octobre 28, 2021

Justice est Faite

De : André Cayatte

Avec Claude Nollier, Noël Roquevert, Valentine Tessier, Antoine Balpétré

Année : 1950

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

A Versailles, en 1950, le jury de la Cour d’assises doit se prononcer sur le cas du Dr Lundenstein, qui comparaît pour avoir pratiqué l’euthanasie.

Avis :

André Cayatte est un réalisateur français qui a fait de la justice et du système français le maître d’armes de sa carrière. Avocat de formation, c’est à treize ans qu’André Cayatte entrevoit l’autre facette du système judiciaire français, lorsque l’un de ses cousins, alors jeune aumônier, assistera un prisonnier jusqu’à la guillotine. Cette expérience fut un choc pour le jeune prêtre, mais aussi pour Cayatte qui vit la réaction et les émotions que cet événement aura suscité sur son cousin. Dès lors, André Cayatte n’aura de cesse dans sa filmographie de livrer un long plaidoyer réclamant une justice plus humaine. Après l’un de mes films préférés, « Le glaive et la balance » et après « Mourir d’aimer« , je me lance donc dans mon troisième André Cayatte et encore une fois, le metteur en scène français va me bluffer.

Incroyablement moderne dans ses sujets, alors que le film vient de passer la barre des soixante-dix ans, avec « Justice est faite« , André Cayatte s’intéresse encore et toujours au système judiciaire, avec un film qui parlera aussi bien du rôle de juré, que de l’euthanasie, ou encore et bien sûr de la peine de mort. Riche, intelligent, critique et passionnant, « Justice est faite » s’est posé comme la claque de ma soirée !

Versailles, 1950, le Dr. Elsa Lundenstein est accusée d’avoir assassiné son amant, un professeur atteint d’un cancer en phase terminale. Ce dernier lui avait fait promettre d’abréger ses souffrances quand le moment serait venu. Un jury est alors composé et ce jury devra alors juger la jeune femme en son âme et conscience et sans aucun préjugé. Si la théorie est parfaite, la pratique est plus compliquée, évasive et influencée.

Puissant, oui puissant, c’est bien le mot juste pour parler de ce film d’André Cayatte. « Justice est faite » est un grand film qui parle de la justice comme peu de films en ont parlé. La comparaison est simple, mais le film d’André Cayatte me fait penser au « 12 hommes en colère » de Sidney Lumet.

Ici, le réalisateur s’attaque à du très lourd et sur bien des sujets, soixante-dix ans plus tard, son film résonne encore d’actualité. « Justice est faite » est un film particulièrement riche qui va s’intéresser aussi bien au système judiciaire français, qu’aux jurés, qu’à l’euthanasie, qu’au sens de l’honneur, ou encore l’influence de la religion, ou encore la peine de mort, avec le poids de la sentence, et le fait de juger quelqu’un en son âme et conscience sans se laisser influencer par la morale ou un tiers. Et c’est d’ailleurs sur ce dernier point que le film d’André Cayatte est tout particulièrement intéressant.

Si le film oscille de manière logique entre scènes de procès et scènes de délibération, André Cayatte a aussi eu l’idée de filmer le « quotidien » de ces jurés et surtout grâce à de petites scènes très bien placées, simples et directes, il nous présente son jury. Les portraits sont passionnants, et le regard que portent ces hommes et cette femme sur la condamnée est lourd de sens et pousse le spectateur à réfléchir. Si on pourrait reprocher au film de ne pas oser aller dans des débats plus animés, il n’en demeure pas moins que le propos et la réflexion sont très bien amenés et réfléchis, et le réquisitoire final résonne en nous plusieurs minutes après la fin du générique. Après les accusations, les faits, les preuves, les témoignages, les prises de décisions, les réflexions et les jugements à l’emporte-pièce, cette voix off qui interviendra pour conclure, l’heure et demi que l’on vient de vivre sera puissante et très lourde de sens et l’on en ressort secoué.

« Justice est faite« , c’est aussi une réalisation impeccable. Une réalisation très simple en un sens, mais qui en plus d’être élégante, va droit au but. Logique et cohérent, André Cayatte expose parfaitement son affaire et ses personnages. Si les débats manqueront un peu de confrontations, Cayatte marquera toutefois son spectateur avec certaines réflexions, certaines répliques ou encore certains silences.

Puis que dire de tous ces acteurs et actrices réunis. André Cayatte a réuni des pointures, dont s’envolent toutefois, Raymond Bussières et Noël Roquevert, qui sont tout bonnement hypnotisant et chacun tenant un personnage diamétralement opposé. Puis il y a l’accusée, Claude Nollier, dont les regards et la confession résonnent encore en nous après la fin du film.

André Cayatte est un fou de « justice », et plus je découvre ses films, plus pour l’instant son œuvre est incroyable et « Justice est faite » fera assurément partie des meilleurs de son réalisateur. La justice est celle des hommes, imparfaite ou non, elle aura ici été rendue, clémente ou lourde, juste ou non, les jurés auront-ils analysé tous les faits et les preuves ? Et surtout, ladite justice a-t-elle été rendue sans influence et surtout sans jugement de valeur ou moral ? Et peut-être plus qu’à l’époque, à l’heure où la société s’endurcit, à l’heure où la justice des réseaux sociaux règne en maître, à l’heure des soixante-sept millions de procureurs, à l’heure où le droit de mourir dans la dignité revient dans le débat public, « Justice est faite » d’André Cayatte demeure encore plus d’actualité et se pose comme nécessaire. En somme, un grand film qui je pense n’a pas encore fini de me hanter.

Note : 20/20

Par Cinéted

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