octobre 26, 2020

Prince des Ténèbres

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Titre Original: Prince of Darkness

De : John Carpenter

Avec Donald Pleasance, Dennis Dun, Victor Wong

Année : 1987

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Un prêtre, des étudiants et quelques scientifiques entreprennent de mettre à jour le secret contenu dans un mystérieux coffret gardé depuis des siècles par une secte religieuse. A l’intérieur un troublant liquide vert va vite mettre toute l’humanité en péril.

Avis :

Quand John Carpenter sort un film, c’est toujours un évènement et c’est toujours intéressant. En effet, le monsieur s’est taillé une filmographie exemplaire et sulfureuse, avec à chaque fois des frissons mais aussi une dénonciation du système qui gère notre société. Prince des ténèbres est sorti en 1988 et montre une face cachée de notre bonne vieille église ainsi qu’une dénonciation profonde de cette institution dans un film d’horreur volontairement long et glauque. Le seul problème, c’est que peut-être que nos mœurs ont changé, peut-être que l’état d’esprit des gens a changé et du coup, le film n’a plus le même impact aujourd’hui. Mais autant rassurer tout le monde de suite, comme avec Invasion Los Angeles, Prince des ténèbres est toujours autant d’actualité et prouve encore une fois que Carpenter était un grand visionnaire dans les années 80. Alors que se cache-t-il derrière un titre aussi évocateur ? Quelles sont les critiques à l’encontre de l’église ? Comment Carpenter parvient-il à insinuer la peur chez le spectateur ? Poussons les portes de l’église et regardons cette insidieuse infection.

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Le scénario en lui-même est assez simple et le déroulement de l’histoire demeure tout de même assez nébuleux. Un vieux prêtre meurt en laissant sur lui une boîte avec une grande clef ainsi qu’un message d’urgence. Le père Loomis va alors découvrir dans une église, une entité sous la forme d’un tourbillon vert enfermé dans un immense cylindre. Trouvant un livre aux écritures diverses, il va alors faire appel à un professeur ainsi qu’à des élèves pour résoudre ce mystère et savoir ce qu’est cette substance. C’est alors que les sans-abris alentour enferment les étudiants, et que les meurtres commencent à prendre place. Proche d’un roman de Lovecraft, Carpenter va raconter une histoire effrayante sur le papier et profondément malsaine sur la tentative de naissance du Malin dans notre monde. Seulement, certains passages semblent trop obscurs et parfois un peu hors de propos aujourd’hui, car si les étudiants sont dans des filières scientifiques très bizarres, leurs discours sur les choses passés ou à venir, ou sur la réalité sont très abstraites et complexes. D’ailleurs cela a pour lieu de rendre leurs histoires assez superficielles et pas très intéressantes. On se concentrera d’autant plus sur la nature de l’entité dans son bocal et on sera plus absorbé par le déroulement lent et effrayant dans l’église.

Par contre, ce qui est très fort dans le film, c’est l’ambiance oppressante et grandissante. En effet, le début du métrage est très lent, et Carpenter en profite pour nous montrer les personnages, ainsi que le début des ennuis. Mais cette démonstration est longue, voire un peu trop, et on risque rapidement de s’assoupir. Mais le génie est bien présent, car à partir du moment où les acteurs vont se retrouver dans l’église, le film prend une tournure très angoissante, étouffante, avec un climat suffocant. Sorte de huis clos démoniaque, Carpenter va mettre en avant une inquiétude de tous les instants et une sorte de paranoïa qui n’est pas sans rappeler The Thing. Mais en plus de cet aspect vraiment angoissant, le réalisateur va mettre en avant une critique acerbe de la religion et de l’église. Projetant l’arrivée de Satan, on va voir un prêtre complètement fasciné et terrifié par ce qu’il va se passer et qui ne possède aucune solution. De plus, le fait que ce soit une secte de l’église qui fasse venir Satan et qu’elle soit sous le secret du Vatican, montre bien combien Carpenter ne les porte pas dans son cœur. Loin d’être aussi idiot et primaire, le réalisateur va détourner ce propos en proposant tout de même un prêtre impuissant, certes, mais souhaitant tout de même faire du mieux qu’il peut pour sauver le monde, en ne faisant que peu attention aux dommages collatéraux. Du coup, c’est cette angoissante montant crescendo plus cette critique du système ecclésiastique qui fait que Prince des Ténèbres demeure très intéressant.

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Au niveau du casting, Carpenter va miser sur un acteur très connu avec lequel il a déjà travaillé. Ainsi, Donald Pleasance  repasse devant la caméra de Big John avec le même nom que son personnage dans Halloween. Le clin d’œil est plutôt sympathique puisque notre cher docteur Loomis devient le Père Loomis. Il incarne son rôle avec une justesse incroyable et il semble vraiment effrayé par ces évènements. A côté de lui, on retiendra surtout l’interprétation du regretté Victor Wong, habitué des série B pour enfants (les 3 ninjas se déchainent) qui joue un professeur de sciences un peu particulier et qui est un peu le mentor du groupe. Jouant assez bien son rôle, il a un fort capital sympathie. Le héros de l’histoire, un moustachu, c’est normal pour l’époque, est joué par Jameson Parker et il faut dire qu’il me laisse assez perplexe. S’il demeure bien gentil, il n’a pas la carrure d’un héros et encore moins d’un héros torturé par la tournure des évènements. Ceci dit, il tient bien son personnage qui reste peu complexe. Il faut aussi noter le rôle du black qui se regarde dans le miroir, et qui est parfait ou encore la blonde se décomposant au fur et à mesure de l’aventure et qui joue très bien la folie.

Ayant déjà prouvé qu’il était très fort en effet gore dans The Thing, Carpenter va réitérer cela dans Prince des Ténèbres. Pas forcément à la hauteur du film de 1982, ce dernier va montrer quelques passages très dérangeants et une paire de passages gores bien sentis. Par exemple, on va pouvoir apprécier la décomposition progressive du corps d’une femme, puis par la suite, lorsque son bras ou sa tête se fait couper et qu’elle arrive à les faire repousser ou encore à remettre sa tête en place. On appréciera aussi le passage des cafards, avec l’homme qui parle et se tient debout grâce à la masse grouillante d’insectes. Bref, Carpenter montre qu’il est encore le maître des effets spéciaux mais aussi de la mise en place de ceux-ci, les rendant inattendus, et donc d’autant plus effrayants. On aura aussi droit à un bel égorgement qui surprendra le spectateur. Enfin, ajoutant un petit côté sexuel à tout ça, le réalisateur va rendre l’infection liquide, avec une espèce d’eau s’écoulant vers le haut et qui transforme les personnes en sbires bien sages, sorte de zombies obéissants. Ce liquide se passe bien entendu de bouche en bouche, rajoutant une sorte de mépris pour l’église et son point de vue sur la sexualité. La fin reste surprenante, plutôt nihiliste, et reste fidèle à la vision du cinéma par son réalisateur.

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Au final, Prince des ténèbres est un film d’horreur très intéressant, mais qui a un peu souffert des affres du temps. Très long à démarrer et pas forcément génial dans son début et ses personnages, le film se révèle très fort dans l’église, se transformant en un huis clos angoissant et avec une ambiance étouffante. Bref, il ne s’agit pas pour moi du meilleur film de Carpenter, mais on reste dans du bon niveau et dans un film à la critique sulfureuse mais justifiée. Attention tout de même car le film est lent.

Note : 14/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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