avril 15, 2021

Des Gens Comme les Autres

Titre Original : Ordinary People

De : Robert Redford

Avec Donald Sutherland, Mary Tyler Moore, Timothy Hutton, Judd Hirsch

Année : 1980

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Calvin et Beth Jarrett forment un couple idéal de la moyenne bourgeoisie américaine, leur fils Conrad fait de la natation et chante dans la chorale du lycée.
Derrière la façade de sa résidence cossue, la famille Jarrett est au bord de l’implosion…

Avis :

Immense acteur, légende vivante même, Robert Redford est de ceux qu’on ne présente pas tant il fait partie du cinéma à travers une très longue carrière, aussi belle que grande et parsemée de chefs-d’œuvre. Robert Redford, c’est des débuts dans les années 60 avant de prendre de l’ampleur vers la fin des sixties. Dans les années 70, il devient un incontournable du cinéma américain, tournant pour les plus grands et avec les plus grands. Puis après déjà vingt ans de carrière, pour aborder les années quatre-vingts, Robert Redford décide de passer derrière la caméra, ce qui lui vaudra pour ce premier film, l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur film.

Immense acteur, Robert Redford est aussi un grand réalisateur, comme il a pu le démontrer avec des films comme « Et au milieu coule la rivière« , « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux« , ou encore dernièrement le passé sous silence, « La conspiration« . Mais si ce sont ces films-là en particulier qui viennent en tête, aujourd’hui, on va s’arrêter sur son premier film en tant que réalisateur, « Des gens comme les autres« , qui est un film pour le moins oublié de la filmographie de son réalisateur, ce qui est dommage, car Redford impose là un chef-d’œuvre !

« Des gens comme les autres » est une œuvre bouleversante de bout en bout, qui aborde le processus de deuil au sein d’une famille, qui cachée derrière les murs d’une magnifique demeure, se fissure et s’apprête à craquer. Porté par un trio d’acteurs puissant, il est bien difficile de ne pas ressortir bousculé de ce premier film.

Calvin et Beth Jarrett sont en couple depuis vingt et un ans maintenant et aux yeux de tous, ils forment un couple parfait et plus largement la famille parfaite. Pourtant, la famille parfaite n’est clairement pas si heureuse que cela. Il faut dire qu’il y a de quoi être brisé quand la vie vous a enlevé un enfant dans un accident tragique. Et les deux parents essaient comme ils le peuvent d’être à la hauteur, car il leur faut aussi gérer leur fils cadet, Conrad, seize ans, qui a bien du mal à passer cette difficile et très injuste étape.

Quoi de plus difficile que la perte d’un enfant ? Comment essayer de vivre après la perte d’un fils et d’un frère enlevé bien trop tôt ? Voilà ce dont a décidé de parler Robert Redford pour sa première réalisation et autant dire que le « jeune » metteur en scène frappe un très grand coup avec ce film. Le cinéma a très souvent abordé le deuil, on peut même dire qu’il l’a tant abordé qu’on pourrait penser qu’il en a fait le tour du sujet depuis bien longtemps et pourtant, ce n’est pas le cas et ces « … gens comme les autres » en est encore une belle preuve.

Ce qui est terrible et surprenant avec ce film, c’est que lorsqu’on jette un coup d’œil comme ça au synopsis, « Des gens comme les autres » a tout l’air de tenir une intrigue ultra classique. Le genre d’intrigue qu’on connaît par cœur et pourtant derrière le classique de son histoire, le film de Robert Redford est très loin de l’être, et même dans un sens, il va se démarquer de tout un tas de films qui tiennent le même sujet de base. La différence ? La profondeur de ses personnages et la façon que peut avoir Redford de nous entraîner dans leur vie. Le réalisateur filme cette famille de manière très dure, et plus on la découvre, plus elle est comme une bombe qui ne demande qu’à exploser. Magnifiquement pensé et construit, le scénario de ces « … gens comme les autres » est un bijou dans l’évolution de ses personnages, qui déjà bien abîmés par la vie, se cachent derrière des sourires d’apparat.

Très vite, on comprend que tout ceci n’est que façade, et plus on les découvre, plus tous se fissurent. Certains seront marqués de manière voyante, comme ce fils et ce frère qui essaie tant bien que mal de sortir la tête de l’eau, quand d’autres, à l’image de cette mère, vont souffrir en silence, essayant de toujours sauver les apparences, cachant la fragilité derrière un sourire qui montrerait une force, alors que tout ceci n’est qu’un leurre. Ainsi, au gré des fissures qui s’ouvrent de plus en plus, Robert Redford abordera le deuil impossible et toutes les culpabilisations possibles et imaginables. La culpabilité d’un frère qui n’a pas pu réagir, la culpabilité d’une mère d’en vouloir à son enfant, la culpabilité d’un père qui essaye de tamponner, la culpabilité d’un fils qui se sent coupable… Et le plus beau, le plus intéressant, et surtout le plus bouleversant dans cette histoire, ces portraits et ces sentiments, le soin tout particulier que Robert Redford consacrera au silence, non-dits et autres regards que les personnages portent les uns sur les autres, ou encore sur eux-mêmes. Aux grands discours, Robert Redford préférera un silence qui en dira bien plus et c’est assez fou de voir et vivre cette explosion silencieuse.

Cette montée en puissance, on la doit aussi à la réalisation de Robert Redford qui là encore fait preuve d’un talent immense, prenant le temps de laisser craquer ses personnages, prenant le temps d’analyser leurs sentiments, leurs amours, leurs douleurs, mais aussi leur « haine amoureuse ». D’emblée, Robert Redford a tout compris, soignant sa réalisation, incrustant des flashbacks bouleversants au bon moment, construisant de manière cohérente et logique son récit et ses portraits. Offrant un film esthétiquement impeccable. « Des gens comme les autres » sort des sentiers battus du film de deuil en s’appuyant énormément sur ses acteurs. Point de grandes envolées larmoyantes soutenues par une BO impeccable. Non, Robert Redford a décidé de filmer beaucoup de ces confrontations et ces prises de conscience en silence, laissant les regards et les larmes de Timothy Hutton, Donald Sutherland ou Mary Tyler Moore nous bousculer et nous bouleverser en silence.

D’ailleurs, cette réussite tient aussi parce que Robert Redford tient là trois immenses acteurs, pour trois immenses rôles. Chacun de ces personnages ne nous laissera pas indifférent, et c’est entre tristesse, émotions, amour, fragilité et blessures que chacun des comédiens va nous bouleverser. La tendresse et l’envie de comprendre d’un père magnifiquement incarné par Donald Sutherland. La dureté d’une mèr qui voudrait être plus tendre, est bouleversante et Mary Tyler Moore est immense. Puis enfin, il y a Timothy Hutton qui est tout simplement magistral dans la peau de ce frère submergé par les sentiments. Hutton fut Oscarisé pour l’occasion, faisant de lui, aujourd’hui encore, le plus jeune acteur à décrocher la précieuse statuette (il avait vingt ans à l’époque).

Beau, terrible, puissant, bouleversant, les adjectifs finissent par manquer pour parler de ce premier film de Robert Redford. Chef-d’œuvre magnifique, immense film sur le deuil, mais aussi la famille et les apparences, « Des gens comme les autres » est une très grande œuvre, qui comme je le disais, est quelque peu oubliée depuis et c’est bien dommage, car elle mérite que tous les projecteurs soient braqués sur elle. Bref, ce fut une séance magnifique !

Note : 20/20

Par Cinéted

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