décembre 2, 2021

BIFFF 2015: Itinéraire d’un Biffeur Gâté Jour 4: BIFFF est Froid

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Le BIFFF, c’est une grande famille dysfonctionnelle.

Ou un camp de vacances déluré si vous préférez. Ou encore une salle de classe dissipée. Bref, c’est une véritable communauté dont les bases ne changent pas au fil des ans, malgré les changements et les nouvelles arrivées. Et comme toutes les communautés, elle est faite de coups de gueule, d’engueulades et de réconciliations (souvent autour d’un gueuleton), de cris de ralliement et de personnages folkloriques reconnaissables entre tous.

Au BIFFF on a Rémi, un olibrius décalé qui trimballe sa bonhommie, ses costumes bariolés et sa gouaille toute bruxelloise dans les recoins du festival depuis si longtemps qu’il en est devenu la mascotte officieuse. Il est de toutes les séances, même s’il ne doit rester qu’une demi heure, de tous les évènements, et il n’est pas rare, après une intervention absconse dont il a le secret, d’entendre la moitié de la salle gueuler « ta gueule Rémi ! », un des gimmicks des séances du BIFFF.

Car il faut savoir que chez ces gens là, on ne visionne pas monsieur, on ne visionne pas. On vibre. Ne comptez pas, ici, assister à une seule séance dans le calme et la révérence. Le public du BIFFF est connu pour être le plus délirant et le plus dissipé d’Europe, et à moins d’un véritable chef-d’œuvre scotchant (ou d’une merde si soporifique qu’elle a même endormis les fidèles de 30 ans), attendez-vous toujours à une projection digne du Rocky Horror Picture Show.

Le BIFFF est une communauté, et elle a ses habitudes. À chaque plan sur une pleine lune, le public hurle à la mort, à chaque cigarette allumée, il tousse, à chaque ouverture de porte, il crie « la porte ! » (réminiscence des premières éditions qui avaient lieu dans une salle dont la porte fermait très mal et s’ouvrait tout le temps). Aux moments opportuns, les vannes fusent et la salle se gondole. Mais curieusement, personne n’oublie de respecter le film, le but n’étant pas de gâcher la projection en couvrant la bande sonore par le bruit des discussions (ou alors il faut que le film soit très mauvais, auquel cas c’est un soulagement de pouvoir rire un peu).

Aujourd’hui, c’est le jour de la Nuit Fantastique, et je m’attends à un déferlement de bonne humeur et de blagues, en plus des quatre films prometteurs qui devraient nous mener aux alentours de 7h du matin. Mais avant ça, j’ai du boulot, avec deux films prévus en projo et deux sur les écrans de la salle presse.

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À chaque jour son rip-off de comédiens, et aujourd’hui c’est à un croisement un peu bovin de Paul Walker et Hugh Jackman auquel j’ai droit, à savoir l’australien Daniel MacPherson dans Infini de Shane Abbess, déjà responsable en 2007 de Gabriel, un sous Légion avec feu Andy Whitfield. Dans Infini, une équipe de secours est envoyée par téléportation à l’autre bout de la galaxie pour faire la lumière sur des évènements tragiques survenus dans une station minière. Mais arrivé sur place, l’unique survivant Whit Carmichael leur apprend que tous les occupants de la station se sont entretués sauvagement. S’en suit un film d’horreur spatiale oppressant (ou au moins qui se voudrait oppressant), qui mange à tous les râteliers, et va chercher autant du côté d’Aliens et Pandorum que d’Event Horizon, Prometheus, 28 jours plus tard, le tout avec une pointe de The Thing. Un bloubi-boulga indigeste qui commençait plutôt bien, le spectateur étant directement mis dans l’ambiance et propulsé dans le récit, au milieu de personnages brossés en trois coups de pinceaux mais assez charismatiques, malgré les ficelles scénaristiques un peu grossières. Le mystère s’épaissit, on se demande ce qui, loin dans l’espace, a pu rendre fous tous ces mineurs, et les premières scènes dans la station abandonnée et figée dans la glace donnent un ton poisseux, peaux arrachées séchant sur des étendoirs à l’appui, qu’on aurait voulu voir se prolonger tout au long du film. Las, après ce début prometteur, le film entre bien vite dans le classicisme des « films de contagion enragée » et dans la lourdeur des films de couloirs bavards. On ne discute plus qu’on ne tremble, on se dispute plus qu’on ne fuit, et la relative originalité de la menace n’empêchera pas des explications scientifiques laborieuses et un scénario nébuleux mal foutu qui nous laisse in fine dans le flou, sans vraiment poser de questions. Et l’histoire tirant en longueur (1h51 quand même le bouzin), c’est peu dire que ce n’est pas la meilleure manière de commencer la journée. On notera tout de même un visuel crasseux et métallique assez convaincant, mais dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler.

