novembre 30, 2021

BIFFF 2015: Itinéraire d’un Biffeur Gâté Jour 5: BIFFF Tannen

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Estampes de Sophie Espinoza Regnaut

Oulahlah c’est dur de se lever…

Dormi quatre heures seulement après la Nuit Fantastique, j’ai les yeux en chas d’épingle (j’avais une autre expression mais j’ai peur que des enfants nous lisent) et les cheveux qui poussent à l’intérieur, mais je suis assez fier d’avoir réussi à me lever après si peu de repos pour retourner au Palais des Beaux-Arts.

Aujourd’hui il y a un film que je ne voulais pas manquer. Même si j’ai toujours possibilité de voir ce que je rate en salle presse, vu le nombre de pelloches encore en stock, mieux vaut se faire violence et aller dans les salles de projos, même avec des petits yeux.

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Le premier film que je voulais voir, et dont on dit tant de bien, c’est No Tears for the Dead, un thriller d’action coréen de Jeong-beom Lee. Son nom ne vous dit peut-être rien comme ça, mais il est le réalisateur de l’excellent The Man from Nowhere, le Man on Fire asiatique qui avait fait pas mal de bruit en 2010. Ici, il s’adjoint les services de Dong-gun Jang (Frères d’armes, Wu Ji, Warrior’s Way, Far Away) en tueur mélancolique, et lorgne scénaristiquement du côté de John Woo période The Killer. Le point de départ est d’ailleurs similaire, puisqu’il suit le destin de Gon, tueur à gages traumatisé par la mort accidentelle d’une fillette sous ses balles lors d’un contrat, qui se voit donner comme mission d’éliminer à présent la mère éplorée, détentrice de preuves accablantes contre la mafia locale. Mais Gon va avoir du mal à s’y résoudre, quitte à provoquer la colère de ses employeurs.

Ceux qui avaient vu The Man From Nowhere seront confiants, avec un pitch pareil on ne risque de manquer ni de tension, ni d’action. Sauf que voilà, No Tears for the Dead grille toutes ses cartouches pyrotechniques lors d’un (très bon) climax, et ressemble du coup moins à un actionner du réalisateur d’À Toute Épreuve qu’à un thriller mélodramatique de Dante Lam. Et pas forcément un des meilleurs.

Pas que le film soit forcément mauvais, non, on suit l’histoire, un récit d’une noirceur volontaire, et même si le film tire un peu en longueur, on a quand même notre comptant d’action. Mais le scénario n’étant pas foncièrement original, on ne décolle jamais, et surtout il s’engouffre dans le pathos commun à de nombreux films d’action asiatiques (qui a fait leur réputation autant qu’il commence à devenir rédhibitoire) avec un tel entrain que le tout peut facilement devenir indigeste.

Votre avis sur ce film dépendra donc forcément de votre capacité à assimiler le lyrisme des productions asiatiques. Si vous vibrez même devant The Viral Factor ou That Demon Within (pour ne citer que les dernières œuvres un peu trop larmoyantes du père Lam), vous devriez trouver votre bonheur avec ce No Tears for the Dead. Si même Une Balle dans la tête vous a toujours semblé légèrement trop pathos, fuyez, vous risquez de vous prendre la tête dans les mains plus souvent qu’à votre tour.

Sorti de là, je profite de mon relatif regain d’énergie pour filer en salle presse, continuer les compte-rendu, et commencer le visionnage de Therapy for a Vampire, comédie teutonne sur les troubles psychologiques et sentimentaux d’un couple de vampires dans la Vienne de Sigmund Freud.

Je n’aurai le temps que de voir 20 minutes du film aujourd’hui, mais assez pour me donner envie de poursuivre dès que j’aurai le temps, le sens du timing, l’ambiance théâtrale et les idées visuelles fort agréables m’ayant immédiatement conquis.

Je prends aussi le temps de me nourrir (ben oui, il faut parfois) en allant faire un tour dans les rues de Bruxelles pour un cornet de frites et une gaufre de Liège au Nutella. Ce qui, forcément, me met légèrement en retard pour le film suivant.

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Moi qui déteste voir des gens rentrer dans une salle pendant un film, laissant filtrer la lumière et gênant tout le monde en se trouvant une place en plein milieu du rang, voilà que je me retrouve dans la même position pour Lupin III, adaptation live du célèbre manga/anime connu chez nous sous le nom d’Edgar de la cambriole, et réalisé par Riyuhei Kitamura, le joyeux dégénéré derrière Versus, Azumi, Godzilla : Final Wars ou encore Midnight Meat Train.

J’arrive donc en plein milieu de la scène d’introduction, je n’ai du manquer que deux ou trois minutes, mais le contraste lumière/obscurité me rend quasiment aveugle pendant 30 secondes. Pratique pour se trouver une place sans déranger tout le monde.

Bref, je m’installe devant le film, confiant dans la capacité de Kitamura à multiplier les idées visuelles fortes pour un rythme effréné. Ca commence mal avec cette scène de casse dans un musée, la réalisation est fonctionnelle (voire brouillonne), les gags tombent à plat et les personnages sont peu charismatiques. Ca ne va pas s’arranger une fois le scénario réellement en place.

