novembre 30, 2021

Le Cri du Cannivore 4

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Le dimanche, on retrousse ses manches, et le Cannivore a du pain sur la planche.

Au menu aujourd’hui, de l’extrait français, un programme compact, et des présidents qui prennent leur travail à cœur.

 

La Bande-Annonce du jour

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La bande-annonce du Jour, c’est rien du tout.

Oui, j’ai eu beau chercher partout, aucune bande-annonce des films en projection aujourd’hui n’est disponible. Du coup, on va quand même vous montrer des images et se rabattre sur les extraits de deux films, un belge et un français (cocorico), présentés aujourd’hui à Cannes, l’un en compétition à la Quinzaine des réalisateurs, l’autre en séance spéciale.

Le premier, c’est le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael, qu’on avait un peu perdu de vue depuis Mr Nobody voilà déjà 6 ans (et encore on peut s’estimer heureux, il s’était écoulé 14 ans entre le huitième Jour et son film avec Jared Leto). L’Histoire de Dieu, qui existe bien et vit à Bruxelles, et s’avère si odieux avec sa femme et sa fille que cette dernière décide de balancer par SMS les dates de décès de tout le monde. On devrait bien se marrer.

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Le second, c’est Asphalte, de Samuel Benchettrit (J’ai toujours rêvé d’être un gangster), qui adapte sa propre biographie Les Chroniques de l’Asphalte, et raconte donc la vie d’un immeuble où des personnages se croisent et se décroisent le jour où l’ascenseur tombe en panne.

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Le Programme du Jour

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Aujourd’hui au programme, encore du français, puisque la Compétition Officielle accueille Mon Roi, de Maiwenn, qui revient donc fouler le tapis rouge 4 ans après avoir gagné le Prix du Jury avec Polisse. Ici, elle réunit Vincent Cassel et Emmanuel Bercot (déjà sous les projecteurs en début de quinzaine puisqu’elle est la réalisatrice du film d’ouverture La Tête Haute) pour l’histoire d’amour passionnelle et compliquée, sur plusieurs années, d’un couple ayant un enfant. Et puis aussi le nouveau Todd Haynes (Velvet Goldmine, I’m not there…), intitulé Carol, qui emmène Cate Blanchett et Rooney Mara dans un road trip improvisé au cœur de l’Amérique, une fuite vers l’avant qui pourrait bien leur faire perdre leur repères sentimentaux. Et bien sûr Asphalte, dont on parlait plus haut, présenté en séance spéciale.

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Un Certain Regard propose lui Soleil de plomb, (Zvizdan en version originale), un film serbo-slovéno-croate réalisé par Dalibor Matanic qui se déroule dans trois décennies différentes pour trois histoires d’amour réunies en « un conte classique d’amour interdit ». Et bien sûr un petit événement pour les amateurs de cinéma de genre, le nouveau film de Kiyoshi Kurosawa. Non, il ne s’agit pas de l’homme derrière Rashomon, bande d’ignares, lui il y a longtemps qu’il mange les pissenlits par la racine, mais bien du réalisateur de Kairo, Cure, Séance, Charisma, et une tripotée d’autres films à l’atmosphère étrange et délétère. Il revient aujourd’hui avec Journey to the Shore, encore une histoire à l’ambiance à la frontière du surnaturel, où un mari noyé revient vers sa femme, sans que celle-ci ne s’étonne plus que du temps qu’il a mis à revenir. Quand il propose de l’emmener en voyage, la jeune femme accepte…

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À la quinzaine, trois films, trois nationalités. Tout d’abord Au-delà d’Allende, mon grand-père, de la chilo–mexicaine Marcia Tambutti Allende, qui réalise là son premier long-métrage et se penche sur le rôle de la mémoire à travers le portrait de son propre grand-père Salvador Allende, premier président socialiste chilien élu démocratiquement. Ensuite bien sûr Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael, qu’on a déjà cité. Et enfin Green Room, le nouveau film de la révélation américaine Jérémy Saulnier, qui après l’excellent Blue Ruin continue sur la lancée des couleurs, dans ce film qui voit un groupe de punk rock être confronté à des skinhead pendant un concert. Au casting deux transfuges intergénérationnels de Star Trek, Anton Yelchin et Patrick Stewart, et aussi l’adorable Imogen Poots.