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Ayant deux heures à tuer avant le film suivant, je décide de rattraper mon retard et file en salle presse pour voir un des films de mon programme que j’avais du laisser de côté faute de pouvoir me dédoubler. Je me laisse tenter par III (oui c’est le nom du film) de Pavel Khvaleev, film russe aux confins du rêve et du cauchemar où, après la mort de leur mère, fauchée par une maladie qui fait rage dans leur village, une Ayia voit sa sœur Mirra tomber malade à son tour et tomber dans un profond coma. À la lecture d’un livre ésotérique trouvé chez le père Herman, il apparaît que pour sauver sa sœur, elle devra faire un voyage psychique dans les méandres de son subconscient, et découvrir les véritables raisons de sa maladie.

Un point de départ intriguant qui, comme le laisse entendre le programme du BIFFF, ressemble à un mélange de film d’exorcisme et de l’Aventure Intérieure. Ou plutôt du The Cell de Tarsem Singh. Imaginez une odyssée à travers l’inconscient et les peurs d’une jeune fille terrorisée, matérialisés par des paysages tantôt surréalistes, tantôt angoissants, et des visions de cauchemars qui n’auraient pas démérité dans le plus terrifiant des Silent Hill, en faisant une sorte de version glauque et horrifique d’Au-delà de nos rêves. Oui, c’est bien beau sur le papier, et si l’on a effectivement droit à une atmosphère éthérée glaçante et des images effroyables, elles ne sont qu’une petite partie de l’ensemble, pourtant plutôt court (le film dépasse à peine les 1h20). Le résumé fait plus haut contient en fait presque 50 minutes du métrage, et l’on pourrait presque dire qu’il se termine au moment où il commençait réellement. Déjà que l’ambiance languissante et le jeu très monocorde typique des pays slaves, heureusement émaillés de fulgurances graphiques sordides, ne sont pas pour soulever facilement l’intérêt du spectateur peu habitué à ce rythme…

Pourtant, III est très loin d’être dénué d’arguments. L’histoire (et surtout sa résolution implacable) contient des idées très intéressantes, la photographie ocre et les paysages de contes sont magnifiques, et les passages horrifiques ont un impact visuel et thématique vraiment saisissant. Seulement il aurait fallut autour de ça un liant efficace, une ligne directrice forte, et surtout un scénario beaucoup mieux structuré, et peut-être plus clair. J’imagine fort bien que le symbolisme et la métaphore jouent un grand rôle dans un récit qui ne se veut pas forcément littéral, mais j’avoue avoir parfois eu du mal à démêler les tenants et aboutissants de ce qui se passait devant moi. Malgré, et je me répète, un final réussi qui fait véritablement froid dans le dos. À découvrir pour les amateurs de cinéma russe pas rebutés par un rythme languissant et un scénario embrumé.

Je finis pile à temps pour avoir une bonne place dans la file d’attente pour le blockbuster familial de la journée ! Et oui, le BIFFF ce ne sont pas uniquement des cinéphiles déviants bourrés à la bière qui hurlent des vannes grasses devant un film d’horreur ultra-gore rempli de nichons, c’est aussi un cinéma plus grand public, toujours axé autour des grands thèmes du festival (Fantasy, fantastique, thriller et science-fiction), mais à la portée de nos chères têtes blondes (non, aucune référence aux nazis, Dead Snow 2 c’était l’année dernière).

