avril 15, 2021
BD

Les Mondes de Lovecraft – Arcanes

Auteur : Patrick Renault

Editeur : Soleil

Genre : Horreur

Résumé :

Depuis la nuit des temps, des dieux noirs corrompent notre monde. Ce sont les grands anciens, la folie est leur visage. L’horreur est leur royaume. Leur éveil approche…

Avis :

Avec ses créatures antédiluviennes, ses menaces cosmiques et autres rites indicibles, Lovecraft a tissé une œuvre unique faite de folies, d’atmosphères macabres et d’impossibles visions. Son succès posthume a entraîné nombre de reprises à travers tous les médias culturels. La bande dessinée y trouve une résonnance particulière avec une approche graphique qui joue souvent sur l’épure afin de mieux instiller l’effroi par le prisme d’une peur toute psychologique. Les occurrences sont nombreuses et fluctuantes d’un point de vue qualitatif. Entre libre inspiration ou fidèle adaptation, on compte différentes tentatives plus ou moins probantes.

Comme son titre le suggère, Les Mondes de Lovecraft s’insinue dans les récits de l’écrivain de Providence. Si la série devait se décliner en plusieurs tomes, elle a été avortée dès le premier volume. Arcanes n’est pas un one-shot qui se penche sur une histoire précise, mais compulse cinq nouvelles. Ce choix peut paraître étonnant étant donné le format restreint d’une BD. Autrement dit, cela signifie que chaque intrigue dispose d’une petite dizaine de planches pour présenter les évènements, faire progresser la narration et proposer une conclusion. Un cahier des charges particulièrement compliqué à mettre en œuvre, comme l’atteste la découverte de l’ouvrage.

Il n’est tout simplement pas viable de développer une histoire avec si peu de possibilités. On a davantage l’impression d’assister à une exposition basique des faits, à la manière d’une bande-annonce. Par ailleurs, chacune d’entre elles s’appuie sur une ou deux séquences, au maximum. Malgré la qualité des dessins et la variation des styles (plusieurs auteurs et illustrateurs ont été mis à contribution), l’ambiance demeure au stade des prémices. On ne fait qu’effleurer un potentiel évident sans jamais rien approfondir. Cela vaut pour les scénarios respectifs, la caractérisation et l’évolution elliptique des évènements.

Hormis la première et la dernière intrigue qui possèdent un lien direct, façon prologue et épilogue, l’ensemble manque de cohésion dans sa progression. De nombreuses questions restent en suspens, tandis que la mise en condition immédiate se révèle ici contraignante. Pour une personne non versée dans l’univers de Lovecraft, il est particulièrement difficile de resituer les tenants et les aboutissants. Les propos paraissent inintelligibles sans un minimum de connaissance sur la mythologie des Grands Anciens. Cela concerne notamment la portée cosmique de leur influence, leur lien avec notre monde et leur manière d’interagir avec ce dernier.

D’un autre côté, les inconditionnels de Lovecraft se sentiront à la fois frustrés et lésés par une telle ébauche. À aucun moment, on ne retrouve cette aura malaisante, voire oppressante, qui définit toute la force de son œuvre. On remarquera que l’on se trouve en présence d’adaptations libres qui ne sont guère fidèles à leurs modèles littéraires. Certes, le mythe de Cthulhu est présent, tout comme Hastur, Dagon ou Yuggoth. Cependant, ils s’avancent surtout comme des prétextes narratifs. Quant au contexte, on demeure essentiellement dans un cadre contemporain ; hormis une incursion dans le Londres victorien de Sherlock Holmes et une excursion au début du XXe en Sibérie.

Au final, Arcanes, premier et unique tome des Mondes de Lovecraft, est une déception qui ne contente aucun public. Ce qui explique sans doute son arrêt prématuré. Selon le point de vue adopté, on peut trouver la bande dessinée frustrante pour un lectorat averti et incompréhensible pour les novices. La faute à une compression outrancière des cinq récits évoqués, mais guère développés. Hormis un style graphique varié et de qualité, l’ouvrage s’apparente à une grossière présentation de ce que peut receler l’œuvre de Lovecraft. Il en ressort une trop brève incursion dont les intentions mercantiles prévalent sur le travail artistique. Une simple esquisse qui n’a pas la profondeur escomptée.

Note : 08/20

Par Dante

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