décembre 2, 2020

Driller Killer

Driller-Killer

De : Abel Ferrara

Avec Abel Ferrara, Carolyn Marz, Baybi Day, Harry Schultz

Année: 1979

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un artiste peintre perd peu à peu ses esprits jusqu’à se transformer en tueur en série opérant la nuit dans les rues de New York armé d’une perceuse. Le jour, il ne se rappelle plus de ses escapades nocturnes…

Avis:

Il est toujours intéressant de voir les premiers films de réalisateurs assez connus. Et il est d’autant plus intéressant de constater que bon nombre de réalisateurs de talent sont passés par le cinéma horrifique ou gore pour se faire connaître. En effet, on connait Peter Jackson et son Braindead, Guillermo Del Toro et son Cronos, Steven Spielberg et son Duel, William Friedkin et son Exorciste, Zack Snyder et l’armée des morts ou encore Alexandre Aja avec Haute tension (même si son tout premier film est Furia), voilà que je m’attaque donc à Abel Ferrara, réalisateur sulfureux avec deux films très marquants, Kings of New York et Bad lieutenant, qui a commencé sa carrière avec Driller Killer ou le tueur à la perceuse, avec lui-même dans le rôle principal. C’est d’ailleurs William Friedkin, en découvrant ce film qui va propulser Ferrara dans les hautes sphères d’Hollywood. Mais qui dit premier film, dit aussi budget serré, et cela ne rime pas tout le temps avec réussite. Alors ce premier film est-il réussi?

images

Maintenant tu peux dire que tu as un trou de mémoire!

Le scénario est très spécial, car tout en montrant et démontrant une certaine société américaine, le film se perd dans une facilité déconcertante notamment dans le tournant horrifique et prend une tournure pour le moins incongrue. En gros, on suit les tribulations d’un artiste peintre, avec deux nanas, et qui est en manque d’inspiration. Le manque de fric, les factures qui s’accumulent, l’exigence du mécène, bref, tout se réunit pour que notre artiste peintre pète son câble. D’ailleurs, il va vite le péter puisqu’un nuit il sort avec une perceuse électrique et zigouille tout ce qu’il lui passe devant tel un psychotique dégénéré. Mais quand le jour se lève, il devient incapable de se souvenir de ce qu’il a fait la nuit. Vu dans ce sens, le scénario reste très simpliste, et ressemble finalement à beaucoup d’autres métrages portant sur la folie.

Mais ce qui est vraiment bizarre et dérangeant, c’est qu’Abel Ferrara s’efforce sans arrêt à filmer des clochards, ou des marginaux qui trainent dans la rue et qui ne font que boire. On ajoute à cela des bandes de punk jouant des riffs insupportables dans des tenues grotesques et qui ne font que picoler ou fumer et on obtient une classe américaine, existante certes, mais rarement vu au cinoche et c’est assez intéressant. Mais le film étant un film d’horreur, Ferrara ne trouve pas le juste milieu entre ces gens dans le besoin et le besoin de tuer de l’artiste. Il y a une rupture qui ne colle pas, il manque un liant qui rendrait les choses plus claires. Parce que finalement, on comprend le pétage de plomb, mais on ne comprend pas la nécessité de tuer des nécessiteux alors que l’artiste les fréquente et les apprécie.

drillerkiller05

Le croisement entre James Bond et bricomarché

Les acteurs sont assez bons, notamment celui interprétant le peintre devenant fou. Bon, en même temps il s’agit d’Abel Ferrara lui-même qui, surement par manque de budget joue le tueur à la perceuse. Il tient bien son rôle et il faut dire qu’il a la gueule de l’emploi. Visage oblong, menton proéminent, regard quasi-vide, bref, une bonne tête de psychopathe. Pour le reste du casting, on retrouve deux donzelles assez jolies mais qui n’apportent pas grand-chose au métrage. D’ailleurs l’une d’elles aurait pu rajouter un tourment au peintre, mais elle ne se barre qu’à la fin du film (je ne spoile pas, puisque cela n’a que peu d’intérêts finalement). Les groupes punks restent bien dans la veine Sex Pistols et The clash, c’est parfois drôle et parfois assez pathétique notamment lors des prises de drogue et de fumette.

Au niveau du gore, parce que la pochette indique que le sang coule à flots. Et bien c’est presque un mensonge si je puis dire. En effet, il n’y a pas une goutte de sang pendant au moins 50 minutes. Néanmoins, ces minutes ne sont pas trop ennuyeuses puisque Ferrara dépeint une société marginale et en perdition. Les autres scènes restent assez classiques malgré une présence prépondérante d’hémoglobine, ce qui rend les meurtres assez surréalistes. Le jour où une perceuse fera autant de dégâts, c’est que Black & Decker ou Bosch auront fait du zèle. Il y a bien une scène assez gênante où le tueur fait un trou dans la tête d’un clodo ou encore lorsqu’il fixe les deux mains d’un mec au mur et que cela rappelle le Christ. Pour le reste c’est assez classique et pas très folichon. La tension est inexistante et il n’y aura pas un moment où l’on tremblera devant son écran.

Au final, Driller Killer est un film assez insipide mais qui met en avant le talent indéniable d’Abel Ferrara. Caméra mouvante hyper réaliste, séquence montrant la déchéance d’une catégorie sociale, grain poussiéreux et lumière rouge pour renforcer un mal être équivoque. Bref, nous sommes en présence d’un film qui m’a semblé raté dans le propos et pas assez approfondi malgré les atouts indéniables comme une réalisation sulfureuse et des meurtres qui ont pu choquer à l’époque. De nos jours, le film a vieilli et on a déjà fait bien mieux dans ce genre-là. A réserver aux fans de Ferrara et à tous ceux qui s’intéressent de près comme de loin au début de carrière d’un grand réalisateur.

Note: 08/20

Image de prévisualisation YouTube

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.