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Cette année, en plus du danois Danny’s Doomsday et ses monstres sauriens que je verrais sans doute en salle presse, nous avons droit à Robots Overlords, nouveau récit de jeune(s) devenant par la force des choses le dernier espoir d’une humanité confrontée à une menace globale (et souvent dictatoriale). Ici ce sont des robots venus d’une autre galaxie qui ont défait les armées terrestres en 11 jours, et règnent maintenant d’une main de fer sur une dictature sécuritaire, confinant les humains dans leur maison pour mieux les étudier, et vaporisant quiconque reste trop longtemps à l’extérieur. Le tout avec l’aide de vils collaborateurs de chair et d’os, les chefs de zone. Tout va peut-être changer le jour où un groupe d’enfants découvre le moyen de déjouer le système de pistage, et que l’un d’entre eux, Sean (Callan McAuliffe, le jeune Gatsby du film éponyme) se découvre le pouvoir de contrôler les robots qui passent à sa portée. Réalisé par l’irlandais Jon Wright (le très sympathique Tormented et surtout l’épatant Grabbers et ses extraterrestres alcoolophobes), il se paye les services de Gillian Anderson en mère courageuse convoitée par un affreux jojo lâche et cruel en la présence de l’inénarrable Ben Kingsley, et prouve, bien plus que le Super 8 d’Abrams qui s’en revendiquait, que l’esprit Amblin n’est pas mort.

Pas que ce teen-movie de science-fiction tutoie les cimes des Goonies ou de Gremlins, mais il en conserve la moelle, et cet esprit d’aventure naïf et volontaire qui faisait le sel des productions de Spielberg. Pourtant l’histoire et les péripéties sont d’un classicisme redoutable, le film est très court et fait preuve d’une ambition si humble qu’elle confine presque à l’anecdotique.

On est loin des fresques épiques et bavardes étalées sur trois ou quatre épisodes, comme il en fleurit un peu partout, Robots Overlords pose ses bases avec un simple encart, démarre sur des chapeaux de roue et ne s’arrête jamais, et en cela il vaut bien les Hunger Games et autres Divergente qui pullulent sur les écrans. Les péripéties ne sont pas follement impressionnantes mais tiennent en éveil, le scénario n’est pas foncièrement original et les effets spéciaux classiques, mais la légèreté et l’humour du propos, les personnages attachants ou glaçants (mention spéciale à l’androïde nain nommé médiateur qui fait froid dans le dos) et surtout la cohésion de groupe immersive qui émane du quatuor d’enfants emportent le morceau pour faire passer un très bon moment, à défaut d’être dense et/ou révolutionnaire. Et c’est déjà pas mal.

Allez, allez, on continue le marathon, il faut voir un maximum de films d’ici l’ouverture de la Nuit fantastique (et tant que mes yeux tiennent le coup). À peine le temps de passer faire des réserves en prévision (soda sucrés, boissons énergétiques, sucres lents, chocolat, banane et Pringles, de quoi tenir le siège), et je file en salle presse pour piocher dans la bibliothèque vidéo en attendant que l’heure soit venue de faire la queue pour l’événement de la semaine.

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Je jette mon dévolu sur Mexico Barbaro que je n’étais pas allé voir la veille pour cause « je vais tâcher de dormir assez avant la Nuit », film à sketchs mexicain qui réunit 8 réalisateurs hispaniques autour de légendes horrifiques locales, qu’elles soient urbaines ou folkloriques, avec un seul maître mot de l’instigateur du projet Jorge Michel Grau (Ne nous jugez pas) : Lâchez-vous. Ca semblait de bonne augure.

Première déception, la copie est déplorable, on dirait un divx ripé à la va vite, et ça pique les yeux. Tant pis, on fait avec ce qu’on a, et je m’applique à suivre attentivement ce qui se passe sur l’écran.

C’est à dire pas grand chose, la plupart des réalisateurs ayant oublié de raconter une histoire construite avec un début, un milieu et une fin (voire une révélation), au profit de l’étalage de sévices et d’excentricités. Viol sauvage, récupération d’organes, nécrophilie, sacrifice rituel, collections macabres, démembrements, tout y passe sur la forme, sans avoir plus de considération pour le fond qu’un vague canevas tiré de légendes certes intéressantes (et souvent glauques) mais qui méritaient plus qu’une simple allusion.

Heureusement, plus on avance dans le film, et plus les segments gagnent en intérêt, glanant un twist original ou, pour les deux derniers, une réelle histoire, simplissime, mais efficace et pertinente. Les autres ont surement contenté une poignée de braillards présents à la séance de minuit surtout pour voir « du sang, des boyaux, de la rate et du cerveau », mais leurs intérêts restent extrêmement limités. Voyons cela en détail.

TZOMPATIL : Un journaliste interviewe le membre d’un gang aux accents aztèques dont la cérémonie d’intronisation puise sa source dans les légendes macabres des anciens résidents du pays. Point d’histoire ici, ce court de 10 mn décrit simplement le déroulement de cet évènement, qui sera de toute façon galvaudé pour quiconque connaît la signification du titre.

