octobre 18, 2021

Arizona Junior

Titre Original : Raising Arizona

De : Joel et Ethan Coen

Avec Nicolas Cage, Holly Hunter, John Goodman, Frances McDormand

Année : 1987

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Un couple composé d’un voleur naïf et inoffensif et d’une femme policier, qui ne peut avoir d’enfant, décide en désespoir de cause de kidnapper l’un des quintuplés d’un célèbre marchand de meubles. Mais loin de leur apporter la paix et le bonheur, ce rapt attire sur eux les calamités…

Avis :

Durant les années 80, Sam Raimi et les frères Coen sont plutôt cul et chemise. Il faut dire qu’il partage la même piaule et ils ont la même passion pour le cinéma. Ainsi donc, en 1981, Sam Raimi sort Evil Dead, ce qui permet à Joel Coen de faire ses premières armes, notamment en tant que monteur et assistant opérateur. C’est trois ans plus tard que les frères Coen se lancent alors dans la réalisation avec Blood Simple, un policier relativement glauque. Ils continueront leur aventure trois ans plus tard, en 1987, avec Arizona Junior, une comédie policière déjantée portée par un certain Nicolas Cage. Et c’est avec ce film que les deux frangins vont cultiver leur goût pour l’absurde, tout en gardant en tête l’envie de pointer du doigt certains problèmes sociétaux. Un film un peu fou donc, mais qui garde en son sein une réflexion intéressante.

Folie Douce

Le scénario du film est assez tiré par les cheveux. Ici, un braqueur looser multirécidiviste va tomber amoureux de la policière qui le prend en photo pour aller en prison. Alors qu’il décide de se ranger et de se marier, le couple n’arrive pas à avoir d’enfant, car elle est stérile. Alors que la dépression fait son bonhomme de chemin, un riche homme d’affaires va devenir le papa de quintuplés. Dès lors, le couple décide de voler un bébé pour en faire leur propre fils. Une chasse au bébé se met alors en place, et entre un psychopathe, deux amis évadés de prison et une prime pour retrouver l’enfant, ça va être un peu le foutoir. Et le mot est relativement faible. Arizona Junior est un immense délire, une sorte de cartoon live avec des personnages hauts en couleurs et des péripéties qui sont improbables.

Les frères Coen délaissent le thriller sérieux pour se plonger à corps perdu dans une comédie délirante qui ne s’arrête jamais. Dès l’introduction, on est aux côtés de H.I, un pauvre type nonchalant qui semble complètement déconnecté du réel. Il nous raconte sa façon de voir la vie et à quel point les cycles sont quelque chose qui le rassure. Le scénario va alors partir en vrille lorsque le couple décide de prendre un bébé, trouvant injuste que certains arrivent à en avoir cinq et d’autres pas du tout. Sur ce postulat, le film va se transformer en véritable course-poursuite, où le bébé sera une sorte de monnaie d’échange pour accéder à une prime plus qu’honorable. Attaques de chiens, braquage raté, motard venu des enfers, on va en avoir pour notre grade et il faudra bien s’ouvrir l’esprit pour accepter de rentrer dans ce délire.

Mais pas si fou que ça

Cette folie, on la retrouve bien évidemment dans la mise en scène des frères Coen. Ils expérimentent, testent, tentent et cela donne un résultat hybride très intéressant. On pourrait presque voir Arizona Junior comme un terrain d’expérimentations, les deux frangins laissant libre cours à leur imagination. D’ailleurs, on parlait de Sam Raimi en introduction, et ce film a tous les tics d’un Mort sur le Gril, sorti deux ans plus tôt, et autre délire cartoon en version live. Certains plans sont hystériques, mais ils restent totalement lisibles de façon à bien lire l’action. On aura droit à de nombreux travelings avant, des zooms sur les personnages qui courent, prenant alors le point de vue du poursuivant. C’est très intéressant, très dynamique et ajoute un côté cartoon à l’ensemble. Certes, le scénario est trop léger, un peu alambiqué sur les bords, mais il est relevé par cette mise en scène inspirée.

De plus, cette folie douce cache tout de même des problèmes sociétaux intéressants et bien pointés du doigt par les deux réalisateurs. Ici, on va suivre un paumé de la vie qui va trouver un certain équilibre dans la vie avec celle qui va devenir sa femme. Il essaye de se poser, de trouver un emploi et de rentrer dans la vie active, « normale ». Mais, petit grain de sable, sa femme est stérile et sombre dans la dépression. Elle démissionne, n’est plus que l’ombre d’elle-même et il ne sait pas quoi faire. On voit bien qu’ici, les cinéastes peignent un portrait assez classique de l’américain moyen qui va tout perdre. Et qui va faire n’importe quoi pour remonter la pente. En prenant la direction de l’absurde, grossissant le trait à chaque fois, les frères Coen arrivent tout de même à refléter une certaine catégorie sociale américaine.

L’argent, nerf de la guerre

Derrière ce portrait finalement touchant de deux êtres un peu paumés, le film va présenter des personnages secondaires assez intéressants. Les deux frères évadés sont de grosses farces, mais il démontre la bêtise crasse d’une Amérique qui ne jure que par l’argent et la bouffe. Ils seront équilibrés dans la balance par ce motard crado, chasseur de primes, qui n’a pas d’âme et qui représente le redneck de base. Un bouseux prétentieux qui pense sortir des enfers, mais qui va vite y retourner contre son gré. Malgré les tonnes de gags qu’ajoutent les deux frères réalisateurs, on retrouve tout de même d bons messages à l’intérieur de leur délire. Et ils présenteront aussi des protagonistes complexes, à l’image de cet homme d’affaire qui a finalement un cœur et est touché par ce couple qui a pourtant pris son enfant pendant un temps.

Au final, Arizona Junior est un film qui est assez difficile d’accès si on veut suivre une histoire qui tient la route. Le scénario est un immense délire, le film ressemble à un dessin-animé vivant et on aura parfois des coupures assez nettes d’une scène à une autre. Pour autant, le film est loin d’être mauvais. Avec son délire totalement assumé, on aura droit à un joli message de fond ainsi que des acteurs impliqués, dont un Nicolas Cage nonchalant hilarant et une Holly Hunter au fort caractère. Bref, malgré des flottements, Arizona Junior est un joli terrain d’expérimentations et le premier film à vraiment porter la marque de fabrique des frères Coen.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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