’esthétique, l’ambiance propre aux animes dans un film live. Tout y est, jusqu’aux personnages façon animaux improbables et autres effets visuels outranciers à base de gros plans au ralenti sur des visages tuméfiés lors des baffes.

Un festival de l’absurde qui va très loin dans son concept, en se prenant si peu au sérieux que, non content de faire de multiples références hilarantes à des mangas cultes comme Naruto, One Piece ou les films de Miyazaki (ce sont les seuls que j’ai capté, mais les aficionados en repèreront sans doute beaucoup d’autres), il a totalement conscience de son statut d’œuvre de fiction adaptant un autre support. Jusqu’à se rendre compte qu’un personnage kawaii d’anime ressemble plus à un mec en costume flippant en live, ou se demander jusqu’à quel point ils peuvent citer un autre film sans risquer de représailles.

Le canevas de départ lui-même, dans lequel des aliens ont envahi le Japon des samouraïs, créant une espèce de feodal-punk, est déjà une ode à la folie pure, et le film ne cessera de suivre cette ligne de conduite, avec tant d’assiduité que Gintama ressemble souvent plus à un collage de séquences non-sensiques qu’à un véritable film avec une structure scénaristique claire, peu aidé en cela par un récit chaotique et assez opaque. Résultat, lorsque le film s’éloigne de la pochade cartoonesque pour tenter le premier degré, il échoue et le rythme retombe comme un soufflé raté.

Pourtant, Gintama reste un chouette objet complètement délirant, à montrer à tout mangaka qui se respecte.

Deuxième film de la journée, Jungle de Greg McLean (La franchise Wolf Creek pour les deux du fond), adapté du bouquin éponyme (et donc de l’histoire vraie) de Yossi Ghinsberg, un aventurier israélien qui se retrouva perdu dans la jungle bolivienne pendant 3 semaines en 1981. À l’écran, c’est un Daniel Radcliffe habité et au très bel accent qui crapahute dans la forêt amazonienne, allant de courage en désespoir, d’extraction de ver à la pince à épiler en hallucination exotique.

Comme de coutume (si l’on excepte son Wolf Creek 2 qui démarrait sur des chapeaux de roues pour ne plus jamais s’arrêter) McLean prend énormément de temps pour faire monter la sauce, pour présenter ses personnages et nous laisser nous attacher à eux, et il se passe une bonne heure de randonnée de groupe avant qu’Harry Potter se retrouve livré à lui-même. Et comme de coutume, le procédé est aussi intéressant et efficace pour l’empathie qu’il trouve ses limites dans son déséquilibre rythmique.

Le concept de base reposant sur un « one-man show » seul face à la nature, il aurait gagné à moins s’appesantir sur les circonstances de l’aventure et les relations entre Yossi et ses compagnons d’infortune (dont Thomas Kretschman et Alex Russel, vu dans Chronicle et le remake de Carrie), et se concentrer plus sur le parcours du combattant du héros en lui-même, quitte à raccourcir un film qui tutoie quand même les deux heures. Au final, s’il reste assez passionnant et prenant (surtout quand on pense que l’enchaînement d’événements invraisemblables qui s’accumulent sur la tête de Yossi est rigoureusement authentique), Jungle tombe un peu dans les mêmes travers que le The Revenant d’Innaritu, qui promettait un survival minimaliste mais se perdait trop souvent dans des histoires parallèles un peu bavardes.

Ceci dit, la puissance du propos et l’intensité de certaines scènes, autant visuellement que psychologiquement, emportent le morceau. Si Jungle n’est pas le survival minimaliste définitif attendu, il est pour l’instant ce qui s’en rapproche le plus, faisant passer Bear Grylls pour un promoteur immobilier passant ses vacances à La Bourboule.

Enfin, on finit ce premier jour avec le bien nommé Belzebuth d’Emilio Portes, plus connu au Mexique pour ses comédies, et qui met ici les pieds dans le plat avec un film satanique bien poisseux qu’on croirait parfois sorti des années 70. Si le réalisateur n’a pas pu présenter son film lui-même pour cause de blessure, l’introduction parle d’elle-même, puisqu’un inspecteur fraîchement papa voit son nouveau-né poignardé à coup de scalpel avec tout le reste d’une maternité par une sage-femme possédée.

Un départ bien cruel, visuellement sobre (tout est basé sur le hors-champ) et assez percutant, pour un film fantastique qui pendant longtemps joue sur la suggestion, avec une accumulation d’événements horribles, surface d’un iceberg bien plus imposant, bien plus mystérieux et bien plus terrifiant. Cette histoire qui voit le Malin essayer continuellement d’assassiner le nouveau Messie fait les choses bien, en jouant constamment avec les ambiances archétypales de ce genre de pellicules, jaunes poisseux en contre-jour, lumières glauques sur églises abandonnées et autres rouges fiévreux dans des tunnels étouffants. Mieux encore, Belzebuth prend bien garde de faire se débattre dans cette ambiance de fin du monde des personnages attachants, aux réactions crédibles, et qui créent une véritable dynamique de groupe, entre l’enquêteur du paranormal très pieux, le flic meurtri assez sceptique, croyant uniquement parce que « au Mexique, on est tous obligés d’être croyant », l’adjoint rondouillard mais efficace, ou encore le prêtre défroqué mystique recouvert de tatouages quasi sataniques. Et pour parfaire le tout, le réalisateur s’adjoint les services du toujours impressionnant Tobin Bell, éternel Jigsaw de la saga Saw, qui trimballe tellement bien sa silhouette ambivalente au long du film qu’on ne sait plus à quel saint se vouer.

Bien malheureusement, le film s’essouffle un peu dans sa seconde partie en cédant aux sirènes du grand spectacle, et à la tentation d’un scénario bordélique qui jusqu’ici se contentait d’être d’une linéarité implacable. Si Belzebuth se permet des trouvailles assez bienvenues, ainsi qu’une légère réflexion sur la religion, tenter une scène casse-gueule au possible où une statue du Christ possédée par le démon en CGI converse avec les héros, ou un final assez grand-guignolesque sur fond d’exorcisme hardcore, n’est pas pour l’aider à tenir le cap jusqu’au bout, et le spectateur se surprend à trouver parfois le temps long dans le dernier tiers du métrage.

Ceci-dit, Belzebuth reste tout de même une bonne pelloche, armée de scènes glaçantes et d’une ambiance délétère assez saisissante.

Bon, c’est bien beau tout ça, c’est très bien pour un démarrage en douceur, mais maintenant on veut de la tuerie, et que ça saute !

Après quelques images glanées exprès pour vous dans le festival, une petite balade près du Manneken Pis et une belle barquette de frites, on rentre au bercail, histoire d’être en forme pour le lendemain (aujourd’hui donc, à l’heure où vous lisez ces lignes).

Au programme du premier jeudi du festival pour nous, le Double Date raté au YAOP, Survival Family et son début d’apocalypse zombie au Japon, et le terrifiant Terrified argentin.

Vivement !

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=ibnC8lR5xGM[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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