avril 15, 2021

Rubber

De : Quentin Dupieux

Avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida, Jack Plotnick, Haley Ramm

Année : 2010

Pays : France

Genre : Comédie, Horreur

Résumé :

Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence.

Avis :

Le non-sens. S’il y a bien un réalisateur dans le monde qui en a fait son fond de commerce, c’est Quentin Dupieux. Se faisant remarquer en tant que Mr. Oizo dans la musique électronique, il va vite rentrer dans le cinéma en proposant des films qui tiennent plus lieu d’expériences étranges que de véritables métrages avec des histoires. Il faut dire que le cinéaste semble vouloir bousculer les codes et chacun de ses films divisent autant qu’ils fascinent. Il commence d’ailleurs avec Steak qui va fortement déplaire avec une histoire bizarre et mal maîtrisée. Il faudra attendre trois ans avant de revoir le réalisateur avec un projet complètement fou, celui d’un pneu psychopathe qui peut faire exploser des têtes avec la pensée. Pitch cinglé, histoire qui joue constamment avec le non-sens, Rubber est un métrage très difficile d’accès mais qui démontre un univers très particulier, peut-être trop.

1. Regarde un pneu

Il faut être psychologiquement près à entrer dans Rubber, tant l’histoire joue avec tous les non-sens. Afin de bien faire comprendre le délire à ses téléspectateurs, Quentin Dupieux commence son film par un long monologue raconté par un flic qui sort du coffre d’une voiture avec un verre d’eau. Ce monologue, raconté en fait à un public muni de jumelles, sert à contextualiser cette histoire. La vie n’a pas de sens, alors pourquoi ne pas jouer avec ces codes-là. De ce fait, en faisant ceci, le réalisateur nous prépare à voir un film fou, qui ne connaît pas de limites et qui va tenter de jouer avec les codes de l’horreur, de l’humour, le tout mâtiné avec des élans non-sensiques qui risquent fort de perdre le spectateur. Et surtout, il ne faudra pas chercher une histoire cohérente. Ici, on va suivre le chemin mortel d’un pneu psychopathe qui fait exploser des têtes en vibrant. En parallèle de ça, on trouvera des flics débiles, un jeune femme qui roule dans le désert sans savoir pourquoi, et un public avide de sensations fortes qui va se poser autant de questions que nous.

Et c’est là-dessus que le film va tenter d’amener une certaine réflexion. Non pas dans l’absurdité de son histoire ou dans les situations stupides que le film propose, mais plus dans la relation qui nous lie à ce public qui va se faire piéger pour on ne sait quelle raison. Et de toute façon, il ne faut pas chercher de raison à ce film. Mais Quentin Dupieux est loin d’être un imbécile et il nous renvoie cette image de spectateur avide de sensations fortes et qui doit comprendre ce qu’il voit, dans une débauche d’effets sensationnels. Ainsi donc, ce public bas du front va subir les délires psychotiques d’un flic sûr de lui, maîtrisant la situation, délirant sur son côté méta et la force du septième art. De ce fait, malgré le non-sens prégnant de Rubber, on y retrouve une sorte de message qui renvoie le spectateur à sa consommation de films, d’histoires, et à ce qu’il peut comprendre ou non, à ce qu’il aime ou rejette en bloc, sans jamais se remettre en questions.

2. Casser la voie

Malgré son intelligence de fond dans l’absurdité de l’histoire, Rubber ne fonctionne qu’à moitié, voire pas du tout, si on ne rentre pas dans son délire. Et à titre personnel, je suis resté sur le carreau. Filmé comme une sorte de road trip macabre où un pneu bute tout ce qu’il trouve en vibrant, Quentin Dupieux reste trop obscur dans son délire, arpentant le chemin du film d’horreur tout en oubliant clairement de poser des personnages forts et intéressants. Certes, on comprend bien que ce pneu, abandonné dans le désert, souhaite se venger de l’humain qui l’a maltraité, mais il manque des antagonistes forts et des personnages burlesques qui sont plus que des délires sur pattes. De ce fait, il sera très compliqué de se raccrocher aux wagons et suivre sans ennui cette histoire à la fois burlesque, délirante, gore et sans aucun sens.

Néanmoins, le film possède plusieurs bons points. En premier lieu, il est difficile de passer à côté de la mise en scène qui est vraiment excellente. Quentin Dupieux arrive à donner une ampleur à ce désert, à cet environnement hostile, chaud et sec. Mais au-delà de ça, il arrive à donner une personnalité à ce pneu psychopathe. En alternant des plans proches du caoutchouc et d’autres plus aériens laissant s’exprimer les paysages, le réalisateur donne une vraie ambiance à son métrage. Par moment, on pourrait presque se croire dans un film comme La Colline a des Yeux ou encore Massacre à la Tronçonneuse. Mais le problème réside dans le manque d’équilibre dans les tonalités. On navigue toujours entre horreur gorasse avec les têtes qui explosent et comédie burlesque qui n’a aucun sens. Et de ce fait, on ne rigolera que rarement, et on n’aura jamais peur. Alors oui, il faut accepter de se laisser porter par le délire, et ne chercher aucun sens, mais ça ne marche pas sur tout le monde.

Au final, Rubber est un film qui est digne de la filmographie de son auteur. Non-sens, dialogues atypiques, délires méta, histoire délirante et mise en scène inspirée et classe, Quentin Dupieux va taper une grand coup dans la fourmilière du septième art, notamment le cinéma français. Pour autant, cela reste un film très obscur et difficile d’accès. S’il faut accepter de se laisser porter dans le délire, Rubber est le genre de film qui peut laisser sur le bas-côté, et qui peut se percevoir comme une vilaine arnaque. Et ce fut un peu mon cas…

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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