décembre 1, 2020

Qui a Peur de Virginia Woolf ?

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Titre Original: Who’s Afraid of Virginia Woolf?

De : Mike Nichols

Avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, George Segal, Sandy Dennis

Année: 1966

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Martha, fille du doyen de l’Université, et son mari George, professeur d’Histoire, rentrent légèrement éméchés d’une réception en fredonnant la comptine « Qui a peur de Virginia Woolf ?  ». À la demande de son père, Martha s’est vue contrainte à inviter un jeune couple, récemment emménagé, à les rejoindre pour boire un dernier verre. Mais à leur arrivée, Nick, professeur de biologie, et son épouse Honey trouvent leurs hôtes en pleine dispute. Ce qui aurait dû être une soirée sympathique entre amis va dégénérer en règlement de comptes généralisé. La nuit s’annonce longue et agitée…

Avis:

Dans la grande histoire des studios hollywoodiens, il y a des films qu’il ne faut pas rater, ou tout du moins qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. On peut citer en vrac Cléopâtre, Casablanca, Autant en Emporte le vent, West Side Story, j’en passe et des meilleurs. Mais dans la société actuelle, faire l’effort d’aller voir un film de plus de cinquante ans est presque insurmontable pour qui n’est pas cinéphile. Adapté d’une pièce de théâtre de 1962 qui fait écho à la chanson des Trois Petits Cochons, Qui a Peur de Virginia Woolf est la première adaptation cinématographique datant de 1966 et mettant en scène deux géants du septième art. Se replongeant avec délectation dans des découvertes de classiques, le film vaut-il encore le coup aujourd’hui?

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Jeux de mains, jeux de vilains

L’histoire du film et très simple et s’articule autour de deux couples. Martha est la fille du doyen de l’université. Son mari dirige la section Histoire de l’université et vise le poste de doyen. Alors qu’ils rentrent d’un dîner de chez le père de Martha, ils attendent alors la visite d’un jeune couple dont lui est professeur de mathématiques fraîchement arrivé dans l’université. Mais le jeune couple arrive en plein cœur d’une dispute et cela va les entrainer dans une nuit où toutes les vérités ne seront pas bonnes à dire. Filmé de façon très intimiste, le film est une véritable descente aux enfers où le couple va entrainer dans sa spirale de violence verbale l’autre couple qui n’a pourtant rien à se reprocher. Machiavélique au possible, le film est très malin et va entrainer aussi le spectateur dans un spectacle triste et hallucinant. Eberlué, ce dernier va se demander comment on peut en arriver là, comment un couple peut se détruire de cette manière; Et c’est la grande force dramatique du métrage, qui pousse à son paroxysme les joutes verbales et les blessures de l’âme.

La puissance de ce film, c’est que même 48 ans plus tard, il dérange. Il faut dire que le film est porté par deux acteurs absolument envoutant et envouté. Elizabeth Taylor est complètement possédée par son personnage et son rôle. Détestable dès le début, haineuse et vindicative, elle est absolument géniale dans ce rôle. Elle gagnera d’ailleurs son second oscar grâce à cette interprétation et ce n’est pas volé. A ses côtés, Richard Burton est tout aussi excellent. On le sent lassé, exténué par les frivolités de sa femme puis on le découvre aussi mauvais, voire plus, surtout sur la fin où il lâche une bombe qui va tout détruire. Le couple est hypnotique et fonctionne d’une manière naturelle et vraiment humaine. Au niveau des rôles secondaires, George Segal fait le job et demeure très bon dans le rôle de jeune premier qui veut prendre la place du patron. Sandy Dennis, qui gagnera l’oscar du meilleur rôle secondaire féminin est assez touchante, préférant se noyer dans l’alcool que de subir ce jeu de mots morbide.

Et tout ce petit monde contribue fortement au mal-être que l’on ressent de par les réactions engendrées et de par la roue destructrice qui se met en route et qui écrase tout sur ce passage. La sensation de réalité est telle que l’on e sent mal pour les divers protagonistes qui subissent ce lavement de linge sale. D’autant plus que le but est de blesser le plus possible son adversaire, de l’acculer dans ses retranchements jusqu’à le faire craquer, le poussant à l’extrême. Mais encore en plus de cela, le scénario est assez malin pour laisser planer des zones d’ombre, renforçant un sentiment de malaise. Certains secrets sont révélés, mais on ne sera jamais si cela est vrai ou pas, comme l’existence d’un hypothétique fils ou encore de la stérilité de la jeune femme. La fin ne dévoile rien de cela et reste dans le non-dit, préférant laisser le spectateur réfléchir. Et ça marche! On réfléchit longuement à cette joute verbale, on ce que l’on vient de voir, d’entendre pour digérer non seulement le choc, mais aussi le vrai du faux. On comprend aisément que le film ait pu choquer à l’époque, car certains passages sont sublimes mas malsains, comme lors de l’adultère tout en suggestion, mais qui est finalement plus poussé qu’autre chose. Enfin, la réalisation est exemplaire, sobre, élégante, rajoutant au réalisme de ce drame.

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Chérie, tu as des poux…

Au final, Qui a Peur de Virginia Woolf est un véritable bijou du cinéma, le genre de film qu’il faut avoir vu juste pour la prestation des acteurs, mais aussi pour sa réalisation sobre mais classieuse. Une joute verbale d’une grande violence dans les mots et dont le déroulement ne laisse personne indemne. Un film où l’amour se détruit au profit d’une haine vicieuse. Mais la haine n’est-il pas le penchant de l’amour?

Note: 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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