avril 15, 2021

Playground – Lars Kepler

Auteur : Lars Kepler

Editeur : Actes Sud

Genre : Fantastique

Résumé :

Forte d’une expérience de mort imminente, une mère tente désespérément de sauver son fils de cinq ans, mortellement blessé lors d’un accident de voiture. Elle sait ce qui l’attend de l’autre côté, et qu’il ne s’en sortira jamais tout seul. Une seule solution : accompagner son fils dans la mort. Mais dans la salle d’attente entre la vie et la mort, leurs destins vont se déterminer sur le terrain de jeu – véritable théâtre des horreurs.
Bienvenue dans le far west de l’au-delà.

Avis :

Quand on devient un auteur de best-sellers, le grand public et la critique ont tendance à vous catégoriser dans un genre précis. Il est alors très difficile de se dépêtrer d’une image, voire suicidaire d’essayer de s’en éloigner d’un point de vue commercial. Certes, il ne s’agit pas d’une règle et certains écrivains tentent l’aventure avec plus ou moins de conviction, parfois sous la plume d’un pseudonyme. Versé dans le polar scandinave, le duo Lars Kepler (Alexandra et Alexander Ahndoril) s’est imposé sur la scène internationale avec les enquêtes de Joona Linna. Aussi, il paraît surprenant, pour ne pas dire improbable, de les voir se lancer dans un roman fantastique.

N’en déplaise à la connotation glauque de la couverture, Playground n’est pas un récit horrifique ni même une histoire de fantômes. Néanmoins, ce point peut être sujet à discussion étant donné la thématique principale. On distingue donc une première disparité entre ce que laisse sous-entendre l’enrobage marketing et le contenu du présent ouvrage. Mais la surprise peut être à double tranchant. Dans un premier temps, on apprécie une mise en place soignée et intrigante qui entremêle les fils de la réalité à des phénomènes surnaturels. Ceux-ci se rapprochent des E.M.I. ou expériences de mort imminente.

Si le sujet est multiculturel, une interprétation faite par des auteurs suédois dans un contexte contemporain reste inédite. Le pitch initial est donc intéressant. De même, on a droit à un second décalage, plutôt de bon aloi, où l’au-delà s’apparente à une ville portuaire à fortes connotations asiatiques. L’idée demeure singulière. Elle accentue la sensation de « dépaysement » avec l’absence de repères ancrés dans les cultures occidentales. Le fait d’imposer le cadre comme une sorte de purgatoire n’est pas non plus pour déplaire. En effet, les défunts susceptibles de revenir à la vie (coma, perte de connaissance…) sont placés en « attente » avec une considération toute relative du temps qui s’écoule.

Cela étant dit, le périple au pays des morts tourne court. La faute à de nombreuses approximations et invraisemblances au fil du récit. Malgré une intrigue enlevée et globalement fluide, il faut se heurter à une vision très matérialiste de l’au-delà. Même si on appréhende le lieu comme une sorte de passerelle intermédiaire entre deux mondes, sa représentation laisse pour le moins perplexe. En cause, des valeurs humaines reproduites ici dans toute leur perfectibilité, et ce, sans la moindre notion de justice. Les exactions du crime organisé se font avec le consentement tacite des autorités, tandis qu’il n’y a aucune « instance supérieure », de nature divine, à même d’intervenir.

S’enchaînent alors des séquences agaçantes où le plus faible s’écrase sous la lâcheté et la fourberie de la pègre locale. Sur fond de trafics de visa (un passe-droit pour revenir au pays des vivants), de vieilles biques commanditent des enlèvements pour se réincarner sous les traits d’une enfant, tandis que cette dernière est amenée à périr. En parallèle, on nous inflige une administration de l’au-delà qui régularise cahin-caha chaque situation avec le même enthousiasme et des compétences similaires auxdits services dans la réalité. On parlait de la mort et des impôts. Il faut dorénavant compter sur la mort et les tracas administratifs !

D’autres points font preuve d’une grande maladresse, comme cette fâcheuse propension à monnayer produits et services (prostitution comprise) par le biais de faux billets. Si le cycle de sommeil est épargné pour les défunts, ils continuent en revanche de se nourrir et de subir les affres de souffrances physiques. Tout semble artificialiser pour avantager les antagonistes, tandis que les personnages principaux ne peuvent profiter des mêmes largesses. Les incohérences se multiplient et demeurent pénibles au gré d’une parodie de justice et d’une chasse à l’homme redondante. En guise de prétexte narratif, on nous impose une palette supplémentaire d’intervenants secondaires facilement oubliables.

Au final, Playground est un roman fantastique décevant, perclus de maladresses et d’invraisemblances. Affublée de perspectives douteuses et peu crédibles, la vision de ce purgatoire tente d’amalgamer un peu tout et n’importe quoi sur ce que l’on croit connaître de la vie après la mort. Il en ressort une description anxiogène aux premiers abords qui évoluent rapidement sur une histoire linéaire et sans la moindre fulgurance. Le fait de permettre au personnage principal d’effectuer plusieurs allers-retours entre la vie et l’au-delà suffit à comprendre la superficialité du propos au profit d’une progression verbeuse et d’une tonalité nihiliste mal exploitée. Si l’on croit que la vie est mal fichue, apparemment la mort l’est davantage…

Note : 08/20

Par Dante

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