Interview Julien Maury

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Les propos suivants ont été recueillis lors d’une conférence de presse suivie d’un débat avec le public suite à la projection du film Aux Yeux des Vivants au Capitole Studios d’Avignon lors de la Deviant Zone.

Bonsoir Julien, Aux Yeux des Vivants n’a fait que 9 salles dans toute la France alors que finalement il reste moins frontal que A l’Intérieur. Pourquoi cette interdiction aux moins de 16 ans ?

Bonsoir, il faut savoir qu’en France, il y a plusieurs commissions de censure. Le film est passé lors de la première commission avec les organismes les plus conservateurs, notamment sur la protection de l’enfance. Et ce comité a des grilles très précises avec des cases à cocher. Donc soit tu rentres dans les cases, soit tu n’y rentres pas. Par exemple, en France, un mineur qui tient une arme à feu, même si c’est juste pour la prendre et la reposer, c’est une interdiction immédiate aux moins de 16 ans. D’ailleurs, on a frôlé le moins de 18 ans !

On sait que le public pour l’horreur est présent en France, comme on peut voir les succès de Paranormal Activity ou de The Conjuring. Qu’est-ce qui explique la frilosité des exploitants pour l’horreur française ?

Il faut savoir que les films comme Paranormal Activity coûtent trois fois rien à faire, mais les campagnes de pub coûtent dix fois plus que le film. Du coup, ces films ont droit à des vidéos virales, des buzz médiatiques, des affiches sur les bus, les abri-bus et c’est ce qui fait venir du monde. Notre film a coûté deux millions d’euros et on a dû faire appel au crowdfunding, ce qui explique la quasi absence de pubs et la peur des exploitants de voir peu de spectateurs.

Concernant le film, on sent énormément de références aux œuvres de Stephen King. Est-ce voulu ?

Oui et non. Comme beaucoup de fans, de cinéphiles, on bouffe plein de films, on aimerait en voir toute la journée si on pouvait, et bien évidemment, Stephen King fait partie des impondérables du genre. Notre film fait penser effectivement à Stand By Me de Rob Reiner par exemple. Par contre, certaines références sont inconscientes tellement elles font partie de notre culture. Et le plus dur, c’est de sortir de ces références pour fournir quelque chose de plus personnel.

Au niveau de la technique, on a l’impression que ce film est un mix entre A l’Intérieur et Livide.

Peut-être, mais cela s’est alors fait inconsciemment. On a eu très peu de jours de tournage et il a fallu faire vite. Je ne dis pas que l’on a fait n’importe quoi, tout était réfléchi avant, mais on a eu moins le temps de se poser que pour les deux films précédents.

On ressent un très gros travail sur la musique du film, qui est très présente et qui fait penser aux films américains.

Oui, Raphaël Gesqua a fourni un gros effort sur la musique qui est souvent délaissée dans les films français. D’ailleurs, je mets quiconque au défi de me siffloter une bande originale d’un film français sorti ces dernières années. Pour son travail, on a été très à l’écoute de ses conseils, on l’a laissé bosser librement. C’est lui qui a proposé le thème du sifflement dans le film et on était très sceptique, et finalement, ça fonctionne à merveille, c’est juste une tuerie !

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Au niveau du monstre, il y a aussi eu de la recherche. Comment a-t-il été conçu ?

En fait, notre monstre n’a pas forcément de design. Au départ, on voulait faire une créature vraiment monstrueuse, un peu comme dans Massacre dans un Train Fantôme de Tobe Hooper. Mais on s’est dit que c’était une idée à la con, une idée de fan de la première heure, un piège dans lequel il ne fallait pas tomber. Du coup, on s’est rapproché d’un monstre humain, totalement glabre et nu, avec un côté dérangeant mais attachant. On les aime nos monstres et il faut qu’ils soient attachants.

On sait que vous avez été pressentis pour faire Halloween II avant que Rob Zombie ne reprenne le projet. Est-ce cela qui vous a motivé pour faire un film de boogeyman ?

Oui et non. Avec Alex (Bustillo), on avait envie de faire un film différent de nos deux autres productions et on n’avait pas fait de film de boogeyman. Après, c’est venu naturellement et donc peut-être que inconsciemment..

Il y a aussi une surprise au niveau du casting. Comment ont été choisis les enfants ?

De façon, toute simple, on a fait appel à une agence de casting. Mais on a aussi suivi un conseil très précieux, choisir un enfant qui est celui du rôle. On n’écrit pas avec des acteurs en tête ou pour des acteurs, on les choisit par la suite. Pour les enfants, il ne faut pas les forcer à jouer un rôle, sinon, ça ne fonctionne pas. Dans le film, chaque enfant a vraiment le caractère de son personnage dans la vraie vie. Ce sont d’ailleurs de grands acteurs qui ont un CV impressionnant, à croire qu’ils ne vont jamais à l’école. Mais ils sont tous très bons et Zacharie Chasseriaud est certainement le futur Léonardo DiCaprio.

Et Anne Marivin qui passe de Bienvenue chez les Ch’tis à Aux Yeux des Vivants, c’est qu’elle a enfin compris ce qu’était le cinéma ?

Salaud va ! On n’est pas fermé à la comédie, pas forcément Bienvenue chez les Ch’tis, mais beaucoup d’acteurs de comédies sont intéressés par nos films. On a été contacté par Isabelle Adjani après A l’Intérieur car elle aurait adoré avoir le rôle de Béatrice Dalle. Elle devait d’ailleurs avoir le rôle de Marie-Claude Pietragalla dans Livide. Concernant Anne Marivin, c’est elle qui est venue nous voir car les dialogues lui plaisaient, elle trouvait qu’ils étaient très naturels. Et puis elle était intéressée pour jouer des sensations extrêmes comme la peur, la survie, hurler, avoir mal, etc… Cela change du registre habituel que l’on retrouve dans les comédies.

Et pour Béatrice Dalle ?

On a un pacte avec elle. Elle avait dit dans la presse après A l’Intérieur qu’elle jouerait dans tous nos films, et on lui trouve toujours un rôle. D’où le clin d’œil en début de film.

Sans compter sur la superbe prestation de Francis Renaud ! En tout cas, bravo pour votre film, c’est une belle réussite. Quels sont vos projets futurs ?

Avec Alex, on a deux/trois projets sur le feu, toujours dans l’horreur, mais dans un registre plus mature, plus sombre, très nihiliste. Maintenant, reste à savoir si ces projets verront le jour !

Propos recueillis par AqME

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