février 25, 2021

En Passant Pécho

De : Julien Royal

Avec Hedi Bouchenafa, Nassim Lyes, Fred Testot, Benjamin Tranié

Année : 2021

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Hedi et Cokeman sont les deux pires dealers de Paris. Arnaqueurs à la petite semaine, ils survivent en faisant passer des carambars pour des barrettes de shit. C’est la Hess !!! Fatigués de ce train de vie, leur quotidien va considérablement s’éclaircir lors du mariage de Zlatana, la petite sœur d’Hedi, avec un grand baron de la drogue : Arsène Van Gluten. Ce dernier, sous la pression de sa nouvelle femme, leur fournira plusieurs kilos de Mojo Mango, du cannabis de toute première main. Hedi et Cokeman ont enfin l’opportunité d’ouvrir leur propre réseau. Persuadés que cela signifie pour eux la fin de la galère, ils ignorent encore que ce n’est que le début des problèmes…

Avis :

Il est assez étonnant de voir à quel point Netflix pousse les productions françaises venues du web. Créée en 2013, la web-série En Passant Pécho va cumuler pas moins de 23 millions de vues et se faire un petit nom dans la création internet. De ce fait, grâce à ce succès, les deux gaillards Hedi Bouchenafa et Nassim Lyes vont revenir dans un long-métrage produit par la plateforme de streaming. Après Jérôme Niel et Ludovik pour La Grande Classe, c’est au tour de deux autres vidéastes issus de Youtube de percer. Série vulgaire, personnages détestables, thèmes qui tournent autour de la débrouille, de la drogue, des filles, mais aussi de l’amitié, y-avait-il forcément quelque chose à entendre d’une telle production ? Pas vraiment. On pouvait craindre quelque chose de fait à l’arrache, politiquement incorrect, mais bien trop vulgaire pour convaincre. Est-ce le cas ?

Les carottes sont cuites

Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre le pitch de ce film. En gros, on va suivre deux losers qui dealent de la drogue pour s’en sortir. Sauf que ce sont des tâcherons et que chacun de leurs plans tombent à l’eau. Les choses sont en passe de s’arranger quand la sœur de Hedi se marie à un riche boulanger qui fait du trafic en parallèle. Malheureusement, entre une sœur qui se marie pour l’argent, un Hedi qui va prendre de la graine, un Cokeman qui ne prend rien au sérieux et une équipe de bras cassés pour vendre de l’herbe, notre duo n’est pas près de faire fortune. Le pitch est très simple, et il pourrait presque se voir comme une succession de gags qui ajoutent une pierre à l’édifice de bêtise des deux compères.

C’est graveleux, c’est con, mais ça a l’honnêteté de ne jamais se prendre au sérieux, et surtout de savoir ce que ça raconte. Dès le départ, on est mis dans l’ambiance. Le rythme est frénétique, les vannes fusent à tout va, à un tel point que l’on se demande ce que l’on regarde. Et c’est à quelque part ce qui fait le charme de ce film. En effet, le fait que ça ne s’arrête jamais pour prendre du recul et raconter une histoire cohérente ajoute une sorte de cadence effroyable et une obligation de situations grotesques à chaque fois. Quitte à faire du n’importe quoi. Et le film va très loin dans sa connerie. Du départ et cette drogue coupée au contre-plaqué à un mariage qui tourne mal, ou encore à un final ubuesque et pourtant réussi.

Les croissants sont prêts

Rares sont les films qui arrivent à aligner autant de mauvais goût et à être tout de même drôles. Car c’est un fait, En Passant Pécho aligne les blagues pourries, les personnages détestables et les private jokes à destination des banlieusards. Le langage fleuri est parfois incompréhensible pour qui n’est pas rompu à un certain vocabulaire. Les références au cinéma ou à des musiques peuvent parfois paraître obscures. Mais le fait est là. Le tout fonctionne et fait rire. Le coup de l’anniversaire déguisé en tortue ninja est tout simplement incroyable. Le final, avec la grosse baston, est à la fois drôle et dense. Les relations entre les différents dealers et les deux anti-héros sont bien trouvées et relativement bonnes. Bref, sans être un immense film, En Passant Pécho remplit parfaitement sa fonction de grosse rigolade bien grasse et sans aucune prise de tête.

Cependant, si on gratte un petit peu, derrière le mauvais goût, derrière les personnages débiles, on trouve quelques thématiques assez intéressantes. Les deux personnages principaux sont des losers qui sont paumés dans leur vie. Le deal, la drogue, c’est tout simplement pour s’en sortir car ils ne savent rien faire d’autre. Il y a un vrai contexte social au sein du film. On voit cela quand Hedi se fait tabasser par des petits bourges des beaux quartiers qui veulent de la drogue, qui s’y connaissent mieux que lui, qui le tabassent, et ne craignent pas la justice. Le film joue aussi beaucoup sur l’amitié, l’entraide, la débrouille. Derrière les blagues vaseuses, les deux types sont comme des frères et s’entraident dès qu’il y a besoin. Même lorsque l’un perd un peu les pédales à cause de l’argent, l’autre le rappelle à sa vraie condition. C’est plutôt bien pensé.

Dernière séquence

Bien évidemment, il faut faire le vide dans sa tête pour apprécier pleinement le spectacle débile qui nous est offert. Un spectacle qui est outrancier et qui est tenu par une ribambelle d’acteurs et humoristes qui s’en donnent à cœur joie. Outre les deux principaux acteurs de la web-série, on retrouvera un Fred Testot en méchant hystérique qui va se lâcher complètement. L’une de ses séquences, sur la fin, dans une camionnette, où il brise le quatrième mur, est franchement excellente. On peut aussi compter sur des humoristes qui prennent du plaisir à être là. En vrac, on peut citer Julie Ferrier, Charlotte Gabris, Hakim Jemili, Bun-Hay Mean, pour ne citer qu’eux. Et grosse mention spéciale à Jonathan Lambert en patron de sex-shop qui, en une seule scène, régale. On peut aussi évoquer la présence du rappeur Sadek, ou encore un Vincent Desagnat en chômeur qui est très drôle.

Au final, En Passant Pécho se révèle être une bonne surprise. Le genre de film où l’on s’attendait au pire et pour lequel, finalement, on a passé un bon moment. Certes, c’est blindé de défauts, c’est vulgaire, très con et outrancier, mais c’est aussi drôle et frénétique, démontrant même une belle maîtrise du montage et une mise en scène pas si dégueulasse que ça. Bref, sans être un immanquable, le film fonctionne dans son délire, et c’est déjà pas mal.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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