décembre 8, 2022

Le Cri du Cannivore 7

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Le mercredi, c’est la fête du kiki et le Cannivore espère finir son festival avec un vrai film de cul.

Au menu, un film jeune qui parle de vieux, une dernière journée (pour moi en tout cas) haute en couleurs, et « Cannes, lieu de scandales ».

La bande-annonce du jour

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La bande-annonce du jour, c’est celle de Youth (La Giovinezza), présenté aujourd’hui en compétition. Ce film de Paolo Sorrentino (dont c’est la 6ème sélection à Cannes, il avait même gagné le Prix du Jury en 2008 pour Il Divo), est un sacré paradoxe, puisque si on y retrouve bien les encore verts Rachel Weisz et Paul Dano, ce sont bien les vieux briscards Michael Caine, Harvey Keitel et Jane Fonda qui tiennent le haut de l’affiche, ce qui offre un sacré contrepoint au titre du film. Youth, malgré son titre, est donc un film qui parle de la vieillesse, de la nostalgie, et de la façon de faire face à ce qu’il nous reste d’avenir lorsqu’on atteint le dernier âge de la vie. Un huis-clos, et une belle performance d’acteurs, qu’on annonce déjà, au vu de l’enthousiasme incroyable généré par sa projection presse, comme un sérieux prétendant à la récompense suprême.

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Le Programme du Jour

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Aujourd’hui au programme, en plus du film de Paolo Sorrentino, nous avons droit à Mountains may departs (Shan He Gu Ren) de Jia Zhang-Ke. Encore un cinéaste habitué du tapis rouge cannois, puisqu’en plus de présenter cette année son 5ème film en compétition (après Plaisirs Inconnus, 24 City, I Wish I Knew et A Touch of Sin en 2013 qui lui avait valu le prix du scénario), il avait présidé le jury court-métrages en 2007 et fait partie du jury l’année dernière. Il revient cette année avec un film dont on ne sait pas encore grand-chose, si ce n’est qu’il se déroule sur trois époques, en 1990, dans le présent, et en 2025 en Australie. Egalement en projection, Youth donc, et puis un nouveau petit événement, puisqu’en projection de minuit, hors-compétition, nous auront droit au nouveau film de Gaspard Noé. Intitulé Love, il risque de faire autant parler de lui qu’Irreversible en 2002, puisqu’il s’agit d’une histoire d’amour entre trois personnes, qui parle autant de passion que de sexe avec des scènes intimes non simulées, le tout en 3D. C’est d’ailleurs à peu près tout ce que l’on sait du film, même la durée n’est pas annoncé sur le programme (mais je vais vous dire un secret, il dure 130 minutes). Autant dire que ça risque d’être folklorique au Grand Théâtre Lumière…

Il y aura aussi en projection spéciale le nouveau film de Robert Guédiguian. Une Histoire de Fou (car c’est le titre, j’invente rien), marque sa 19ème incursion dans le long-métrage, et réunit autour de l’habituelle Ariane Ascaride un joli casting, constitué de Grégoire Leprince-Ringuet (La Princesse de Montpensier, L’Autre Monde, Djinns), Simon Abkarian et Serge Avedikian, et explore le traumatisme du génocide arménien et ses répercussions 60 ans plus tard lors de la révolution internationale.

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Un Certain Regard propose elle trois films. Madonna, de Shin Su-Won, une des nombreuses sélections coréennes de cette année, qui raconte l’histoire de Hae-Rim, infirmière tentant de convaincre la famille d’une jeune décédée (la Madonna du titre) de consentir à une transplantation de cœur, et qui va aller de découvertes en découvertes en se penchant un peu plus sur la vie de cette jeune fille. Je suis un soldat, de Laurent Larivière, confronte lui Louise Bourgoin et Jean-Hughes Anglade à un trafic de chiens venu des pays de l’Est dont la plaque tournante est un chenil de Roubaix. Enfin, Lamb, de l’éthiopien Yared Zeleke, clôture cette journée et confronte lui un jeune garçon et son agneau domestique aux traditions de son pays qui pourraient bien coûter la vie à son ami alors que les fêtes approchent.

A la Quinzaine, on termine le marathon moyen-oriental avec le troisième volet des Mille et Une Nuits de Miguel Gomes, et on enchaîne avec Fatima, de Philippe Faucon (La Désintégration), qui raconte le parcours du combattant d’une immigrée maghrébine de longue date qui voit ses enfants totalement intégrés à la société française, et décide un jour de prendre le problème à bras le corps en se plongeant dans des cours d’alphabétisation et de français. Enfin, on termine avec Peace to Us in Our Dreams du lituanien Sharunas Bartas, qui s’annonce un poil déprimant tant il navigue entre deuil, ennui quotidien et couple qui s’effondre (ce qui ne devrait néanmoins pas nécessairement l’empêcher d’être réussi).