JARAL DE BERRIOS : Deux cowboys, dont un blessé, trouvent refuge dans la légendaire hacienda de Guanajuato, et se retrouvent confrontés à une attirante jeune femme qui pourrait bien s’avérer être un esprit malfaisant. Un récit très classique, rien de bien neuf sous le soleil, mais au moins le visuel est intéressant, l’ambiance réussie, et on suit le tout sans déplaisir.

DRENA (DRAIN) : Attention, tenez-vous bien, voilà le pitch. Après avoir fumé une cigarette trouvée dans la main d’un cadavre, une jeune fille reçoit la visite d’un esprit qui lui intime l’ordre de « drainer le sang de sa sœur par son vagin » sans quoi il viendra « aspirer son âme par son anus » (véridique). Et c’est tout. Elle le fait, et ensuite il se passe des choses un peu psychédéliques à la fin que je n’ai pas trop compris.

LA COSA MAS PRECIADA (LA CHOSE LA PLUS PRÉCIEUSE) : Deux adolescents partent passer leur première nuit d’amour dans le cabanon d’un camping au fond des bois, et se retrouvent aux prises avec des Aluxes, esprits à gueule de troll sortis tout droit du folklore mexicain. C’aurait pu être bien, l’idée de confronter l’imagerie du slasher (clichés et pellicule salie à l’appui) aux légendes locales était judicieux, mais le tout sombre dans le ridicule craspec, mal joué, crispant (les cris de l’héroïne mon dieu), aux créatures grotesques et surtout qui n’apporte aucune autre résolution que le fait accompli. Tout ça, pour ça…

LOS QUE IMPORTA ES LO ADENTRO (LE PLUS IMPORTANT SE TROUVE À L’INTÉRIEUR) : Ici encore, pas vraiment d’histoire, juste l’activité d’un sans abri tout sourire par devant, qui par derrière kidnappe des enfants, les tue et prélève leurs organes. Pour quelle raison ? On le saura à la fin (même si logiquement on a tous deviné au premier coup d’œil). C’est gore, oui, glauque et sordide (à faire pâlir les réalisateur de Serbian Film), mais ça ne semble avoir d’autre volonté que celle de choquer en proposant le pire qu’il est possible de montrer au cinéma. C’est donc sans intérêt.

MUNECAS (POUPÉES) : Dans un noir et blanc sale, une jeune femme est poursuivie par une sorte de boucher armé d’une machette. Si le récit est stéréotypé et absolument sans surprise (on dirait une scène tirée d’un film plus long), ce segment vaut pour sa révélation finale plutôt bien vue qui met en valeur l’un des lieux les plus emblématiques et terrifiant du folklore mexicain, bien connu des internautes.

SIETE VECES SIETE (SEPT FOIS SEPT) : Un homme récupère un cadavre et l’emmène dans le désert pour un obscur rituel, tandis que rôde un spectre enflammé sur son cheval. Enfin on entre dans le vif du sujet. À savoir un récit étrange et prenant autour d’une macabre tradition, qui culminera dans une révélation qui donne tout son sel aux images qui ont précédé. Un segment qui fait froid dans le dos, porté par une photographie magnifique.

DIAS DE LOS MUERTOS (LE JOUR DES MORTS) : La fête des morts se prépare dans un stripclub mexicain, alors que la patronne, semblant ne faire que peu de cas des viols à répétition subis par ses employées, tient à celles-ci un discours sur leur place dans la société, et sa haine des êtres faibles. Encore une fois un récit tout simple, sur une idée forte, mais qui a le bon goût de réellement raconter quelque chose, en plus d’être graphiquement aussi coloré que sanguinolent, et se termine même sur une note satirique de bon aloi. Parfait pour terminer cette anthologie.

Bref, pas grand chose à garder dans ce Mexico Barbaro qui semble n’avoir retenu que le Barbaro du titre au détriment du cinéma.

Et la Nuit Fantastique ?

Je vous la garde au chaud pour demain les copains, en attendant, profitez de ces quelques vidéos qui devraient vous donner un aperçu de l’ambiance de grands malades mentaux qui a régné pendant 8 heures.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=hMVIOPt9Q5A[/youtube]

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=BpECWWQLZww[/youtube]

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=tSaUJV26KlU[/youtube]

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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