Cette histoire de collier de Cléopâtre à compléter, de trahisons, de changements de bord et d’industriels avides de pouvoir ne décolle jamais, la faute à un rythme neurasthénique et à des choix étranges, comme cette idée de vouloir filmer une scène d’enchère entre deux personnes comme la plus tendues des situations. N’ayant pas été biberonné à cet anime en particulier (ça date de 1971 quand même), je n’avais aucune fibre nostalgique à titiller, et si références il y a, elles sont passées à l’as, du coup je l’ai vu vierge de tout préjugé positif comme négatif, mais force est d’avouer que Kitamura a perdu sa verve visuelle, et que scénario comme réalisation ne s’élèvent pas au-dessus du tout venant occidental. Le papa d’Aragami avait plutôt fait bonne impression après son passage à l’Ouest avec son adaptation de Clive Barker et le récent No One lives, en retournant au pays il semble avoir perdu le mojo.

On retiendra quand même une scène de poursuite sur l’autoroute sympathique, et surtout un final pétaradant pour le coup très réussi, où le film de casse se transforme en Expendables pour la jeunesse, avec trouvailles visuelles (c’était pas trop tôt) et moments de bravoure pour chaque personnage à la clé. C’est assez pour ne pas totalement sombrer dans l’ennui, pas assez pour être pleinement satisfait.

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Estampes de Sophie Espinoza Regnaut

En sortant, je passe au stand du body painting.

Oui, chaque année, en plus des films, des conférences, de la ZomBIFFF Parade ou du célèbre Bal des vampires, ont lieu deux concours : celui du body painting (depuis 28 ans) et celui du meilleur maquillage (depuis 32 ans).

Et cette année, j’ai une pote qui participe (représente !), du coup je passe voir où elle en est (les participants ont 4 heures pour réaliser leur body painting sur un modèle –homme ou femme- topless, avant de se faire tirer le portrait et de présenter leur travail sur scène aux petits veinards de la séance de 21h30) et à quoi ressemble son œuvre et celle de ses concurrents du jour. Pour cette session là, on aura eu une Estampe japonaise (ma pote donc), une inspiration de Van-Gogh (pas très originale vu qu’ils sont 3 ou 4 à avoir eu la même idée) et un Klimt (je crois, j’ai pas trop capté à quoi ça ressemblait). Vous pouvez logiquement retrouver toutes ces photos sur le site du BIFFF (et promis bientôt je vous fais une vidéo de la présentation au public).

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Enfin, la journée se termine avec encore une fois un programme alléchant, Blood Moon de Jeremy Wooding, un western de loup-garou rosbif, et encore une fois avec une déception.

Comment peut-on être aussi paresseux, et rater un film de la sorte, avec un concept aussi limpide que génial ? Ce n’est pas très compliqué, ça tient en deux points.

  1. Ne pas se démarquer un poil (huhu) de n’importe quel autre film de loup-garou, malgré la toile de fond originale, avec apparitions minimes de la bête, incohérences et personnages qui parlent plus qu’ils n’agissent, le transformant en l’habituel « film de couloir » (ou de saloon et de grange en l’occurrence) dans lequel il ne se passe strictement rien avant le dernier quart d’heure.
  2. Être totalement laxiste sur le design et l’origine du monstre, jusqu’à le faire ressembler à un énorme Chewbacca gris avec une bouche noyée dans les poils, sans charisme et sans instiller aucune peur.

On pourrait même rajouter à ça une histoire parallèle tellement inutile qu’elle n’aura aucune incidence sur le récit ou sa résolution, mais c’est bien ce dyptique plombant qui tire le film vers le bas. Le scénario passe plus de temps à laisser ses personnages bavarder (sans jamais arriver à instaurer un climat de tension ou un début d’intérêt envers leur histoire) qu’à faire de sa créature une menace visible, et quand la bête apparaît enfin, c’est de manière sporadique, et pour ressembler à une grosse boule de poils régurgitée qui hurle à la lune (des hurlements réalisés par le réalisateur lui même, qui nous a fait une efficace démonstration lors de la présentation du film).

Bref, malgré le concept de base qui semblait fun, et un ou deux plans gores du plus bel effet, à l’ouest, rien de nouveau, on s’ennuie ferme, et ce malgré la présence de ce vieux briscard de Corey Johnson, second couteau dans les trois quarts des films de genre qui sortent au cinéma, et vu récemment en chef de culte qui se fait rapidement dézinguer dans Kingsman, ou celle de Shaun Dolley (Ricky Gillespie dans la saison 2 de Broadchurch) en mystérieux badass.

Allez zou, on rentre et on oublie ça, demain ça tape en Nouvelle-Zélande, ça tranche en Australie, et ça fait du trafic de drogue à Gibraltar.

(La suite des compte-rendu, ça sera quand je rentre, là j’arrive plus à tenir le rythme)

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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