septembre 27, 2022

Le Cave se ReBiFFF – Jour 3

Et c’est parti pour une troisième journée au BIFFF !

Journée qui va essentiellement se passer en screening room pour ma part, tant il y a de films que je ne pourrais voir que par ce biais.

À vrai dire la seule séance qui m’intéresse en salle est celle du polar espagnol La Colère d’un homme patient qui a lieu à… 20h30.

J’ai donc jusque-là pour me gorger de films en salle presse.

Et je commence par terminer Tonight she comes, que j’avais commencé la veille.

Vous vous souvenez les articles qui disaient que des spectateurs s’étaient évanouis à la projection de Grave à Cannes, et qu’aux USA on distribuait des sacs à vomis à l’entrée des cinémas ? J’ai trouvé le film qui va avec.

Tonight she comes est une pelloche sortie de nulle part et proprement incroyable (et difficilement descriptible si on en veut en garder tout le sel, mais je vais essayer). Malgré son canevas initial qui semble ultra-classique avec ces garçons obsédés rencontrant des filles peu farouches près d’une cabane en bois dans la forêt, le film de Matt Stuertz était annoncé comme « un film qui va vous emmener là où vous n’avez jamais été ». Formule galvaudée qui s’avère pourtant entièrement vraie !

Tonight she comes n’est jamais où on l’attend, change diamétralement de direction toutes les 20 minutes, et se paie le luxe d’un ton en équilibre entre sérieux extrême et second degré assez déstabilisant. Une critique du film l’a décrit comme un croisement entre It Follows et Cabin Fever. Si les références, sont un peu abusives (seuls un ou deux éléments précis font penser aux films cités), on retrouve effectivement deux versants opposés, l’un dense et mystérieux, l’autre beaucoup plus frondeur et démonstratif.

D’un côté, tout le traitement sonore et visuel du film est réalisé avec un sérieux papal. L’image est sale mais le cadrage soigné, l’environnement musical à base de nappes électroniques (peut-être ce qui a fait penser à It Follows) angoissant, et les effets sonores particulièrement travaillés (et peu ragoûtant donc).

De l’autre, les situations décrites sont parfois tellement absurdes, grotesques ou grandiloquentes qu’on se demande si on n’est pas au final devant une parodie ou un délire de sale gosse. De nombreuses scènes valent leur pesant de cacahuètes niveau nausée provoquée, et s’il n’était le ton très premier degré de la réalisation, on aurait tôt fait d’éclater de rire.

Et pourtant ici rien n’est jamais pris à la légère, si les situations sont (plus ou moins) drôles, le traitement est sans condescendance, ce qui crée un film complètement fou, sans concessions, et très éprouvant, où l’on se demande constamment « dans quoi je me suis embarqué… »

Au final, encore plus que des références directes ou une toile de fond historique, Tonight she comes est ce qui se rapproche le plus du cinéma des années 80 dans sa réalisation léchée, sa liberté de ton et son envie de ruer dans les brancards.

Un must see !

Difficile après de revenir à la réalité, je reste donc sur une autre valeur sûre du cinéma actuel après le thriller espagnol : le thriller coréen.

En l’occurrence le film de vengeance, genre en soi, avec Missing You. Un genre que connaît bien la Corée, et qui nous a déjà donné de petits chefs-d’œuvre en la matière avec Old Boy ou J’ai rencontré le Diable. Si Missing you, avec son histoire alambiquée et sa structure parfois un peu fragile, n’en atteint jamais l’intensité, on peut au moins lui donner le mérite de l’originalité.

Missing you raconte l’histoire de Hui-Ju, qui toute petite a vu son père assassiné par un serial killer notoire qui ne sera emprisonné que pour l’un de ses nombreux crimes, et attend 15 ans la libération du meurtrier pour lui concocté une vengeance à sa façon, tout en ayant basculé dans un autisme protecteur. Mais elle va bientôt découvrir que le sadique Kim n’est peut-être pas le seul monstre à sévir.

On retrouve dans Missing you beaucoup d’éléments habituels du cinéma coréen. Une noirceur désespérée, un lyrisme dramatique faisant écho à une violence douloureuse, et un peu comme dans le film de Kim Jee-Woon une vision un peu fantasmée et terrifiante d’un pays rempli de serial killers en puissance.

Si Missing you ne décolle jamais vraiment, malgré des passages vraiment réussis, un jeu du chat et de la souris sadique et quelques scènes troublantes, c’est peut-être aussi parce que le thriller coréen commence à devenir trop habituel, au risque de tourner en rond. Et si le film se laisse suivre sans déplaisir jusqu’à une fin plutôt glaçante, on se prend à penser que le pays du matin calme devrait essayer de se renouveler, car en l’absence de réelle nouveauté, leurs thrillers nécessite un talent d’orfèvre, que Hong-Jin Mo, dont c’est le premier film, n’a peut-être pas encore.

Retour aux Etats-Unis ensuite avec Monolith, qui contrairement à ce que son nom indique n’est pas un spin-off de 2001, mais confronte Katrina Bowden (American Pie 4, Piranha 3DD) à une voiture intelligente et blindée dans lequel son marmot s’est malencontreusement enfermé. Une situation qui est déjà passablement ennuyante, et qui se complique encore plus quand on sait que le dite voiture est arrêté en plein milieu du désert, et que le désert, c’est chaud.