Quant à la Semaine de la Critique, s’il elle continue de programmer Ni le Ciel, ni la Terre, et Coin Locker Girl, c’est surtout la présentation de Dégradé qui marque cette journée. Une co-production franco-qataro-palestinienne de Tarzan et Arab Nasser, où une demi-douzaine de femmes se retrouvent coincées dans un salon de coiffure quand un affrontement armé entre le Hamas et une famille mafieuse ayant volé le lion du zoo de Gaza éclate en pleine ville. Tout un programme.

Enfin, le cinéma de la plage trace sa route en diffusant les deux épisodes d’Ivan le Terrible de Serguei Eisenstein pour plus de 3h de programme.

Pour ma part, je vais faire mon possible pour voir Sea of Trees, raté il y a deux jours pour cause de hiérarchie des badges mal foutue, ainsi que le Van Dormael et Green Room. Et puis j’essaierai de soudoyer Magnolia Pictures (encore faut-il trouver où ils sont) pour pouvoir accéder à la séance de Tangerine, ce film réalisé entièrement à l’Iphone dont tout le monde parle et qui a fait fureur à Sundance cette année.

Wish me luck !

 

L’Anecdote du jour

Hier, Nanni Moretti était de retour à Cannes après avoir été de nombreuses fois en compétition, et président du jury en 2012. L’occasion de révéler quelques anecdotes sur les présidents.

Nous sommes en 1991. Roman Polanski, alors président du jury, n’aime aucun film jusqu’à ce que lui soit présenté Barton Fink, des frères Cohen, qui est un hommage évident à son cinéma. Le réalisateur décide alors de désorganiser le vote et multiplie les entorses au règlement. La veille de la délibération, il fait voter la Palme d’Or pour ce film à ses collègues, après les avoir fait boire. Le lendemain, alors que ses camarades décuvent et se rendent compte de la supercherie, il refuse toute remise en cause du prix. Barton Fink repartira avec la récompense suprême.

En 1997, c’est Isabelle Adjani, présidente du jury, qui est une « patronne » assez dure. Elle oblige ses collègues à assister aux projections du matin et à suivre son régime alimentaire. Son choix cinématographique se porte sur De beaux lendemains d’Atom Egoyan. Mais les autres membres du jury ne l’entendent pas de cette oreille. Nanni Moretti lui demande alors de nommer deux films ex-aequo, sans préciser lesquels, et elle accepte. L’anguille de Shohei Imamura et Le goût de la cerise d’Abbas Kiarostami remportent finalement le prix. Cette fois-ci, le peuple aura eu raison de la reine.

À demain pour les retours et la suite du compte rendu !

Et voilà.

Voilà ce qui arrive quand on laisse sa conductrice aller faire la fête à la soirée Maryland (bon en même temps elle était assistante déco dessus, on lui pardonne), alors que c’est la journée de la loose et qu’on est encore malade. On attend comme un couillon jusqu’à 4h du matin, on reprend froid, et le lendemain on est absolument pas capable de se faire violence pour aller voir le Gus Van Sant qu’on s’était pourtant interdit de rater…

Dur la vie à Cannes, quand on n’est pas interdit d’accès à cause du système un peu chelou, on rate les films par épuisement.

Mais, j’ai quand même réussi un coup de poker aujourd’hui. Je comptais essayer de me faufiler à la projection de Tangerine (le film tourné à l’Iphone qui a estourbi Sundance), mais il fallait que j’aille au Marché, trouver dans quel hôtel Magnolia Pictures avait pris ses quartiers, aller voir Magnolia pour leur demander une invit, puis retourner au cinéma des Arcades pour voir le film, et je n’aurai jamais eu le temps de faire tout ça vu l’heure à laquelle je suis arrivé à Cannes.