Enfin, la Semaine de la Critique, en plus de reprogrammer Mediterranea, présente Krisha, premier film de Trey Edward Shults, qui met face à son héroïne en décalage permanent la famille de celle-ci, qui devrait subir un week-end qu’elle n’est pas prête d’oublier.

Quant au cinéma de la plage, c’est soirée culte, puisque les passant auront droit à ce bon vieux Terminator des familles, à savoureux dans un bon transat.

Pour ma part, c’est Sicario de Denis Villeneuve en séance du lendemain, peut-être Youth si j’ai le temps et la motivation, Sangnoksu, film coréen qui analyse la situation politique actuelle, et enfin Love de Gaspard Noé, qui fait office de projection presse. J’ai donc mon entrée assurée, encore faudra-t-il arriver en avance !

Wish me luck pour mon dernier jour !

 

L’Anecdote du Jour

Aujourd’hui, c’est Love donc, porno party en 3D concocté par Gaspard Noé, et scandale annoncé pour celui qui avait déjà défrayé la Croisette en 2002 avec Irréversible. Encore qu’il ne soit pas le premier à créer la controverse.

Cela a commencé dès 1954. L’actrice franco-égyptienne Simone Silva a fait la une des journaux du Festival de Cannes cette année-là. L’actrice de série B dégrafait son soutien-gorge et nichait sa poitrine généreuse dans les mains robustes et viriles de l’acteur américain Robert Mitchum. Les photographes immortalisèrent ce moment et le cliché fit le tour du monde, provoquant un gros scandale à Hollywood. Le jeune fantaisiste fut gentiment invité à quitter la Côte d’Azur le lendemain matin. De retour aux Etats-Unis, les deux acteurs furent poursuivis par les ligues de vertu américaines. Particulièrement visée, Simone Silva vit les studios lui tourner le dos… et finira par se suicider, quelques années plus tard.

En 1973, La Grande Bouffe, le film du réalisateur italien Marco Ferreri, fait scandale lors de sa présentation. Il dénonce en effet cette mystique de la « bouffe » si chère aux Français par des scènes scatologiques. Mastroianni, Noiret, Piccoli et Tognazzi jouent les rôles de quatre amis réunis dans une villa parisienne pour un banquet fatal. La Grande Bouffe recevra le Prix de la Critique Internationale, ex-aequo avec La Maman et la putain de Jean Eustache, autre film qui choquera la Croisette.

2001, la soirée des Hots d’or, la plus célèbre remise de prix aux films pour adultes, avait pris depuis une dizaine d’années ses quartiers à Cannes pendant la période du Festival. Après de nombreuses réclamations, la Mairie décide de chasser cette cérémonie qui, selon elle, nuit à l’image de la Croisette. Cannes perd ainsi l’un des éléments majeurs qui ont fait d’elle une vitrine de renommée internationale, tandis que l’industrie pornographique crie à l’hypocrisie. La décision restera toutefois inchangée.

Et voilà, dernier jour à Cannes ! Ca fait bizarre…

J’ai encore passé la nuit dehors, sur la plage, avec un léger vent froid et des dalleuses qui ont manqué de m’écraser en fin de nuit, autant dire que je suis loin d’être frais, et qu’il va falloir se faire violence pour tenir toute la journée, d’autant que ma journée, elle devrait se terminer le lendemain matin, vu que le dernier Noé est prévu en séance de minuit.

Pour l’heure, je tâche de retraverser toute la plage et le port pour retourner à la salle du soixantième (après un petit déjeuner bien mérité), pour découvrir enfin le nouvel essai de Denis Villeneuve, après Incendies, Prisoners et Enemy : Sicario (il aime les titre en un mot ce gars là). Encore une fois, je me suis un peu précipité pour rien, la queue pour la presse est presque vide, je passe l’heure et demi qui suit tranquillement assis à lire un bouquin.

Il faut que je vous fasse un aveu, j’ai toujours raté les films de Villeneuve à leur sortie, et je n’ai pas encore pris la peine de rattraper mon retard. Du coup Sicario a été mon baptême. Et quel baptême !

J’ai été soufflé par la maitrise visuelle et narrative, par la fluidité, la subtilité et en même temps la brutalité de la réalisation et du scénario.