Avec son pitch conceptuel qui promettait une tension constante, Monolith aurait pu être un nouveau modèle de série B angoissante, seulement le scénario trop léger et inconsistant tire constamment le film vers le bas. À force de réactions absurdes, de situations peu crédibles (une voiture aussi perfectionnée n’aurait pas d’air conditionné automatique en cas de forte chaleur ?) et de choix scénaristiques discutables, si le spectateur ne s’ennuie pas, il se désintéresse un peu de ce qui se passe sur l’écran.

On imaginait l’héroïne essayer tous les stratagèmes et naviguer de nouveaux problèmes en nouveaux problèmes en essayant de pénétrer dans la voiture, mais pour faire passer le temps le réalisateur semble préférer la faire soliloquer, rassurer son gamin resté cuire à l’intérieur, se balader en plein désert pour chercher de l’aide, ou imaginer ce qui pourrait se passer (quand elle ne s’endort pas carrément).

Donner un surplus d’émotion pour s’identifier au personnage et à l’horreur de la situation était une bonne idée, encore aurait-il fallu le faire de façon plus appliquée, et surtout pas au détriment de son concept original alléchant. En l’étant, Monolith est loin d’être désagréable, mais s’avère totalement anecdotique, comme les dizaines de petit film qui sortent chez nous en dvd dans l’anonymat.

Jusqu’à un final qui plonge complètement dans la SF (reprise du thème de Terminator à l’appui !) et qui nous demande de suspendre haut notre incrédulité, tout en filant la banane par son ton totalement improbable.

Bref, à voir pour passer le temps si vous avez l’occasion.

Autre film conceptuel tendu comme un string neuf, The Chamber nous vient du Royaume-Uni, et coince un conducteur de sous-marin islandais et quatre militaires américains dans le dit appareil au fond de l’océan, après une mission de récupération et une suite de mauvaise décision. Et on le sait bien, rester confiné sous l’eau sans grand espoir d’être secouru, non seulement c’est dangereux (merci Captain Obvious), mais ça fait peur, et on a vite fait de devenir complètement claustro. D’autant que l’eau monte tout doucement dans le véhicule et qu’on n’a donc pas toute la journée devant nous.

Les « films de personnages coincés dans un endroit et qui voudrait bien en sortir », on connaît, de Buried à Cube en passant par Appolo 13. Le film de sous-marin, on connaît aussi, que ce soit K-19, U-571 ou USS Alabama, ça fout aussi bien les miquettes quand on n’aime pas les espaces clos. Et bien The Chamber prend le parti de mixer les deux, et ça marche plutôt bien.

Bien sûr, le champ d’action est à la fois assez limité et trop peu exiguë pour permettre une réalisation originale, et on se retrouve avec des plans plutôt… ben plan-plan quoi. Ceci dit, en pareil cas, on n’a pas forcément besoin d’esbroufe, et l’acuité du montage allié au jeu des acteurs permet logiquement de capter l’attention du spectateur.

Ici, la plus grande qualité du film est aussi son plus grand défaut. En prenant énormément de temps pour placer l’intrigue, présenter les rapports de force entre les personnages, et dérouler les événements qui amèneront à la catastrophe initiale, le réalisateur Ben Parker permet une meilleure identification du spectateur, mais tard aussi à dévoiler ses cartes et son concept principal. Il faut attendre 45 bonnes minutes pour que les protagonistes se retrouvent en situation délicate, sur un film qui ne dure qu’une heure et demi. Ce qui laisse à la fois peu de temps pour dérouler les péripéties, et en même temps évite au scénario de devoir faire du remplissage.

Au final il s’agit plus d’une confrontation d’ego en milieu confiné que d’une accumulation de soucis à la sauce Scorpion, et ça marche plutôt pas mal, auquel s’ajoute le plaisir d’acteurs investis, notamment un sosie de Gilles Lellouche et un autre de Zack Snyder (si si, vérifiez sur le net, il s’agit de James McArdle et Elliot Levey).

Enfin, je me dirige en salle 1 (quand même, on est là pour aller au cinéma que diable) pour la séance de La colère d’un homme patient (Para Tarde la Ira) de Raul Alevaro, dont c’est le premier film après avoir fait l’acteur de bien belle façon dans Ghost Graduation ou La Isla Minima.

Et il aurait peut-être dû rester de son côté de l’écran.

On avait dit que le thriller hispanique était une valeur sûre, ce platounet film de vengeance linéaire et auteurisant vient nous faire mentir. Pourtant nanti de nombreuses récompenses en festival et au Goya, le film déroule une intrigue minimaliste et préfère se concentrer sur la portée sociale de son propos, en s’appesantissant plus que de raison sur un prologue interminable qui présente tout le monde, du personnage aux amis en passant par l’antagoniste, là où le scénario n’en avait pas besoin. La réalisation, à un plan d’ouverture incroyable et une scène de violence sèche près, s’alourdit elle-même en allongeant sans raison la durée de ses plans, si bien qu’après à peine une heure de film on a l’impression d’en avoir subi deux.

Si encore le scénario s’avérait intense, désespéré ou au moins un peu plus touffu, le spectateur aurait quelque chose auquel se raccrocher, mais ici non, il doit patienter douloureusement en attendant la fin, et un sempiternel coup de théâtre qui était grillé longtemps à l’avance.

Le film sort en France à la fin du mois, pour une fois, ignorez-le.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=mVMQ8T7KoEE[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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