Mister Babadook

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Titre Original: The Babadook

De: Jennifer Kent

Avec Essie Davis, Noah Wiseman, Daniel Henshall, Hayley McElhinney

Année : 2014

Pays : Australie

Genre : Horreur

Résumé :

Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu’elle n’arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé ‘Mister Babadook’ se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le ‘Babadook’ est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations…

Avis :

L’Australie est une terre dangereuse, cela ne fait aucun doute. Entre les araignées, les requins, les serpents, les renards volants ou encore les animaux aquatiques mortels microscopiques, l’Australie est l’un des pays les plus dangereux au monde. Il était logique donc que le cinéma australien soit quelque peu hard boiled que ce soit dans les relations humaines avec Animal Kingdom ou dans les tueurs psychopathes à tendance redneck avec l’excellent Wolf Creek. Mais il y a une autre chose qui facilite l’horreur, c’est l’enfance. Ce symbole de l’innocence devient rapidement un vecteur de l’horreur, notamment grâce à l’empathie que véhicule l’enfant et sa relation avec les autres, mais aussi à la perversion de la pureté que représente la jeunesse. Entre L’Exorciste ou La Malédiction, on peut dire que les gosses maléfiques foutent les jetons. Alors quand on combine un pays qui possède un cinéma franc avec un thème qui touche à l’enfance, on peut être face à un excellent métrage horrifique. Mais est-ce le cas avec Mister Babadook ?

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Tiens ce n’est pas le Petit Prince

Comme bien souvent, quand on fait un premier film, on tombe dans l’horreur. Et si bons nombres de réalisateurs ont été convaincants comme Peter Jackson ou Steven Spielberg, on ne peut pas dire la même chose avec James Cameron et son Piranhas 2. Mais on peut dire que Jennifer Kent fait partie de la première catégorie car son Mister Babadook est une belle réussite. Mère de famille célibataire, Amélia essaye de s’occuper au mieux de son enfant qui a des troubles psychologiques et qui reste persuadé que des monstres existent dans son placard. Un soir, alors qu’il s’est fait virer de son école, il prend un livre dans sa bibliothèque qui se nomme Mister Babadook. Effrayé par cette lecture, l’enfant devient de plus en plus violent et perturbé et il assure à sa mère de voir le Babadook. Cette dernière commence alors à avoir des visions elle aussi et se dit que son fils n’a peut-être pas des hallucinations. Partant sur l’axe du boogeyman et du monstre dans le placard, Jennifer Kent va réussir à éviter tous les écueils du genre, pour fournir un film qui monte crescendo et qui s’appuie sur des effets à l’ancienne.

Le film se démarque des productions horrifiques actuelles en ne proposant quasiment aucun « scare jump » et en évitant aussi l’aspect gore ou tape à l’œil. On est clairement dans un film d’ambiance, qui fait monter la tension et qui laisse le spectateur mal à l’aise. Pour ce faire, la réalisatrice s’appuie sur des personnages forts et sur un relationnel difficile tout en explorant toutes les peurs enfantines. Certes, les conflits parents/enfants ne sont pas neufs dans le cinéma horrifique, mais l’intelligence du récit pose un vrai problème dans ce relationnel. La mère n’aime pas son fils et ne lui dit d’ailleurs jamais. Son fils a dû mal à trouver sa place et essaye par tous le moyens de faire comprendre à sa mère que lui, il l’aime. Du coup, une certaine mélancolie se dégage du film et on ressent une profonde tristesse. C’est relativement poignant et on va se prendre d’affection pour cette mère en perdition qui n’arrive pas à faire le deuil de son mari et pour cet enfant qui est rejeté de toutes parts, notamment par sa tante, sa cousine et sa mère. A cette relation difficile vient s’ajouter une réalisation froide, presque clinique avec des couleurs qui vont du bleu au gris en passant par le noir. Cette absence de couleurs dans le film renforce la sensation de nostalgie et d’angoisse. On peut comparer ce film à des métrages comme La Malédiction ou Rosemary’s Baby qui profite d’une ambiance glauque pour poser l’horreur.

Bien entendu, le film n’est pas parfait, il est parfois un peu long et la version française est affreuse, surtout pour la voix de l’enfant qui en devient vraiment insupportable, mais on oublie rapidement ces défauts car on est pris dans une atmosphère presque morbide. Le Babadook n’est pas forcément le croque-mitaine espéré, mais il dégage une certaine prestance, on ne sait pas ce que c’est jusqu’à la fin, qui reste tout de même ouverte et qui pose certaines questions sur l’origine du monstre (fantôme du passé, personnalisation du refus du deuil, véritable monstre ?). Le film demeure assez métaphysique et certaines phases sont assez puissantes, comme la scène d’intro où la mère se réveille alors qu’elle rêvait de son accident où elle a perdu son mari. Dès ce départ, tout va tourner autour du deuil et de la difficulté à aimer son fils qui est né le jour de la mort de son mari. Enfin, on peut aussi parler de Essie Davis, qui tient le rôle principal et qui est juste parfaite. Elle livre une prestation remarquable, devenant touchante au départ, puis agaçante sur le milieu pour finir vraiment effrayante sur la fin. Il s’agit-là d’une grande actrice. Si le côté gore est quasiment absent, on aura tout de même deux phases assez dures, et le film ne lésinera pas sur la conscience du spectateur, montrant les choses crument et sans fioriture.

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Putain, c’est le bordel sous ton lit !

Au final, Mister Babadook est un très bon film d’épouvante. S’appuyant sur une ambiance glaciale et glauque pour faire monter la tension crescendo, Jennifer Kent livre un film clinique, propre et qui a presque toutes les chances de devenir le meilleur film d’horreur de l’année, et cela malgré les quelques longueurs et une version française à éviter. Porté par une Essie Davis incroyable, ce métrage mérite bien ses récompenses et il serait dommage de passer à côté, car il est intelligent et presque hors de notre époque, renouant avec les effets des années 70.

Note : 16/20

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Par AqME

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