décembre 9, 2021

Festival des Maudits Films 2015 Jour 4

affiche-2015-108-FestivaldesMauditsFilms

GRENOBLE, JOUR 4

Le vent souffle sur la plaine (air connu aussi).

Il fait toujours aussi froid, et on s’éveille avec la tête dans un endroit où le soleil brille rarement (oui oui, c’est ça, c’est le cul). Un peu fatigués, mais prêt à repartir à l’assaut, car un beau programme nous attend, du samouraï allemand, du redneck belliqueux, du thriller texan et du porno jovial (et culte, quand il est jovial, le porno est souvent culte).

Quoique pour ce dernier, c’est mal parti, la séance est à minuit (sans compter la conférence présentation d’Eric Peretti) et le dernier tram part à 1h20 (voir la déconvenue désespérante du jour précédent).

Autant dire que si personne ne peut nous ramener dans son infini bonté, ça va être compliqué d’assister à cette dernière séance, mes pieds me suppliant déjà de ne pas tenter le diable.

Bref, fi des appréhensions, c’est qu’on a du pain sur la planche, faut encore s’en mettre plein les mirettes.

La journée commence comme d’habitude à 18h (oui, ça fait tard pour commencer une journée, mais prout) avec la compétition. Cette fois c’est un film teuton, qui a déjà grandement fait parler de lui, notamment au Mauvais Genre de Tours, mais dont on ne sait au final que peu de choses. François Cau nous précise que Der Samurai (c’est le titre) lui avait été conseillé par une ancienne de l’équipe, et qu’il aimait bien le film jusqu’à ce qu’une scène aux 2/3 le fasse tomber amoureux. De quoi mettre l’eau à la bouche, de même que la petite vidéo du réalisateur Till Kleinert qui présente le film comme « une invitation à la danse, dont les changements de style et de rythme peuvent paraître étranges », tout en espérant qu’on y sera sensible.

254504.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Pour te répondre, le moment est propice, Till, car le film commence.

Verdict ? Encore une grosse claque ! (on va avoir les joues rouges avant la fin de la semaine, je vous le dis)

Der Samurai est un pur film d’ambiance, avec un scénario certes, obscur mais envoûtant, un début, un milieu, et une fin, mais qui frappent surtout par le traitement visuel et sonore, par cette « danse » à la mélodie lancinante, à la chorégraphie flottante, qui donnent le ton du métrage. On aurait pu reprocher une histoire opaque, qui pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses, si cette ambiance hypnotique n’emportait pas immédiatement l’adhésion, jusqu’à se laisser porter par un récit sans jalons. Tour à tour furieux et poétique, onirique et sanglant (mais avec gland, on vous avait bien dit qu’il y aurait un pénis en érection par jour), Der Samurai n’est jamais linéaire et ballotte le spectateur d’une idée à l’autre, d’un style musical à l’autre, sans jamais perdre ni son public, ni son atmosphère suave, quand bien même il s’engouffrerait parfois dans le gore le plus rouge.

Récit d’un jeune policier dans une petite ville de province à la recherche d’un loup rôdant aux alentours, et qui va tomber sur un travesti mystérieux adepte du sabre, Der Samurai est un jeu du chat et de la souris très musical, où l’attraction/répulsion fait bon ménage avec une ambiance éthérée toujours à la lisière du fantastique. Un authentique chef-d’œuvre qui n’est jamais là où on l’attend.

Après une valse pareille, il nous fallait un bien un peu de temps pour digérer.

D’ailleurs à la simple idée de digérer, nos ventres vocalisent à l’unisson un concert de gargouillements.

La-Colline-a-des-yeux-20110511060310

Nous pourrions rester pour la séance suivante, présentée par Maxime Lachaud, écrivain spécialiste en cinéma d’exploitation venu proposer son imposant livre Redneck Movies, mais ayant déjà vu le film plusieurs fois, nous préférons contenter nos estomacs qui crient famine. Oui car à 20h c’est la Colline à des yeux de Wes Craven qui est proposé, en 35mm et en VOST, mais je ne vous parlerais pas du film, car en bon cinéphile que vous êtes, vous l’avez forcément déjà vu (et si ce n’est pas le cas je vous conseille de vous cacher de peur de subir les moqueries des passants) (et si vous pensez que La Colline a des yeux 2 c’est une chanson des Inconnus, cachez-vous mieux).

Du coup nous partons nous restaurer dans un excellent restaurant à burgers appelé Le Casse-croûte à Dédé, qui propose des sandwichs maison à la viande charolaise (ou végétarien pour les herbivores), des frites à l’ancienne de la taille d’un pouce de troll, des tartes, des tartiflettes et des douceurs artisanales. Pour ma part j’ai pris un chocolat chaud liégeois aux éclats de spéculos qui… Comment ?… Ah bon… Ah Bon très bien… On me rappelle que ceci est un site de cinéma et pas de gastronomie… C’est un peu sectaire m’enfin bon…

Bref nous revenons à temps pour filer un coup de main à l’orga qui installe le stand livres/dvd pour le public de la séance suivante, qui lui patiente en rongeant son frein vu que La Colline a pris pas mal de retard (apparemment Maxime Lachaud s’est avéré aussi prolixe qu’Eric Peretti en matière de présentation de film).

