octobre 5, 2022

Extreme Cinema for Extreme People – Jour 5

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Le Cinéma est réduit à la portion congrue aujourd’hui, je n’aurai vu en tout et pour tout qu’un seul film. Mais quel film !

Deux bonnes raisons à ça.

D’abord parce que le film en question durait deux heures et était suivi d’une séance de questions/réponses, ce qui m’a empêché d’aller voir ensuite le porno Le Sexe qui chante (et j’en suis fort malheureux croyez-moi).

Ensuite parce que j’ai travaillé au lieu d’aller voir des films figurez-vous. À l’heure où étaient diffusés respectivement Les tueurs de la lune de miel et Histoires de Fantômes japonais, j’interviewais le grand Frank Henenlotter et le sympathique Eric Valette. Hé ouais !

Du coup prêtez attention, entre aujourd’hui et demain, vous devriez voir débarquer deux nouveaux articles sur ma rencontre avec les cinéastes.

 

En attendant, à 21h était donc projeté Rough Cut (un titre provisoire si j’ai bien compris), le tout dernier film officieux de Frank Henenlotter. Officieux et presque secret, puisqu’il ne figure nulle part dans la filmo du réalisateur, et personne n’en avait vraiment entendu parler.  Et pour cause, le film n’est tout simplement… pas fini.

En constante évolution depuis qu’Henenlotter s’est intéressé au sujet, le film que nous avons été les tout-premiers au monde à voir est un work-in-progress orgiaque sur lequel nous avons eu la lourde tâche de donner notre avis.

Véritable projection-test d’un métrage auquel il manque encore quelques plans, nanti d’une musique et d’une narration temporaire (le réalisateur commente lui-même le film pour l’instant), la séance s’est avéré une expérience absolument passionnante qui nous a fait directement participer à la conception du film alors même que nous le regardions.

 

Mais de quoi ça parle alors, ce film, me direz-vous.

Utilisant comme toile de fond l’histoire du comics pour adultes et de la censure aux Etats-Unis, il raconte l’histoire incroyable de Mike Diana, « cartoonist » trash et politiquement très incorrect, et surtout le seul artiste de toute l’histoire des Etats-Unis à avoir été condamné par la justice pour obscénité.

Une situation invraisemblable dans un pays si attaché à sa constitution et à son premier amendement (à savoir une liberté de parole totale et inaliénable), qui eut lieu au début des années 90 et n’aura eu absolument aucun retentissement en-dehors de l’État de Floride où se sont passé les faits et le procès qui suivit.

20 ans plus tard, en rencontrant Mike Diana lors d’une projection de Sex Addict pour laquelle il avait réalisé du matériel publicitaire original, Frank Henenlotter a vent de l’aventure inimaginable du dessinateur, et germe peu à peu l’idée d’en faire un documentaire engagé, qui retracerait les différentes étapes de l’histoire et du procès, à grand coup d’images d’archives, d’extraits de planches et de couvertures, et surtout d’interviews des différents participants maintenant que l’affaire est plus ou moins de l’histoire ancienne.

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Bien sûr, ce projet encore en gestion (Mike Diana étant exposé en ce moment à Toulouse, certaines futures images du film ont été tournées le jour même) recèle quelques défauts, comme une durée légèrement trop importante, ou des détails procéduriers peut-être pas indispensables (écueils sur lesquels Henenlotter est totalement d’accord). Et l’on a parfois l’impression qu’il pourrait faire deux films différents d’égale importance, l’un véritablement sur l’histoire du comics underground et adultes, et ses difficultés à exister dans une société prompte à la censure, et l’autre intégralement centré sur l’affaire Diana.

Mais dans les faits, chaque minute du documentaire est passionnante, dans ce qu’elle révèle de l’absurdité du système judiciaire « communautaire » des Etats-Unis, de sa propension à faire passer les convictions des individus haut-placés avant le bien commun, et surtout la situation impensable de voir une personne être condamnée pour son art, aussi ignoble, sacrilège et irrévérencieux qu’il soit.

Il faut dire que Mike Diana, avec son fanzine Boiled Angel (littéralement l’Ange ébouillanté), ne faisait pas vraiment dans la dentelle quand il s’inspirait des horreurs du monde. Ainsi une de ses BD contait l’histoire d’un orphelin adopté par un homme seul juste pour en faire son esclave sexuel et le faire travailler dans son entreprise de pâtée pour chien créée (attention tenez-vous bien)(tenez-vous mieux) à base de bébés violés et démembrés à coup de sexe et broyés par un concasseur (si si…)

Des sujets donc horribles, pourvus d’un humour si noir et extravagant qu’il apparaît comme totalement borderline (Henenlotter considère lui-même en rigolant que Diana est un psychopathe qui dessine des choses véritablement abjectes), mais qui ne devrait pas (contrairement à ce qui mena la justice à inculper l’artiste), poser la question de la légitimité de l’art, ni de la condamnation de ce qu’un groupe de personnes considèrent arbitrairement comme obscène.

En ce sens, et surtout dans sa peinture d’un système judiciaire complètement hypocrite et orienté, qui cherchait plus un bouc-émissaire que la vérité, Rough Cut rappelle fortement l’incroyable tryptique documentaire Paradise Lost réalisé sur 15 ans, à propos des meurtres sauvages de Robin Hood Hills, et le procès bâclé qui avait envoyé trois jeunes métalleux en prison.

On y retrouve la même constatation d’une société sclérosée prête à sauter sur des conclusions qui l’arrangent, et à jeter la pierre à ce qui ne dérangent que des individus en particulier et pas toute une communauté.

Le tout avec des interviews de légendes du comic book (dont Neil Gaiman), des images d’archives de l’Histoire de ce medium, et des planches parmi les plus extrêmes de Mike Diana dialoguées et bruitées avec toute l’outrance nécessaire.

 

Bref, vous l’aurez compris, un film qui est non seulement de salubrité publique (tant on sait que l’Histoire a tendance à se répéter), mais également un digne représentant de la filmographie d’Henenlotter.

En attendant de pouvoir découvrir officiellement en France une version définitive de l’œuvre, et surtout le « film d’horreur avec du sang et des entrailles à tous les étages » qu’il a promis de réaliser ensuite.

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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