octobre 18, 2021

30 Jours de Nuit

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Résumé :

Barrow, Alaska : une bourgade terriblement ordinaire… mais un endroit de rêve aux yeux d’une horde de vampires. Car, durant l’hiver polaire, le soleil ne s’y lève pas pendant 30 jours consécutifs. 30 jours de nuit. 30 jours de terreur durant lesquels une poignée de survivants, menés par le shérif local et son épouse, devront faire face au mal absolu !

Avis :

Lorsque l’on exploite un sujet ou une créature dans tous les sens possibles et inimaginables, il est très difficile de trouver une nouvelle approche, un concept original ou un minimum de talent et d’envie pour nous offrir une bonne histoire. Tout comme les zombies, on nous ressasse le vampire à toutes les sauces : la comédie potache, le fantastique gothique, les amourettes de pacotilles ou l’horreur la plus effroyable. Parfois, une petite perle rare sort du lot sans que l’on s’y attende. Le genre d’ouvrages, modestes en apparence, qui avancent en tranchant dans les préjugés, les chemins bien délimités et, au passage, dans quelques jugulaires succulentes. Prêt pour un coup de froid qui fait chaud au cœur ?

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30 jours de nuit part d’un postulat assez simple, mais ô combien original : situer une histoire de vampires en Alaska, là où le Soleil ne se lève pas du 18 novembre au 17 décembre. C’en est désarmant d’ingéniosité et cela confère à l’intrigue de nouveaux horizons, ainsi qu’un potentiel prometteur. De fait, l’atmosphère jouit d’une aura sépulcrale délectable. L’obscurité permanente conjuguée aux températures glaciales offre un environnement hostile qui est tout aussi dangereux que nos amis aux dents longues. Barrow fait donc office d’une prison à ciel ouvert où rarement un récit de vampires aura été aussi immersif.

Ce choix du huis clos en terrain assez vaste ne lésine pas pour autant sur une violence graphique percutante. À la froideur hivernale et la neige s’accumulant dans les rues succèdent les flots de sang, les morts en pagaille et quelques exécutions sommaires pour le moins brutales (le crâne qui éclate sous la semelle du meneur…). Ce contraste offre une dimension inattendue en termes d’horreur au sens propre du terme. Ce qui nous amène à l’autre originalité dudit livre : les vampires. Ici, l’on exclut les beaux gosses de la bit-lit, les êtres sombres d’ouvrages plus « classiques » pour se focaliser sur l’aspect brut et animal. Il s’agit d’une créature des ténèbres qui emprunte beaucoup aux démons.

Au niveau du graphisme, l’on sent un véritable engouement pour l’épure. Les traits, à la limite de la schématisation, offrent des tableaux aux nuances pastel sublime qui évoquent dans une certaine mesure l’œuvre de Francis Bacon. C’est dire l’ampleur du travail accompli au vu de l’illustre comparaison ! Les jeux de clair-obscur sont tout aussi splendides et les teintes froides et chaudes occupent les vignettes avec une rare justesse. Certes, l’on pourrait trouver certains passages un rien statiques dans les mouvements où la succession des cadres, mais 30 jours de nuit vaut autant pour son scénario que pour son graphisme à l’identité forte.

L’on évoquera tout de même un bémol de taille. L’histoire, les dessins, le rythme et l’ambiance fonctionnent tellement bien que le livre se parcourt trop rapidement. En prenant son temps, on dépasse à peine la demi-heure de lecture. L’on ne reviendra pas sur le dynamisme de l’intrigue, mais cette brièveté occulte quelque peu les protagonistes, davantage assimilés à du bétail qu’à de réels individus. On les trouvera un rien désincarnés, même si le final sans concession offre une touche d’humanité bienvenue. Une caractérisation pas forcément travaillée qui n’empêche en rien de se sentir happé au fil des pages de cette œuvre implacable.

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Au final, l’on comprend mieux pourquoi 30 jours de nuit a fait l’objet d’une adaptation cinématographique (non moins fameuse). Doté d’une idée de départ novatrice avec un matériau éculé, le livre de Steve Niles et Ben Templesmith excelle dans tous les domaines. Un graphisme qui flatte les rétines, un récit prenant et sans temps mort, une violence exacerbée, des vampires que l’on voit sous un jour différent, les superlatifs ne manquent pas. Paradoxalement, cette maîtrise totale de l’histoire engendre le seul défaut flagrant : bien trop court compte tenu de son excellence ! Il en ressort une lecture rapide. La force de ce petit bijou de l’horreur n’a d’égal que son incroyable propension à magnifier la sauvagerie dont font preuve les vampires. Incontournable.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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