C’est donc à la bourre que démarre la projection suivante, dont les bobines ont été une nouvelle fois chinées dans les caves de la cinémathèque, histoire de contrebalancer le ciné d’exploitation et le gros Bis qui tâche, marques de fabrique du festival depuis ses débuts. Une pelloche plutôt attendue, puisque non content d’introduire Orson Welles (non ce n’est pas sale, arrêtez de pouffer bêtement comme ça) en propriétaire de ranch veule et arrogant, ce Salaire du Diable est réalisé par les mains expertes de Jack Arnold, bien connu du grand public pour être l’homme derrière Tarantula, L’Homme qui rétrécit ou l’Étrange créature du Lac noir, excusez du peu.

Un film remis dans son contexte par l’indétrônable Eric Peretti, qui nous raconte comment Orson, revenant d’un exil volontaire en Europe, accepte de tourner dans cette modeste série B pour se refaire une santé, puis panique lorsqu’il s’aperçoit que les chiens dressés pour jouer à ses côtés sont en fait des chiens d’attaque, entrainés à sauter sur les acteurs dès qu’ils lèvent le bras à hauteur de leur tête. Et quand on tourne en plein Texas par 40°, croyez-moi qu’on s’éponge souvent le front. Ce qui provoquera une mésaventure peu agréable pour l’assistant réalisateur.

Mais tout est bien qui finit bien, le film a bien pu se tourner vu qu’on est devant.

J1243

Et c’est encore une excellente série B de derrière les fagots, qui dépeint la lutte entre deux hommes, entre justice et intérêts personnels, dans un noir et blanc velouté. À la fois western moderne, enquête policière, thriller politique et étude sociétale, le Salaire du Diable raconte comment, malgré les protestations et les intimidations, le shérif d’une petite bourgade texane décide d’enquêter sur un meurtre ayant eu lieu dans le ranch d’un riche propriétaire terrien, au bras long et à l’autorité absolue. Un schéma classique du western dont l’opposition entre la Loi et le pouvoir est toujours d’actualité, ou comment une grande structure cherche à broyer un individu, bien aidé en cela par la lâcheté et la cupidité des citoyens. Envers et contre tout, alors que même le maire et ses adjoints préfèreraient étouffer l’affaire pour éviter de déplaire aux puissants, le shérif (Jeff Chandler) cherche la vérité se dressant contre l’apathie quotidienne, au risque de se retrouver lui et sa famille dans une position précaire et des situations dangereuses.

Un thriller tendu comme un arc, émaillé de scènes de violence souvent sèches et cruelles, qui rappelle, si c’était nécessaire, la maitrise nerveuse qui caractérise le travail de Jack Arnold.

10926417_1048414691850914_4706658418581857063_n

Le film terminé, il nous faut choisir entre le confort des transports en commun, ou la séance de minuit, car personne ne rentre dans notre coin. Moi je n’ai pas la force de me retaper une nouvelle fois le trajet avec tout notre matériel sur le dos (on est venu filmer nous, à la base, on a une caméra et son pied à porter) et par ce vent polaire.

Mon camarade en revanche, est prêt à subir les ampoules aux pieds et la morsure du froid pour s’accoquiner avec Linda Lovelace

Obsédé !

Très bien, qu’à cela ne tienne, moi je rentre. J’apprendrais de sa bouche le lendemain (il est arrivé à l’appart à plus de 2h, ahah, c’est bien fait) que la séance était précédé d’un court-métrage des Beaux-Ardeux, pendant lequel toute l’équipe du festival s’acharna à faire pleuvoir sur le public des nuages de préservatifs, une manière de préparer les spectateurs à ce qui allait suivre et de présenter le dernier film de la journée (en plus du quart d’heure d’anecdotes habituel d’Eric Peretti).

C’est qu’il faut être bien préparé à la vision d’un objet cinématographique comme Gorge Profonde !

Je n’étais pas à la séance, donc, mais je peux quand même vous dire deux mots sur le film, je l’ai déjà vu.

GorgeProfonde

Avec Derrière la porte verte feat Marilyn Chambers et L’Enfer pour Miss Jones feat Georginia Spelvin, le film de Gérard Damiano fait partie du trio porno culte des années 70 qui devait beaucoup à leurs égéries autant qu’ils les avaient fait accéder au rang de star. Après la poésie sous LSD des Frères Mitchell et l’étude sociologique un peu glauque de Devil in Miss Jones, Gorge Profonde termine le tour d’horizon du film de fesse en optant pour la paillardise absurde et funky. Ici pas question de se prendre au sérieux, le ton est comique et le scénario décalé, puisque l’héroïne, désespérée de ne pouvoir atteindre l’orgasme, apprend par son médecin que, hasard de la nature, son clitoris se trouve au fond de sa gorge ! Ce qui, au final, tombe rudement bien, la demoiselle étant apte à de véritables prouesses buccales promptes à faire rougir de jalousie un avaleur de sabre. Réalisation enlevée, montage inventif et imagé (il faut voir les stock-shots de feux d’artifice et de saut de bouchon de champagne représentant l’orgasme pour le croire), second degré omniprésent, Deep Throat, malgré les rumeurs sordides jamais prouvées quant à sa production, est une petite gâterie qui fait sourire autant qu’il donne chaud tout partout.

Et en plus c’est très court (je parle du film là, hein…)

Apparemment, le public s’est bien amusé dans les bras de Linda. Moi j’avoue qu’à ce moment-là, j’étais déjà dans ceux de Morphée.

Faut bien se reposer, le dernier jour, ça va être quelque chose…

Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.