octobre 29, 2020

La Chambre des Morts – Franck Thilliez

9782266205016

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Pocket

Genre : Thriller

Résumé :

Celui-ci débute de nos jours, sur une route déserte du nord de la France. Une voiture renverse un homme qui transportait un sac contenant deux millions d’euros. À son bord, Vigo et Sylvain, deux informaticiens au chômage, décident de garder le magot et de faire disparaître le corps. Quelques heures plus tard, Lucie Henebelle, du commissariat de Dunkerque, qui enquête sur la découverte du corps d’une fillette aveugle, découvre sur les lieux du crime des traces de pneu et une paire de lunettes appartenant au père de la victime venu verser une rançon… Commence alors une course contre la montre pour sauver des griffes d’un serial killer une autre jeune fille kidnappée. L’enquête dévoile un trafic de femelles loups, singes, chiens ou chats, le massacre et le dépeçage d’animaux mâles, l’adoration de poupées. Bref, toutes les pièces du puzzle qui composent l’identité du psychopathe.

Avis :

En 2005, Franck Thilliez est révélé par un roman qui se place rapidement en tête des ventes : La chambre des morts. Lauréat de deux prix, d’une adaptation cinématographique des plus honnêtes, mais surtout d’un plébiscite quasi unanime sur ses qualités intrinsèques, ce troisième livre (n’oublions pas le trop peu connu Conscience animale) ancre définitivement l’auteur nordiste sur le devant de la scène. Neuf ans après sa sortie, l’occasion de revenir sur l’ouvrage se présente. Alors pourquoi tant de critiques positives ? Cette réputation est-elle usurpée, surpasse-t-elle l’intrigue ou, bien au contraire, sommes-nous en présence d’une histoire policière incontournable ?

D’emblée, l’on comprend que l’on n’a pas à faire à un roman médiocre cousu de fil blanc. L’entame a la bonne idée de scinder le récit en deux parties distinctes qui, de prime abord, n’ont pas de grand rapport. D’une part, la découverte de deux millions d’euros (et d’un cadavre encombrant) pour deux chômeurs. D’autre part, une enquête sur la disparition de jeunes filles. Avec un attachement particulier pour les détails et un souci de la mise en scène que l’on qualifierait presque de cinématographique, l’auteur tisse sa trame avec savoir-faire. La maîtrise se ressent également dans un style direct et percutant qui ne s’embarrasse pas de tournures compliquées.

Autrement dit, les codes du polar sont respectés à la lettre. L’ambiance sombre et désenchantée qui émane des pages offre un regard sans concession sur notre société et ce qu’elle exige de chaque individu pour s’y insérer. En effet, derrière l’enquête de façade, l’on décèle un message anticonformiste sur l’esclavagisme moderne, le pouvoir de l’argent et la place qu’il occupe dans notre quotidien. Tout cela reste non ostensible, mais a le mérite de figurer entre les lignes. Nullement rébarbative, la progression des investigations multiplie les rebondissements, les découvertes et les décors pour mieux immerger le lecteur.

À ce titre, l’on aura rarement vu le Nord décrit avec une telle justesse sans jamais sombrer dans la caricature ou la dépression avec un ciel grisâtre ou d’incessantes averses. Non seulement l’environnement est exploité au maximum, mais jouit de lieux singuliers et inattendus, voire insolites. Le taxidermiste dans le Vieux-Lille, le champ d’éolienne, les terrils… Chaque élément qui concourt à donner une identité propre au Nord se retrouve dans le roman si bien que l’on se demande comment d’autres auteurs pourraient écrire dans le même registre avec la région. Si l’on exige d’un polar que le décor possède une place prépondérante, dans le cas présent, on est véritablement en présence d’un personnage à part entière.

D’ailleurs, La chambre des morts marque la première apparition de Lucie Hennebelle, personnage fétiche de l’œuvre de Franck Thilliez avec Franck Sharko. Attachante, réaliste et bien construite dans son évolution psychologique, on comprend mieux pourquoi elle revient dans plusieurs histoires. Quant à Vigo, Sylvain ou d’autres seconds rôles, ils ont fait l’objet d’une attention particulière. Il en découle une palette d’individus usés par la vie aux réactions parfois pragmatiques, parfois excessives, mais toujours crédibles. L’ensemble fonctionne admirablement sans jamais choquer au vu de l’idée que l’on a d’eux.

Au final, La chambre des morts est un polar qui n’a pas usurpé son excellente réputation. À la fois sombre, réaliste et sans concession, l’intrigue multiplie les tours de force. Le suspense est entretenu de main de maître, avec un cheminement logique (d’aucuns diront implacables) et des investigations immersives. On salue également la plume au service d’un environnement d’une rare exactitude où évoluent des protagonistes attachants. En somme, l’on tient là un roman policier de haut niveau qui aura permis à un auteur talentueux de s’élever au-dessus de la masse. Addictif et original.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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