Le scénario est assez nébuleux, mais ça reste logique vu qu’on suit l’histoire à travers les yeux d’un regard extérieur qui se retrouve embrigader dans une mission qui la dépasse, et du coup les personnages (si ce n’est Kate/Emily Blunt, encore que) ne sont que des fantômes, des silhouettes à la présence si imposante, au mystère si angoissant qu’ils n’ont pour ainsi dire pas besoin de background.

Du coup on avance en plein brouillard, c’est déstabilisant et fascinant à la fois, on finit par naviguer en plein cauchemar, et la réalisation claire et posée apporte beaucoup à la tension constante qui émane du film. Et les quelques séquences un peu énervées sont épatantes, et sans pitié.

Après Green Room, c’est définitivement l’année du cinéma brutal à Cannes.

Je finis complètement épuisé (par le film et ma nuit passée sur la plage), et du coup je décide de passer l’après-midi tranquille à me reposer, plutôt que de tenter Youth ou Taklub de Brillante Mendoza qui me disaient bien. Je veux être en forme pour découvrir Sangnosku, film coréen engagé qui m’a été proposé à la sauvage dans les couloirs du Marché. Le thème était intriguant, l’attaché de presse était efficace, la productrice était ravissante, je me suis laissé prendre au jeu.

Nous étions prévenus avant la projection que la copie de Sangnosku n’était pas une copie finale, le film étant encore en plein mixage en Corée du Sud. Seulement le métrage est tellement d’actualité que la production a décidé de le présenter tout de même dans cette première version.

Il s’avère qu’un énorme scandale politique a lieu en ce moment au pays du Matin Calme, puisque la petite fille d’un ancien dictateur a été élue au pouvoir grâce à une fraude à l’élection, et que l’ancien président a été retrouvé assassiné. Un contexte extrêmement perturbant et pourtant totalement ignoré de ce côté-ci du monde, qui est raconté dans ce film à travers le parcours d’une militante forcenée qui ne recule pas devant les assauts de la police et l’arrestation de ses amis.

Un film très étrange, très perturbant dans sa structure et son montage, chaotique, très syncopé, tout en ruptures de rythmes, de plans et de séquences. On peut être autant fasciné par les scènes de procès ubuesques que d’être à deux doigts de décrocher dans les moments contemplatifs, mais le film possède une énergie furieuse, un souffle révolutionnaire créé par ce qui s’apparente à un tournage commando, et qui porte le film au-delà de ses scories, de ce rythme un peu bâtard qui pourrait en laisser beaucoup sur le carreau. Un film à découvrir pour les courageux, si tant est qu’il finisse un jour dans les salles de l’Hexagone.

Une petite heure et demi pour se sustenter, passer en salle presse (et découvrir que le film de minuit, Love, est accessible avec le badge presse, youpi) et je file dans la queue pour le dit film, deux heures avant pour être sûr de rentrer (on va arrêter là les allusions scabreuses), car le nouveau méfait de Gaspard Noé fait un tel buzz qu’on murmure qu’il sera très difficile d’entrer.

Au final, il sera surtout très difficile d’attendre, dehors, debout, parce que le film précédent (Mountains may Departs) a fait un tel triomphe que les gens ont applaudi 10 minutes d’affilée.

Au final, entre ça et l’équipe du film qui a fait le show au début du tapis rouge pendant des plombes, le film a commencé à 0h50 au lieu de 00h15…

On attendait donc un spectacle digne de l’attente suscitée.

Et pourtant… Pourtant Love est un film raté. Pas le genre de ratage à faire hurler de rire ou d’horreur, c’est pas nul comme du Richard J. Thomson, photo magnifique de Benoit Debie et talent usuel de Noé obligent, seulement le film est incroyablement ennuyeux, pompeux et lourdaud dans les scènes de dialogues, et étrangement plat et terne dans la plupart des scènes intimes, malgré le côté sulfureux du sexe non simulé et le buzz de la 3D malheureusement peu ou mal utilisée. Je préfère ne pas trop en parler, j’ai une longue critique sur le feu pour la sortie du film, mais Noé, par trop d’autocitation, de paresse, de facilités, par un côté trop timoré (un comble) et un scénario pas passionnant pour un sou, déçoit, en ce qui me concerne pour la première fois.

Le film se termine à 3h du matin, il me faut attendre, dans le froid et le vent (oui, l’univers a disjoncté, à Cannes, on est en Novembre), que la gare ouvre, pour prendre le premier train du matin direction Antibes, faire mes bagages, et repartir lessivé vers mes pénates et de nouvelles aventures.

Au revoir Cannes, tu es une amante difficile, parfois décevante, mais tu m’en as fait voir de toutes les couleurs, et rien que pour ça j’ai hâte de te retrouver l’année prochaine.

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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