avril 15, 2021

The Guard Post

Titre Original : G.P. 506

De : Su-Chang Kong

Avec Cheon Ho-Jin, Jo Jae-Hyeon, Jeong-Heon Lee, Byung-Ho Son

Année : 2008

Pays : Corée du Sud

Genre : Horreur

Résumé :

Un groupe de soldats de la Garde 506 est sauvagement assassiné. Un seul soldat survit mais tombe dans un profond coma. Un enquêteur vient alors mener l’enquête et découvre un virus étrange qui transforme les soldats en morts-vivants.

Avis :

Depuis une bonne dizaine d’années maintenant, le cinéma coréen s’est bien installé en Europe. Avec des réalisateurs incroyables comme Park Chan-Wook ou Bong Joon-Ho, on s’est vite rendu compte du potentiel de ce pays en matière de septième art. Cependant, comme dans tout pays, tout n’est pas bon à prendre. Et on peut se retrouver avec des déceptions. Découvert en 2005 avec R-Point, film d’horreur qui mélangeait déjà horreur et guerre, Su-Chang Kong a fait son petit effet. Il faudra alors attendre cinq ans avant de voir débouler son deuxième film à nous parvenir, The Guard Post. Alliant là aussi l’horreur avec des militaires, le cinéaste coréen tente de jouer avec la paranoïa et les frontières des deux Corées. Malheureusement, la sauce ne prend jamais vraiment. Pourquoi ?

En Corée en Corée

Le scénario est assez nébuleux. Pas forcément dans ce qu’il raconte, mais plutôt dans la façon qu’il a de raconter son histoire. Un groupe de militaire rentre dans un poste de garde à la frontière des deux Corées. A l’intérieur, dix-neufs corps, un homme dans un état critique, et un fou furieux armée d’une hache. Sur place est dépêché un commandant qui doit mener l’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé. Avec une équipe, il fouille alors le bunker, interroge le seul survivant, et le mal recommence. En gros, The Guard Post joue constamment sur la paranoïa et la crainte de l’autre. A la manière d’un The Thing de John Carpenter, le réalisateur coréen essaye de faire monter la tension entre les soldats et d’incriminer tout le monde sur la folie douce qui commence à se faire sentir.

Mais le film va se planter en voulant mêler deux temporalités et en n’arrivant pas à rendre tout ce petit monde empathique. En fait, l’un des plus gros défauts du film provient de son écriture. On commence avec un moment tendu et une belle image qui fait écho à la jaquette avec cet homme ensanglanté et armée d’une hache. Puis rapidement, le film glisse lentement vers une enquête au sein d’un milieu glauque, où la hiérarchie semble vouloir étouffer l’affaire. Mais tout cela est vite expédié pour se lancer dans une sorte de survival mou du genou. L’enquête piétine. On se retrouve avec un survivant mutique qui refuse de dire la vérité. Puis on a droit à des flashbacks qui racontent ce qui s’est passé. Sauf que tout se mélange. Les acteurs ne sont pas assez marqués. A un tel point que les deux temporalités se mélangent.

A la frontière

Non seulement les deux temporalités se mélangent, mais en plus de ça, les personnages ne sont pas suffisamment reconnaissables. A un tel point que l’on ne connaîtra même pas les noms des protagonistes. Ils seront évoqués, plus d’une fois, mais il y a tellement de soldats, que l’on ne sait plus qui est qui. Et de ce fait, c’est problématique pour comprendre les éléments du passé et ceux du présent. Difficile, dès lors, de se plonger corps et âme dans ce cauchemar. Même la réalisation demeure assez fade. Certains mouvements, certains passages sont assez cheap et plus globalement, The Guard Post manque d’identité. Le réalisateur tente une entrée en matière sombre et glauque, qui pourrait marcher dans le dédale de ce bunker, mais il n’en fait rien et se contente de quelques plans sur deux ou trois pièces. On sent un budget plus que limité, mais qui est mal utilisé.

Enfin, le dernier problème sur ce film, ce sont les thématiques qui sont très mal exploitées, voire pas du tout. Le film joue pendant un court moment sur la tension qui règne entre les deux Corées, mais ce n’est jamais utilisée. Au détour d’une erreur de jeunesse sur un coup de feu donné, on aura une réponse, mais ça n’aboutira à rien. Il en va de même avec le fait que ce sont des soldats « déserteurs » qui ont ramené le mal dans le bunker. On imagine bien une volonté de montrer que le mal est fait à cause de soldats apatrides, mais ce n’est jamais vraiment exploité. En fait, le film se contente de raconter une histoire de paranoïa et de maladie contagieuse, sans jamais chercher à mettre du fond dedans. Ou tout du moins sans jamais utiliser la maladie et l’aspect gore pour raconter un truc.

Gore et…

Car s’il y a bien une chose que l’on ne peut retirer au film, c’est son côté gore. Le réalisateur se fait plaisir avec quelques effets bien dégueulasses. Notamment sur les cadavres qui ont les crânes défoncés, ou encore avec quelques déluges d’hémoglobine. Si, fondamentalement, ça n’apporte rien au récit, on reste dans une ambiance lugubre et insalubre qui permet de ressentir toute l’humidité du film. Il pleut tout le temps à l’extérieur, et le sang coule à l’intérieur, rendant l’ensemble suintant et inquiétant. Il est dommage que le cinéaste n’en fasse absolument rien. Les emprunts au film The Thing sont réduits aussi à peau de chagrin, à l’image du chien qui aboie, et finalement,  tout cela sent la non-maîtrise du projet.

Au final, The Guard Post est une amère déception. Si on aurait pu croire à un film d’horreur coréen bien crade et avec une belle pointe de violence, on verse plus dans le film psychologique qui tente quelques fulgurances gores sans intérêt. Trop maladroit dans son écriture et encore plus dans sa maîtrise des temporalités, le film loupe le coche et oublie d’apporter de la profondeur à son récit. Grosse déception aussi dans le fond, où le film n’aborde jamais la tension entre les deux pays, alors que l’intrigue sur déroule à la frontière. Bref, sans être véritablement mauvais, le film reste complètement anecdotique…

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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