octobre 25, 2021

Maman Très Chère

Titre Original : Mommie Dearest

De : Frank Perry

Avec Faye Dunaway, Diana Scarwid, Steve Forrest, Howard Da Silva

Année : 1981

Pays : Etats-Unis

Genre : Biopic

Résumé :

A la mort de la comédienne Joan Crawford, légende d’Hollywood et mère possessive, ses enfants s’aperçoivent qu’elle ne leur a laissé aucun héritage malgré sa fortune colossale…

Avis :

Réalisateur méconnu et oublié, Frank Perry, c’est onze films pour trente ans de carrière. Venant du théâtre, Frank Perry réalise son premier film en 1962. Par la suite, le metteur en scène oscille entre la télévision pour laquelle il réalise de nombreux téléfilms et le grand écran, pour lequel il n’a pas laissé de grands souvenirs, hormis pour « Le plongeon« , sa seconde réalisation en 1968 avec Burt Lancaster en tête d’affiche.

Après avoir passé les années 70 simplement, Frank Perry débute les années 80 avec un film fort, le deuxième de sa carrière qui laissera des souvenirs et pour cause, « Maman, très chère » est l’adaptation du livre de Christina Crawford, la fille adoptive de l’immense Joan Crawford. Cette dernière, à la mort de sa très chère mère, fut déshéritée avec son frère, ayant grandi auprès d’une mère plus qu’autoritaire. La jeune fille décida de raconter son enfance, et surtout sa mère, actrice adulée de tous, légende vivante d’Hollywood et surtout une mère affreuse, et une femme peu sûre d’elle. Film devenu culte au fil des années, « Maman, très chère » est un film très dur. Un film d’une grande violence, qui parfois, sur certains dérapages, m’a mis très mal à l’aise. Découvert plus parce que son affiche m’avait tapé dans l’œil que par sa réputation, « Maman, très chère » fut une séance de cinéma que je ne suis pas près d’oublier.

Dans les années 40, Joan Crawford est l’une des étoiles les plus brillantes d’Hollywood. L’actrice est admirée de tous, mais derrière la porte de sa villa, Joan Crawford est une femme terriblement seule, qui se rêve mère, sans pouvoir avoir d’enfant. Joan Crawford va alors adopter quatre enfants, mais derrière l’actrice étincelante, se cachera au fil des années, une mère cruelle et une femme abominable. Une femme et une mère qui sous couvert de bonne éducation, laissera éclater colère et frustration sur sa plus grande fille, Christina, et son petit frère Christopher.

Joan Crawford est l’une des plus grandes actrices qui ait foulé les studios hollywoodiens. Une carrière folle qui s’étale sur plus de cinquante ans, Golden Globe et Oscar en poche, des rôles qui ont marqué, une image glamour, et accessoirement une redoutable « dirigeante » de société. Bref, Joan Crawford a tout récit ou presque, car derrière les portes closes, ce n’est plus la même femme. Femme seule, elle vit très mal le fait de ne pas pouvoir être mère. Elle connut des échecs dans sa carrière et fut licenciée de certains studios. S’en est suivi une descente dans l’alcool, et au-delà de ça, un combat quasi-quotidien au milieu des requins d’Hollywood. Bref, derrière l’image incroyable de la star, le réel était loin d’être merveilleux. Ne pouvant avoir des enfants, l’actrice a adopté et ce sont alors ses enfants, et l’une d’entre eux en particulier, qui fera les frais de ses frustrations.

Avec ce film, Frank Perry propose de découvrir un tout autre visage de Joan Crawford. Le visage d’une femme seule et fragile, le visage d’une femme cruelle, désespérée et vaniteuse. Portrait incroyablement dur et terrible, « Maman, très chère » est un film qui met terriblement mal à l’aise, tant il se fait violent.

Tenu par un scénario bouleversant, « Maman, très chère » est la très longue descente en enfer d’une petite fille qui sera l’un des souffre-douleurs de sa mère. « Maman, très chère« , c’est un film qui va prendre le temps d’égratigner cette vie aux premiers abords parfaite. Mettant en corrélation la carrière de l’actrice et ses doutes, avec sa vie de mère et de femme, le film de Frank Perry se fait de plus en plus dur et sombre au fur et à mesure qu’il nous raconte la vie de Crawford. Tenant son ambiance et surtout une tension folle, Frank Perry captive et nous fait craindre en permanence. Nous plaçant à la hauteur de cette petite fille, on se retrouve piégé comme elle, craignant le moindre mot qui pourrait déclencher une colère monstre et des conséquences abominables.

Passionnant de bout en bout, « Maman, très chère » est un film qui est aussi renversant dans la description opposée de ces sentiments. Frank Perry livre là un film tout en nuances, dans le sens où du côté de Crawford, ou de sa fille, on peut y sentir un amour réciproque. Un amour contrarié, conflictuel, un amour toxique, un amour qui est là, mais pas pour les bonnes raisons et toutes ces nuances font qu’on reste aussi accroché à ce film, alors qu’il est capable de nous mettre on ne peut plus mal à l’aise. Un mal l’aise qui est entretenu par une Faye Dunaway immense. Une Faye Dunaway terrifiante qui, si elle en fait un peu trop parfois, demeure si possédée par le rôle, si abominable, si cruelle, si terrible, qu’elle nous en fout la chair de poule. Crawford sous les traits de Dunaway est un véritable film d’horreur qui nous prend à la gorge plus d’une fois et nous marque pour certaines de ses scènes, d’une puissance absolument terrible, la coupe de cheveux, les cintres, le conseil d’administration, la folie jardinière…

« Maman, très chère » est parcouru de scènes terrifiantes et bouleversantes. Oui bouleversantes, car derrière toute cette méchanceté et ces sentiments contrariés, le portrait que font Perry et Dunaway de Crawford est on ne peut plus triste, montrant une vie moins belle qu’elle ne le laisserait paraître. Une vie où se confronte ego, image, envie, espoir, désillusion et déconnexion. Bref, un portrait nuancé qui donne des explications sans aucunement excuser.

« Maman, très chère » est donc une séance de cinéma terrible dans tous les sens du terme. Portrait rude et sombre, portrait triste d’une icône fragile et d’une mère cruelle, le film de Frank Perry ne laisse pas indifférent et au-delà de ça, il a même une tendance à hanter après sa découverte, tant le réalisateur aura mis nos sentiments à rude épreuve, comme cette petite fille qui ne demande qu’une chose, que sa maman l’aime. Bref, ce fut une séance très compliquée, et malgré la qualité du film, malgré l’incroyable jeu de Faye Dunaway, mais aussi de Mara Hobel, je ne suis pas sûr de vouloir y retourner de sitôt.

Note : 15/20

Par Cinéted

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