Du coup j’ai tenté le tout pour le tout et je suis directement allé au cinéma, dans l’espoir que le distributeur serait là, en plaidant pour ma cause et demandant si je pourrais rentrer au cas où il reste de la place. Et banco, de la place il y en avait encore plein, et les gentils distributeurs m’ont laissé rentrer avec le sourire (donc, c’est VRAIMENT plus facile d’entrer aux séances du Marché qu’aux séances officielles).

Et Tangerine est un film assez incroyable, qui va au-delà de son buzz (un film tourné avec un smartphone, tiens, tiens) pour en faire une véritable matière à expérimentation. Tourné on l’imagine en décors naturels, lumière naturelle, maquillage naturel, le film possède néanmoins un cadrage très pro et des plans somptueux, qui mettent en valeur la réalité peu glamour du Los Angeles quotidien. Avec un tel appareil, le tournage devient très libre et aisé, et le film déborde d’une énergie peu commune, en suivant la trajectoire de différents protagonistes marginaux dans le milieu interlope de la Cité des Anges. Transexualité, prostitution, immigration, solitude, perte de repère, mais aussi un souffle comique et une volonté furieuse de liberté qui colle à la peau et qui empoigne l’existence de ses personnages à pleines mains. Le film atteint tout de même ses limites dans ce qu’il raconte, et parfois il tient plus sur son énergie et son rythme que sur les situations, mais ne serait-ce que pour le tour de force et l’ambiance, il faut absolument voir ce film.

Après ça, j’étais sensé m’envoler vers Dieu (oui, lui-même), et la projection du Tout Nouveau Testament. Conforté dans la bonne surprise qu’avait été l’absence de file avant la séance des Anarchistes, je pensais que 30 minutes suffiraient largement. Que nenni, la queue est longue (comme disait mon ex), et malgré la priorité des badges presse sur la plèbe, je ne rentrerais pas.

Du coup décision est prise de faire un tour en salle presse, de m’acheter à manger, et de filer dans la file d’attente de Green Room 1h15 avant la projection, histoire d’être sûr. Celui-là, interdit de le louper, Blue Ruin m’ayant laissé une grande impression.

Et heureusement que je ne l’ai pas raté. Ambiance surchauffée (on se serait cru au BIFFF), grandement aidée par la présence d’une majorité du casting et du réalisateur Jeremy Saulnier. Si Patrick Stewart et Imogen Poots étaient absent (je n’ai pas pu présenter mes respects à l’un et déclarer ma flamme à l’autre) (à vous de remettre dans l’ordre), en revanche Anton Yelchin (le nouveau Tchekov d’Abrams) et Macon Blair (meilleur ami du réal et personnage principal de Blue Ruin) étaient là, accompagnés de plein d’autres acteurs qu’on voit souvent mais dont on ne connait jamais le nom, Alia Shawkat (Life after Beth, Arrested Development, Whip it), Callum Turner (Queen and Country) ou encore Eric Edelstein (une tripotée de séries comme Shameless ou New Girl).

Quant au film, il faut éviter d’en dire trop pour garder une certaine fraicheur et une certaine surprise, mais on peut tout de même dire que c’est un sacré thriller en huis-clos, brutal (et pas brutal du bout des doigts, croyez-moi), sec et violent, sans se départir d’une certaine subtilité. Un film anxiogène et cru, porté par un jeu d’acteur époustouflant, et qui réserve pourtant quelques touches d’humour à froid extrêmement bienvenues. Anton Yelchin a rarement été aussi intense, Patrick Stewart a rarement été aussi flippant, Imogen Poots a rarement été aussi craquante, bref, la fin du film a explosé d’une incroyable et méritée standing ovation. Et voir un public cannois applaudir à tout rompre un thriller hard-boiled comme celui-là, ça fait bien plaisir.

En sortant, j’étais bouillant d’excitation, ce qui n’était pas plus mal vu qu’il était plus de minuit, que ma camarade et sa voiture étaient restées à Antibes, et qu’il n’y avait plus ni train, ni bus pour me ramener. Croyez-le ou non, j’ai passé la nuit dehors, j’ai très peu dormi, et je me suis bien caillé les meules, quand bien même la température en journée frôlerait les 35°.

M’enfin bon, je suis vivant, c’est l’important !

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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